I am Sterdam

« Si tu abandonnes une fois, cela peut devenir une habitude. N’abandonne jamais. » Mickael Jordan.

Nous sommes le samedi soir, la veille de mon départ pour Amsterdam. Ma tête est endolori, ma gorge est serré, mes poumons crachent, une enclume est posé sur ma poitrine, mon ventre semble avoir subit Hiroshima. En clair, je suis malade depuis une semaine et le stress fait le reste du boulot. À ce moment là, une phrase claironne dans mon esprit : « Il faut savoir ce que tu veux dans la vie. Tu as choisi d’y aller, tu y vas ! ». Mes affaires mises en ordre, je file me coucher pour passer une mauvaise nuit. Le lendemain matin réveil à 8 heure, horaire initial du départ. En ouvrant les volets, le ciel est noir, on n’y voit rien.

Un bon petit déjeuner s’offre à moi, une baguette de pain bien chaude fait son apparition sur la table à manger, elle est doré à souhait, légèrement craquante au touché. Une noisette de beurre s’y dépose suivi d’une confiture maison à la fraise. La tranche de pain plonge dans le chocolat chaud, délice que seul un Français peut connaître, dans tout autre contré ce mouvement serait vu comme vulgaire, pour le Français seul le plaisir des sens compte. Le pain sec devient un pain au chocolat des plus agréable à mordre, il est mou et doux en bouche. La fraise éveille les sens, sa divine saveur nous annonce une excellente journée.

Une fois le petit déjeuner finit, je me rend à la gare de Perrache, où l’on peut faire de l’autostop en direction du tunnel de Fourvière. Au bout de cinq minutes une voiture petite voiture blanche me prend, il s’agit d’Alain et sa fille. Nous nous présentons et je lui explique le but de mon voyage : l’envie m’a pris de partir à Amsterdam en stop pour visiter les musées afin de découvrir l’école du Nord. L’objectif est de ne pas utiliser d’argent et de rencontrer un maximum de personnes. Ce que j’énonce pas, c’est mon ambition spirituelle, mon instinct m’a signifié qu’il y avait une recherche spirituelle à réaliser tout au long de mon voyage, ce qui s’avèrera, comme tu le verras, le leitmotiv de l’ensemble de mon voyage. Alain passe du temps à me vendre la beauté des musées d’Amsterdam et de Barcelone, n’oubliant pas de me prévenir de la longueur des queues. Trois heures d’attente avant de voir les grands maîtres. La discutions est brève, il me dépose à vingt minutes de Perrache, à la gare de péage de Villefranche.

Une fois en place, je vois à ma gauche une vieille voiture grise avec quatre jeunes, aucun daigne me regarder et la voiture ne peut visiblement pas me prendre. À ma droite, un gros quatre-quatre blanc arrive, la plaque d’immatriculation me signale qu’ils viennent du treize, le département de Marseille. À partir de là, je jauge qu’ils ne me prendront pas, les gens du Sud m’ont rarement pris en stop. Ils me regardent et ils me font signe de monter. Je suis bouche bée. Dans la voiture, je me présente à Philippe et Joyce. Ils vont rejoindre leur petit fils jouant dans l’équipe de Dijon, il est blessé et ils profitent de l’occasion pour le visiter. Comme quoi, toute chose négative engendre dans son sillage des événements éminemment positifs, c’est le principe même du Yin et du Yang, l’un ne va pas sans l’autre. Le versant ombragé de la colline est toujours le pendant du versant illuminé, l’un ne peut aller sans l’autre.

Au court de la discutions survient une question de la part de Philippe : « est-ce que tu crois en Dieu ? ». Je lui réponds : « oui ». Si je dois te résumer ma croyance en quelques lignes, la voici : ma conception de la religion est moniste et non monothéiste, en clair, je crois que Dieu figure dans un tout, qu’il est constamment présent avec nous et qu’il ne tient qu’à nous de le rencontrer. Tu peux l’appeler de différentes manières : la vie, l’univers, le Tao, le nom importe peu, pour moi c’est Dieu parce que je suis de confession chrétienne et que j’ai utilisé ce mot toute ma vie pour définir cet ensemble. Si tu veux une représentation plus rationnelle, Gustave Jung disait : « la religion n’est pas une opinion, c’est une expérience ». Pour t’aider dans cette expérience, tous les croyants m’ont dit un jour : « si tu cherches Dieu dans ton coeur, tu le trouveras ». La recherche scientifique tend à trouver des neurones au niveau du nombril et du coeur. Si tu prends le temps de prendre conscience des battements de ton coeur, du ressenti que tu as de cet organe, il y a de fortes chances que la spiritualité vienne à toi. Je te laisse expérimenter et me donner ton ressenti.

Philippe m’explique que durant sa vie il a eu plusieurs professions, il a eu l’occasion d’être gendarme, de faire du commerce, de l’humanitaire etc. Il semble avoir eu une vie très riche et je trouve ça inspirant. Sachant que je suis dans une période de ma vie où il va falloir faire des choix, cette vision m’aide à voir où je peux partir. Et le simple fait d’être touché par ça montre qu’il est probable, que moi aussi je vais être amené à vivre diverses expériences professionnelles. Au fil de la discutions, je me convaincs que ce voyage sera une grande étape pour mon développement. Il est tout de même étonnant de faire une rencontre aussi forte dès le début de mon voyage.

Nous arrivons près de Dijon et ils me déposent à la gare de péage à l’entré du périphérique. Ils m’offrent vingt euros pour la suite du voyage, je suis à la fois surpris et ravi. En descendant je m’aperçois d’avoir fait une erreur, la gare de péage où je suis se situe après la bifurcation pour Nancy et non-avant. Ce n’est pas grave, il suffit d’essayé. Quinze minutes d’attentes et je décide de faire demi-tour, direction Beaune. Au bout de cinq minutes un couple de jeune gens me prennent. Elle est infirmière, il est pompier sur Paris. Nous discutons un peu de chacune de leurs professions et ils me déposent sur une aire d’autoroute.

Arrivé là, je traverse le pont pour rejoindre l’autre parti de la voie. Mon panneau indique la direction de Nancy et mes idées commencent à songer qu’il est plus intéressant de partir en direction de Paris. À ce moment précis, une voiture s’arrête en me proposant de m’emmener jusqu’à Fontainebleau. Pour aller sur la banquette arrête il m’a fallu faire face à un petit animal aboyant, il souhaite défendre sa place, avec ma main je tente de le dégager, il commence à grogner. Une fois dans la voiture le chien se blotti à mes pieds, bourré d’affection il demande des câlins. Pour une raison inconnu les animaux m’ont toujours bien aimé.

La discutions se lance et j’apprends qu’Audray se fait raccompagné par sa maman jusqu’à Paris, où elle loge. Une chose saute aux yeux, c’est l’amour que ces deux femmes se portent l’une envers l’autre. Il est rare de trouvé une telle complicité entre une mère et une fille. Ça m’a beaucoup marqué et fait réfléchir sur l’ensemble de mes relations avec les gens, mes amis et ma famille. À mon sens il y a des choses à améliorer, et heureusement, sinon il n’y aurait aucune évolution possible.

Il pleut sur l’ensemble de la route, par miracle, lorsqu’elles me déposent à Fontainebleau, la pluie cesse. Arrivé là, je demande aux gendarmes si il m’est possible d’aller jusqu’à la gare de péage pour faire du stop. Ils me disent « Non, ce n’est pas prudent, les voitures roulent vites et c’est dangereux ». Là-dessus je me demande si j’aurai dû leur demandé, pour moi c’était une simple mesure de politesse afin de ne pas me faire enguirlander par les forces de l’ordre. Mon idée première est la plus stupide : « Je vais tout de même aller sur cette fichue gare de péage ». Égo, quand tu nous tiens… Très vite, il me vient en tête que si je suis là, c’est pour une bonne raison et il faut accepter les choses. À ce moment précis, Christian s’arrête devant moi pour appeler sa petite fille à Lille, il me propose de monté.

Nous discutons beaucoup, il me parle de son métier dans la quincaillerie. Prenant le temps de m’expliquer la relation de confiance qu’il crée avec ses clients. Il m’explique la fois où un de ses collaborateurs a vendu un objet inutile à un client parce qu’il ne savait pas quoi lui proposer, il énonce la réduction de la valeur du conseil. La fois suivante, le client ira voir ailleurs et un bon conseil sur des petites choses permet de le faire revenir lorsqu’il réalise des gros achats. Si le vendeur ne connait pas la réponse à une question il lui suffit de demander à quelqu’un d’autre ou d’appeler directement le fournisseur. De fait, le manque de connaissance n’est plus une tare, elle devient une aide. Le client voyant cette action, il saura que l’entreprise fait correctement son boulot. À la réflexion, tout ceci est encore une fois la faute du piètre système scolaire que l’on possède, au lieu de nous apprendre à faire des recherchent, à être curieux et à trouver la réponse à un problème donner, on nous fait des contrôles de connaissances ayant pour seul but de mesurer la qualité de notre mémoire. Un examen n’est rien d’autre qu’un concours de mémoire et cela vaut également pour les mathématiques : on écrit une recette de cuisine, on la tape sur la calculatrice et le tour est joué. La valeur ajouté est nulle.

Par la suite, Christian m’explique une histoire marrante : un jour un client lui demande de commander des briques de verre permettant d’arrêter les balles. Une fois arrivés, il décide de voir comment ça marche. Il prend un marteau et il tape la brique de toutes ses forces, elle explose. Il se dit qu’il doit y avoir une vice sur cette brique, il test sur une autre brique. Bim, elle explose. Un appel chez le fournisseur lui permet de comprendre : lorsqu’une balle arrive, elle traverse le premier verre, elle est ralenti de telle manière que soit elle est stoppée nette par la seconde couche de verre, soit elle la traverse pour finalement s’arrêter en l’air. À ce moment j’imagine Bugs Bunny derrière une brique en verre, une balle la traversant et se stoppant nette dans les aires pour tomber. Le lapin lançant son majestueux « What’s up doc’ ? ».

Christian m’achète un sandwich pour la route, nous continuons à discuter. Il note que j’ai tendance à parler de Dieu, il s’agit pour moi d’une grande source de questionnement et qu’il m’obsède depuis le commencement de ce voyage. Je le sens ému et il me dit que si je cherche Dieu dans mon coeur, nous nous reverrons. À la réflexion, le coeur est un sujet qui revient de manière régulière lorsqu’on parle de spiritualité et il est avéré qu’il possède un réseau neuronal propre. En d’autres termes, en mettant ma conscience sur cette partie du corps, des choses vont se développer. C’est exactement la même pour chose pour la zone autour du nombril, il existe un réseau neuronal à ce niveau-là et mettre sa conscience sur cette partie du corps permet de développer son instinct.

« Le hasard, c’est dieu qui voyage incognito ». Albert Einstein.

Une fois à Lille, je me rends à la première station de métro sur mon chemin. J’appelle un ami strasbourgeois, Olivier, pour qu’il appelle un autre ami dont je n’ai que le facebook, Arthur. L’appel finit, je me dirige vers le centre ville pour découvrir la cité. Là j’entends « Victor Blanchard », je me tourne et me retrouve face à Arthur, lui même au téléphone avec Olivier. #amazing

Il accepte de me loger et nous nous retrouvons Porte-des-Postes, il avait une affaire à régler avant cela. Dix minutes plus tard, il me rejoint et s’en suit une longue discutions. Il admet avoir pensé à moi la semaine dernière, se rappelant ce que je lui avais dit quelque mois plus tôt sur l’énergie. Lui-même grand sportif, il a du mal à gérer son énergie, à la canaliser. Le tout pour réussir à faire ça, c’est d’être présent, de sentir ses flux d’énergie. Le fait d’y porter attention apaise et nous permet d’améliorer notre contrôle dessus. Le truc top avec lui, c’est que nous avons le même âge, une mentalité très similaire : aventurier, curieux de tout et ouvert sur le monde. Au bout d’un moment il me pose cette question : « On va tout reprendre à la base. Qu’est-ce que tu fou chez moi ? ». Cette question est extrêmement drôle, à la fois par la manière dont elle est amené et par la situation en elle-même. À la suite, nous sommes amenés à discuter de la gente féminine, de sport, de nourriture, de voyages et caetera. Chose drôle, nous lisons les mêmes livres.

Le réveil du lendemain matin fait mal. Nous avons tous les deux peu et mal dormi, il est 7 heure du matin et Arthur doit prendre son poste à l’hôpital. Il m’invite à aller lire dans un coin détente de sa résidence étudiante. C’est l’occasion pour moi de lire « Du bonheur, un voyage philosophique » de Frédéric Lenoir pendant une bonne heure et demi. À la suite de ça, je rejoins une amie. Par chance je suis arrivé le seul jour où elle était disponible le matin. Nous étions voisins un an auparavant à Lyon, nous petit-déjeunons ensemble et elle me fait faire une visite de la ville. Cette ville est magnifique, beaucoup de couleurs ça et là. Les habitants sont tous sympas bien que certains un peu brut de décoffrage.

Vient le moment de partir pour Amsterdam, je prends le tramway en direction de Tourcoing afin de faire du stop à côté d’un échangeur. Il fait froid, mes doigts deviennent rouges, il commence à pleuvoir et il me faut persévérer. Durant deux heures aucune voiture ne daigne me prendre. À ce moment là une voiture s’arrête et me propose de me déposer à une aire d’autoroute à la frontière belges. J’accepte sur le champs, je suis soulagé. Dans la vie, mon chauffeur se charge de dépoussiérer les serveurs des entreprises. D’après lui, c’est une activité nécessaire puisqu’un serveur en panne peut faire perdre 15.000–30.000 euros à une entreprise. La rencontre fut courte, il me dépose sur l’aire d’autoroute. Je me retrouve seul au milieu de dix camions, d’une baraque à frites et des poules. Oui, des poules sur une aire d’autoroute, cherchez l’erreur. Autant dire que je n’ai pas mis beaucoup de bonne volonté pour trouver une nouvelle voiture sur un lieu avec aussi peu de passage… Mon portable affiche qu’une station de métro se trouve non-loin de moi. Il m’est nécessaire de marcher dans la cambrousse belges avec des chaussures de banquier. Je me sens très con. Après avoir marché 45 minutes, je prends le métro et j’envoi un texto à mon amie pour me loger. Elle accepte à condition que je patiente jusqu’à 19h. Dans le métro, à Roubais, des ados ayant environs 14–15 ans se chamaillent. Les deux mecs sortent et l’un crache en direction des filles, sur le sol. Certains mériteraient de revoir les règles de bienséance et de savoir vivre en société.

De retour à Lille, je me perds pour finalement tombé sur un arrêt de métro « beaux-arts », sur la grande place, à ma gauche se trouve un immense bâtiment dont le style architecturale est très riche. J’en conclus qu’il s’agit du musée. Arrivé sur place, je me rends à l’accueil et demande si il y a des réductions pour les étudiants. On me répond « non » puis on me demande quelles études je fais, « histoire de l’art ». La jeune femme enthousiaste me dit : « vous avez dit le mot magique, c’est gratuit pour vous ». Super ! Je cherche un justificatif pour prouver ma formation, finalement ils décident de me faire confiance et acceptent de me faire rentrer gratuitement. Les gens du Nord sont vraiment top.

Le musée se trouve dans un double sous-sol, les voûtes sont en brique rouge et posent un espace de séparation naturel entre chaque oeuvres, cela donne du rythme. Ce lieu me plait. Au détour d’une salle, une oeuvre me plait, Cléopâtre de Claude Gauthier. La jeune femme est dans une sorte de transe, ses mouvements sont courbes, ses yeux fermés, la bouche légèrement entre-ouverte une sensation de supplice et d’extase survient dans le même temps. Les doigts de sa main droite s’incrustent dans un coussin, nous ressentons une force féminine à l’oeuvre. Sa main gauche tient sa poitrine, un doigt fait pression sur la chair. La scène est érotique, nous sommes face à une intimité dévoilé. Son mouvement est incontrôlé, entre la douleur et l’orgasme. Un serpent est proche de ses jambes dénudés. Animal portant du poison en soi et associé au dieu Apollon, la double interprétation demeure.

La visite continue, au deuxième sous-sol se trouve la suite de l’exposition. L’espace est très coloré, chaque salle est d’une couleur différente. Pour une fois que nous n’avons pas affaire à de simples cubes blancs.

Un Renoir m’interpelle, il s’agit d’une peinture de fille Claude réalisé en 1905. L’oeuvre me donne m’offre un effet de déjà vu. Claude est la fille de Renoir, elle a les yeux bleus et les cheveux châtains clairs, elle joue au soldat. Son imagination vagabonde, elle s’apprête à faire avancer un soldat vers un groupe de trois hommes. Ses yeux portes sur ce groupe, elle prépare l’action suivante. Cette jeune fille est à la fois belle et touchante dans sa concentration. Ce n’est pas sans rappelé les aventures du jeune Werther en admiration devant les mouvements de Charlotte au travail.

Dans mon esprit, cette oeuvre fait écho avec une autre du musée des beaux-arts de Lyon datant de 1888. Une jeune fille avec un ruban bleu pose devant un fond abstrait, on peut y deviner les ombres d’un jardin. Le centre est éclairé tandis que les côtés sont plus sombres, on pourrait supposé qu’il s’agisse d’arbres projetant leur ombre, les couleurs rappellent l’automne. La jeune femme est en pleine méditation, elle regarde au loin sans rien voir, elle semble projeté dans les profondeurs de l’âme, ses yeux reflètent une magnifique douceur. Sa peau est blanche et légèrement rehaussé de rouge, ses épaules sont dénudés, une coquetterie destiné aux hommes. Son ruban bleu attaché autour du cou lui donne un côté innocent.

Le musée ferme et une fois sur la place, je me rends compte qu’elle est formé en croix latine. Le côté le plus long allant au théâtre Sébastopole, le côté destiné au « père » est surmonté d’une statue de Louis Léon César Faidherbe. Il s’agit d’un général de l’armée du Nord. Par se positionnement, il est symboliquement proclamé comme père protecteur de la ville.

Le soir, j’arrive chez mon amie et je rencontre pour la seconde fois son copain. Cette fois-ci je passe du temps à expliquer le but de mon voyage. Il est nécessaire pour moi de changer, devenir un homme nouveau. À un moment nous passons du temps à jouer avec le chat, il est tout gris avec la frimouille d’un chaton. Ce chat est adorable. Avant de déplier le canapé-lit où je passerai la nuit, nous regardons les co-voiturages. À ma grande surprise, il n’y a que trois voitures en partance. Je prends celui partant à sept heure du matin.

« C’est dans le travail d’une vie que réside la véritable séduction ». Pablo Picasso.

La tête dans le lard, je me rend à la gare de Lille Europe où il me faut trouver la station Ouibus. Impossible de trouver, je décide d’envoyer un SMS à Erika, ma covoitureuse. Aucune nouvelle jusqu’au moment où je prends mon portable pour appeler, devant moi s’arrête une Xara avec au volant une fille ressemblant trait pour trait à Erika. Mieux qu’un voiturier personnel. Nous nous présentons, un taxi nous klaxonne dessus, des fois que nous prenions sa place à une heure où aucun client n’est de sorti. Nous prenons les deux autres passagers deux cents mètres plus loin, le trajet commence et je tente de lancer la conversation. Au bout de cinq minutes les deux derrières s’endorment, des vrais enfants. Je lance la conversation avec Erika, c’est difficile néanmoins je me vois mal dormir alors que notre driver est aussi fatigué que nous. Bien que je n’ai jamais conduit de ma vie, je suppose qu’un peut de soutient moral fait du bien. Erika me dit de regarder en face pour voir l’aube se lever. Il est rare que je sois debout pour voir ce spectacle naturel, à chaque fois je comprends pourquoi les grecs utilisent cette belle formule « L’aube aux doigts de rose ».

Les deux dormeurs finissent par se lever, une conversation se lance avec Sixtine. Elle fait ses études à Sciences Po. Évidemment, une dérivation politique se fait, je dis qu’à mon sens il y a deux incompétents assoiffés de pouvoir d’un côté, de l’autre deux types gagnant des votes parce qu’ils sont capables de mettre des mots sur les maux du peuple sans y apporter aucune solution. Triste France, prise entre le déni et le fanatisme. À mon sens, la démocratie ne peut plus exister en tant que tel, pour la première dans l’histoire de l’humanité le peuple est en capacité de se représenter lui-même grâce à internet, le parlement existant par effet inverse : l’incapacité du peuple à se représenter lui-même. Les enjeux se jouent là : comment redéfinir la politique pour laisser plus de place à l’action citoyenne ? Sixtine me réplique qu’un outil n’est pas neutre et cela mettrait de côté le 3ème âge. À mon avis, ça reflète ce qu’il se passe dans l’ensemble des grandes écoles : des jeunes éduqués par des réactionnaires, laissant peu de place à la réflexion et à l’innovation. Faire parti d’une grande école c’est avoir les meilleurs professeurs d’un domaine et c’est trop souvent une occasion pour oublier son esprit critique sur le pas de la porte. La question est de savoir : le statu quo est-il neutre ? Une réponse peut se faire grâce à la culture nippone (et asiatique en générale), la vie est faite de cycle, tout est impermanent et il existe un mouvement perpétuel au sein de cet univers. Vouloir rester sur des « acquis » revient à négliger la réalité du présent au profit d’un idéal passé et désuet.

Nous sommes amené à discuter de l’objet de mon voyage. Il s’agit pour moi de changer un élément négatif de ma vie en quelque chose de positif. L’idée est d’être fier de moi, de me mettre en joie afin de servir de locomotive pour les autres. J’ai beaucoup d’amis n’osant pas la folie, le fait d’agir leur fait dire : « c’est possible », ça les pousse à passer à l’action dans leur vie personnelle. Pour moi, le seul moyen d’aider autrui, c’est d’être capable de s’aider soi-même. (Profitons en pour faire un mauvais procès aux psychologues, c’est pour ça que presque aucun d’entre eux n’est capable de vous soigner). Dans cette optique là, les sentiments, l’affection que j’ai pour quelqu’un doit m’aider à devenir qui je fais, à passer à l’action plus facilement. J’ai vu trop de personnes se contenter de l’amour sans s’imaginer évoluer pour tout perdre derrière. Pour Sixtine, cette pensée est égoïste. Une personne doit être en capacité de se sacrifier tel un parent envers son enfant. À mon sens le sacrifice amène à la colère, à l’amertume, à la jalousie. Le sacrifice n’est pas altruiste.

Plus tard dans mon séjour, je suis tombé sur cette citation de Montaigne : « Qui abandonne en son propre le sainement et le gaiement vivre pour en servir autrui prend à mon gré un mauvais et dénaturé parti. » Cela illustre parfaitement mon idée du sacrifice, il est moral, rationnel et dénué d’amour, de générosité. Pour moi c’est un acte de servitude méprisant toute forme de connaissance de soi.

À Amsterdam, je me rends au centre-ville avec un Mexicain dont les deux seuls objectifs sont de fumer et aller aux putes. L’un prouve un manque d’équilibre et de spiritualité, l’autre montre un manque profond de confiance en soi. Amsterdam est une ville peuplé d’une quantité incroyable de jolies filles, il m’est difficile de comprendre les raisons d’un individu à aller payer une fille pour un service dont personne n’est satisfait. D’ailleurs, les filles dans cette ville sont incroyablement ouvertes, il est extrêmement facile d’engager la conversation avec l’une d’elle.

« Moi je respecte d’abord ce qui dure plus que les hommes. » Antoine de Saint-Exupéry.

Ma première destination est toute naturelle : le Rijkmuseum. Par chance, nous sommes au mois de Janvier, aucune queue ne pointe le bout de son nez et le musée est quasiment vide. J’en suis ravi, l’espace m’est offert, le temps m’est donné de contempler. La première oeuvre retenant mon attention est un autoportrait de Vincent Van Gogh, artiste fascinant, complexe et visionnaire. J’aime beaucoup sa manière de retranscrire le temps dans ses oeuvres, ici son visage ne semble ni figé, ni en mouvement, nous avons le sentiment que le temps creuse ses rides, le temps crée une forme de tempérament permanent. Son regard est droit et terre à terre, son corps semble rigide et sous tension. Le fond et les traits de pinceaux nous laisse entrevoir le vent, nous pourrions presque l’entendre et le sentir souffler sur notre peau. Van Gogh est fascinant, il nous met face à la vie, à l’instant présent. À l’inverse d’un artiste comme Monet qui nous amène dans une rêverie lointaine, à la fois calme et paisible.

Au dernier étage se trouve dans le même espace quelques Vermeer à côté de l’oeuvre de Hooch, un de ses contemporain. Il est a noté qu’Hooch était l’artiste le plus en vie en Flandre durant leur vie respective. Il est capable de mettre en relation les personnages, il fait de beaux arrières plans et il savait peindre selon les goûts de son époque. À contrario, Vermeer ne possédait qu’un seul collectionneur, l’empêchant d’accéder de voir sa côte monter et d’accéder à la notoriété. Il est a noté que Vermeer a réalisé une toute petite production, tous étant d’une grande profondeur et ayant plus de précision que n’importe quel photographie. Son oeuvre arrête le temps. Chose incroyable, lorsqu’on cesse de regarder son tableau et qu’on laisse vagabonder notre imagination, il se met automatiquement en mouvement. Cet arrêt sur image fait parti d’une narration merveilleusement ficelé.

Au fond de la salle se trouve une immense toile de Rambrandt à laquelle est associé une reproduction d’un artiste mineur. La différence est frappante, d’un côté nous avons des personnages dotés d’un charisme exceptionnel, de l’autre nous avons des personnages bien réalisés d’un point de vu technique mais dépourvu de toute forme d’intérêt.

Arrêtons nous là, le musée est immense, j’espère simplement t’avoir donné envie de le visiter.

La mission du soir : trouver un logement pour la nuit. Impossible, mon esprit vagabondais, ma vie défilait devant mes yeux, impossible de voir ce qu’il se passe autour de moi. Un seul désir me prend : changer de vie. Tout est un désastre, mon travail aliénant, des études que je déteste, une ville qui m’exaspère. Je veux tout changer, tout. Je réalise ça au milieu du froid, de la pluie, d’une architecture magnifique. La ville est belle, calme, sûre et tranquille. Seul la noirceur du ciel me rappel l’étendu de mon désespoir. Ma place n’est pas du côté de l’intellectualisme stérile, il est du côté des hommes d’actions (sur ce point, les semaines à venir seront déterminantes). Je décide d’aller à l’encontre de mon but premier et je me rends dans une auberge de jeunesse, où je passe du temps à discuter avec les gens, à méditer, à écrire, à lire.

Le lendemain matin, je me rends chez christie’s pour voir si des ventes aux enchères sont prévues. Une belle jeune femme me répond qu’Amsterdam est une petite succursale. Nous discutons un peu de Londres, de l’art et de ce que nous pouvons faire à Amsterdam, elle me conseil le musée d’art moderne.

Au musée d’art moderne (au nom imprononçable), je tombe sur des oeuves de Kandisky, Chagall et Malévitch. Tout pour me faire plaisir puisque je souhaite me spécialiser en art russe. Néanmoins, ce jour là, mon attention s’est porté sur l’oeuvre de Piet Mondrian. J’aime beaucoup voir son évolution à travers le temps. Au début son art était décousu, difforme et chaotique. Chose marrante, il y avait un moulin dessiné de sa main et nous pouvions voir les ressemblances avec ses oeuvres abstraites. Toujours cet esprit chaotique, le trait vif. Au fil des années, la quantité de couleurs utilisées a diminuée et le trait s’est fait plus précis jusqu’à arrivé à l’oeuvre que l’on connait.

La suite de la journée s’est déroulé comme la veille, beaucoup de réflexion, d’écriture, de mise en perspective de mes objectifs personnels.

Le dernier jour, je me rends à l’entré de l’autoroute où j’ai dû attendre cinq minutes avant d’être pris en direction ‘lUltrecht. Mon conducteur travaille pour une grosse boite informatique, il se rend à Rotterdam. Nous convenons que les hollandais ont un goût prononcé pour l’art et la musique, et j’ai beaucoup apprécié ce côté calme que l’on croise dans l’ensemble de la ville. Il finit par me déposer à une station service et il me dit d’aller au Starbucks pour demander aux gens de me prendre. Je le remercie et commence à ouvrir la portière lorsqu’il me dit : « Attend ! Tiens, pour que tu puisses te prendre un café. », il me tend un billet de cinq euros. Je le remercie et m’enfuis prendre un bon café.

Très vite, beaucoup de monde me soutient sur l’aire d’autoroute, ça fait chaud au coeur. Ça ne se passe pas du tout de cette manière en France. Un homme me prend en direction de Bruxelles pour me déposer sur une station à la frontière belge. Je lui explique mon ressenti sur ce qu’il s’est passé à la station service, il tente de justifié ça par le fait que les autostoppeurs sont rares, les étudiants ont un accès gratuit au train et que je suis habillé différemment des gens du pays.

Une fois arrivé, j’attends une heure avec une pancarte direction Bruxelles, je décide de changer en direction de Lille et je trouve une voiture en deux minutes… Ce genre de truc arrive souvent lorsqu’on fait du stop, une mauvaise destination au mauvais endroit et on peut attendre longtemps, très longtemps, des décennies, des siècles, certains disent même des millénaires. Il s’agit de Peter, un professeur de chimie à l’université, il rend visite à une étudiante à Amien. Rapidement, nous sommes amenés à parler de la galerie Tretiakov à Moscou. Je suis stupéfait, il s’agit de la galerie possédant la plus grande collection d’art russe au monde et j’ai bien l’intention de la visiter. Ensuite nous parlons beaucoup du milieu universitaire, il aime prendre le temps d’expliquer aux étudiants leurs erreurs pour qu’ils puissent s’améliorer. Je lui explique que le système français est très différent, les professeurs font une remarque négative sur le devoir et ne font aucun commentaire. Pour lui donner un exemple, dans toute ma scolarité, soit durant douze années, un seul professeur a pris le temps de m’aider à réduire mon écart avec les autres dû à ma dyslexie. L’excuse de base des professeurs s’intitule « les programmes », si un professeur peut aider un élève, tous peuvent le faire. À la frontière, nous tombons sur un énorme bouchon et des douaniers. Peter me dépose un peu plus loin, près de Lille.

Arrivé à Lille, je dis bonjour à tout le monde jusqu’à ce qu’un conducteur de camionnette me prenne. J’ai été surpris de le voir m’accepter. Il me dit ne pas avoir pris d’autostoppeur depuis un an et demi. Puis durant tout le voyage je l’entends sortir une diatribe contre le système, contre ses clients, contre tout. Il est profondément en colère contre la vie, c’est pour moi l’occasion de tenter un exercice : prendre les émotions d’autrui et les transformer pour l’apaiser. Au fil du voyage, je me rends compte que ça marche, son anxiété et sa colère diminuent. À un moment il me dit : « Et quand tu me dis que tu voyages comme dans « je vais dormir chez vous », ça me fait rêver. ». Voyager permet de transmettre un peu d’espoir, de rêve et de bonheur aux gens. C’est génial. Et je suis enfin en capacité de rendre ce que la vie m’a donné tout au long du voyage. Il s’agit peut-être d’une petite graine qui changera sa vie. Qui sait ? À proximité de Paris, il me dépose sur une aire d’autoroute.

Là, j’attends une heure pour partir en direction de Lyon. Une voiture s’arrête à côté de moi, une jeune femme sort de la voiture et est surprise par un simple : « bonjour ». Lorsqu’elle revient de la station service je lui demande si il va dans le sud de Paris, elle me dit aller sur place. Il est 20 heure, il fait nuit noir et les chances d’arriver à Lyon dans la journée sont faibles, j’accepte et j’envoie un SMS à ma soeur. J’apprends d’ailleurs qu’elle vit à Rennes pour travailler à Paris #petitfrère #super-au-courant. Au fil de la discutions, nous parlons de voyage, elle m’explique avoir fait un séjour parfait au Canada où elle s’est retrouvé sous une tente en haut d’une montagne qu’il fallait descendre pour aller faire les courses. Enfin, un vrai ramdam. Puis nous parlons sport, santé et d’un coup elle finit par me parler d’elle. C’était profond et touchant, on sentait qu’elle était dans une grande période de changement dans la vie. Nous nous quittâmes à côté des champs Élysées, ce fut une belle rencontre. Je m’en vais prendre une chambre en auberges de jeunesse.

À Paris gare du Nord, je tombe sur un groupe de trois filles. Je lâche une saloperie digne de Victor Blanchard-Prost, la conversation se lance. Elles sont fatigués et nous déconnons bien dans le couloir. Je leur propose de se boire un verre en bas, elles me disent être fatigués à cause d’une sortie la veille. Je les taquines et la plus jolie des trois me dit : « I’m not borring ». Cette phrase m’a fait craqué. Une fois en bas : erreur 404. La plus jolie s’est changé et a mis une belle robe jaune. Cependant, elles n’avaient pas assez d’énergie pour s’amuser dans un bar où la musique est à fond et j’en avais pas assez pour supplanter le son. Résultat : 3–0 en cinq minutes.

Au matin, je pars vers huit heures pour faire du stop porte d’Orléans, sans succès. Je finis par prendre le TGV, là je tombe sur une fille toute mimie. Elle est surprise lorsque je lui dis : « bonjour » (quand on sait que certaines personnes passent un temps fou à chercher quoi dire pour parler aux filles…). Elle me dit être venue à Paris pour le travail, elle me parle de son copain, je lui explique l’idée de mon voyage. Elle finit par s’assoupir. Un homme s’est assis à côté de nous, il travaille dans l’éclairage en architecture en utilisant les nouvelles technologies. À la descente du train, la jeune femme vient me parler, elle a l’air enthousiaste par rapport à ce que j’ai fait. Nous nous quittons sur le quai de la gare.