Dr. Béatrice Fervers, coordinatrice du Département Cancer Environnement du Centre Léon Bérard

“Il ne faut se concentrer sur la prévention des nombreux facteurs bien connus, et non pas attendre que la recherche identifie de nouveaux facteurs.”

En termes de prévention, quel est la distinction à faire entre risques forts et risques faibles ?

Au préalable on distingue les facteurs comportementaux, qui sont des facteurs individuels (consommation d’alcool, de tabac, obésité, manque d’activité physique et exposition au soleil) des expositions professionnelles et environnementales. 30 % des cancers pourraient être évités par la prévention des facteurs de risque connus « évidents » qui concernent l’individu, à savoir : ne pas fumer, limiter sa consommation d’alcool, restez aussi mince que possible (l’obésité concerne 19% de la population française !) et faire davantage d’activité physique, et ne pas s’exposer de manière immodérée au soleil de manière non protégée.

Globalement on n’est pas sur la même échelle de risque :

  • Le fait de fumer multiplie par 10 le risque de cancer du poumon …il s’agit donc d’un risque important au niveau individuel!
  • La pollution atmosphérique augmente le risque de cancer du poumon de 10% …ce qui n’est pas négligeable, mais comparativement à l’impact du tabac il s’agit là d’un risque faible au niveau individuel. En revanche, ces risques plutôt faibles peuvent avoir un impact sociétal important puisque beaucoup de personnes sont exposées.
  • Les facteurs de risque professionnels se situent entre les deux au niveau de l’échelle du risque.

Quid des facteurs associé à un risque moins importants mais pour lesquels beaucoup de personnes sont exposées ?

Des facteurs environnementaux ou nutritionnels doivent faire l’objet d’une action de prévention au niveau sociétal et individuel. Par exemple, la pollution atmosphérique ou encore la consommation d’aliments trop sucrés ou riches en lipides, requièrent à la fois une intervention gouvernementale et règlementaire, mais également une modification de nos comportements.

Par ailleurs, il est important de noter qu’aujourd’hui on guérit de plus en plus de cancers, mais que les personnes concernées sont plus à risque de faire un deuxième cancer, et ce pour différentes raisons : les facteurs génétiques, les traitements reçus dont certains exposent à un risque accru de cancer — un paradoxe selon lequel le traitement lui-même du cancer peut être à l’origine d’une augmentation du risque cancer, et les facteurs de risque individuels, nutritionnels, environnementaux, professionnels qui sont parfois déjà à l’origine du premier cancer et qui augmentent le risque de deuxième cancer.

Par exemple adolescents et jeunes adultes qui ont été guéri d‘un cancer ont risque accru pour de nombreux types de cancer. On ne connait pas tous les mécanismes par lesquels ces risques augmentent mais il y a des interactions entre les facteurs génétiques, immunitaires, thérapeutiques et comportementaux. L’amélioration du suivi des cancers devrait cependant conduire à une meilleure connaissance des risques après un premier cancer.

Il est donc capital de faire de la prévention de ces facteurs de risque et des seconds cancers auprès des populations cibles.

Quelle est la nature de la collaboration entre le CLB et le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) en matière de prévention ?

Il existe plusieurs axes de collaboration. L’une concerne le portail www.cancer-environnement.fr du CLB qui vise à faciliter l’accès à des publics divers aux connaissances, conformes aux données actuelles de la science, concernant les facteurs environnementaux, au sens large, en lien avec le cancer, afin d’éclairer les choix individuels face aux risques de cancer. Le portail rend entre autre accessible une traduction française des synthèses (les Handbook) de prévention, qui portent sur la prévention des cancers ainsi que les monographies du CIRC. Ces derniers, sur la base des études épidémiologiques chez l’homme, expérimentales chez l’animal et in vitro établissent les classements des agents biologiques, chimiques, physiques et agents complexes en termes de cancérogénicité.

Nous avons par ailleurs un axe de collaboration concernant des projets de recherche commun, sur différents sujets, et qui implique entre autres l’accueil en commun de doctorants. A l’instar d’un projet de thèse au niveau national pour étudier l’hypothèse d’un lien entre exposition aux pesticides et risque de tumeur germinale du testicule, mené conjointement avec la section Environnement et rayonnement ionisant du CIRC.

Dispose-t-on des moyens nécessaires pour une prévention satisfaisante ?

Aujourd’hui environ 5% du budget de la santé est investi dans la prévention, ce qui est évidemment largement insuffisant pour monter des actions efficaces et changer nos comportements. Compte tenu du coût des traitements du cancer, l’investissement dans la prévention se retrouve à l’arrivée en réduisant aujourd’hui les expositions et risques responsables des cancers de demain.

* Propos recueillis par Nathaly Mermet pour la Fondation pour l’Université de Lyon / Biovision 2016

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.