Dr. Alain Mérieux, président de la Fondation Mérieux

Alain Mérieux

Pourquoi une approche globale et multidisciplinaire de la santé s’impose-t-elle aujourd’hui?

On ne peut plus gérer les problèmes de santé publique par la seule prise en charge médicale. Si elle est bien évidemment au cœur de la réponse, avec des innovations remarquables dans les domaines préventif, diagnostique et thérapeutique, les acteurs de santé doivent prendre en compte de nombreux paramètres dans une approche globale plus large: la sécurité de l’eau, de l’environnement, de l’alimentation, et plus largement la nutrition. Dans les pays en crise, assurer la sécurité physique des populations est également un préalable indispensable. L’approche globale est également économique: il faut en effet donner aux patients les plus vulnérables les moyens de se soigner, de se nourrir, d’étudier, et dans cette perspective, les actions de réinsertion sociale comme le microcrédit sont des facteurs de succès.

L’approche de santé globale doit également se faire sans frontières entre l’homme et l’animal car la plupart des nouveaux agents pathogènes nous sont transmis par les animaux.

Nous vivons dans un monde totalement ouvert, et la réponse aux besoins de santé publique passe par des approches multidisciplinaires, complémentaires et surtout concertées, s’inscrivant dans le long terme.

Qu’entend-t-on par Humanités?

J’ai toujours été favorable à un enseignement équilibré qui associe sciences dures et sciences humaines et sociales, nos anciennes Humanités. La règle des 80/20 me semble un bon équilibre : dans un parcours scientifique, 80% de sciences et 20% d’humanités et réciproquement dans les parcours de sciences humaines. Cet équilibre devrait permettre aux nouvelles générations de mieux comprendre un monde complexe et discontinu ou il leur faudra s’adapter sans cesse à de nouveaux paradigmes scientifiques et technologiques mais aussi à des bouleversements culturels sans précédents.

C’est également vrai pour la médecine. Au delà des innovations majeures que nous connaissons aujourd’hui, se posent des questions éthiques évidentes et nous devons conserver toute sa place à la relation du patient avec son médecin.

Sciences et Humanités doivent être associées, car plus que jamais nous avons besoin “d’Honnêtes Hommes”!

Pourquoi faut-il considérer simultanément médecines humaine et vétérinaire pour imaginer un bouclier sanitaire contre les nouveaux pathogènes et les nouveaux risques?

Le concept d’une seule médecine n’est pas nouveau. Claude Bourgelat, fondateur de l’Ecole Vétérinaire de Lyon, en était déjà le promoteur au 17ème siècle. C’était également l’approche développée par Monsieur Pasteur.

La plupart des épidémies humaines nouvelles sont transmises par l’animal.

L’actualité récente de Zika, nous démontre une fois de plus qu’il ne doit y avoir de frontières entre les médecines humaine et vétérinaire. L’exemple du moustique Aedes qui porte le Chikungunya, et le Dengue mais aussi le virus Zika, n’est qu’un exemple parmi d’autres. Dans un autre domaine, celui de la résistance bactérienne, la solution ne peut être trouvée que dans une approche associant médecine vétérinaire et humaine, puisque l’usage des antibiotiques doit être repensé dans sa globalité.

Pour être efficace, la lutte contre les maladies infectieuses doit se faire dans une vision médicale unique. Le bouclier sanitaire doit associer les deux médecines et c’était d’ailleurs l’idée à l’origine de la création de Lyonbiopôle en 2006. Lyon a toujours été précurseur dans cette approche sans frontières entre l’homme et l’animal et je souhaite qu’elle le reste.

En termes à la fois de prévention et traitement, comment doit-on impliquer le patient dans sa propre santé?

La relation médecin/patient a beaucoup évolué. On est ainsi passé d’une relation entre des personnels de santé relativement “paternalistes” et un patient passif, à une relation où celui-ci devient acteur dans la prise en charge de sa maladie. Cela va de pair avec une plus grande sensibilisation et une meilleure éducation des patients, liées en particulier à l’explosion des média leur donnant accès à l’information santé.

Dans le domaine de la prévention, les patients ont ainsi les moyens de devenir acteurs de leur propre santé par une meilleure nutrition, un exercice approprié, le respect de règles d’hygiène… Ils peuvent également choisir la vaccination en toute connaissance de cause.

En médecine, les traitements sont rarement “noirs ou blancs” et de nombreux aspects, positifs ou négatifs, doivent être pris en compte dans le choix d’un traitement. Dans cette nouvelle relation entre médecin et patient, celui-ci est davantage informé des risques et bénéfices et associé à la décision médicale. La prise en charge est facilitée et certainement plus efficace.

Comment la médecine personnalisée pourra-t-elle être in fine génératrice d’économie ?

La médecine personnalisée devrait favoriser des économies pour l’individu lui-même mais plus largement pour les systèmes de santé dans leur globalité.

L’utilisation du diagnostic et d’autres tests pour cibler le traitement le plus adapté à un patient donné, en renforce l’efficacité, avec un bénéfice évident dans la vie personnelle et professionnelle de ce patient, une meilleure qualité de vie et un allongement de sa durée. Autant de conséquences permettant de réduire les coûts de santé individuels mais également au plan collectif pour la société.

Au delà d’une meilleure prise en charge des patients, la médecine personnalisée, devrait contribuer à la maîtrise des coûts de santé et, par là même, à la pérennité économique des systèmes de santé.

Plus en amont, la recherche clinique devrait également bénéficier de l’apport de la médecine personnalisée en permettant de mieux cibler les patients lors des essais cliniques de nouveaux traitements : des durées d’études plus courtes, et donc des coûts réduits; une probabilité renforcée d’identifier les effets bénéfiques d’un traitement donné; des mises sur le marché plus rapides avec des enjeux de santé publique évidents mais également un impact économique sur les systèmes de santé.

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