La web série, eldorado risqué

On en a vu des projets géniaux. Les plus vieux d’entre nous se souviendront avec nostalgie du Visiteur du futur à ses débuts, les plus jeunes connaissent plus les productions de Studio 4 et d’autres séries ayant plus ou moins bien marché. Et beaucoup de projets sont tombés dans l’oubli, par manque de qualité, de budget ou de motivation de l’équipe. Il faut bien avouer que, si il s’agit d’une mode qui ne s’est pas énormément tassée, la web série, derrière ses inconvénients, reste un excellent moyen d’entrer dans le game de la réalisation et production vidéo. Tant qu’on ne se plante pas. C’est pourquoi, dans ma grande mansuétude, me voilà avec quelques conseils tirés de mon expérience personnelle sur ce type de projet, je vais vous filer des astuces pour éviter que votre projet ne se casse pas (trop) la gueule. A l’exception du recrutement de l’équipe, qui méritera une story complète, je vais parler des points les plus importants à mes yeux. Et au cas où vous pouvez déjà vous baser sur cette précédente story.

All aboard the hype train comme on dit

1 — Tout bien écrire

Le conseil paraît idiot, mais vous n’imaginez pas le nombre de fois où des gens se sont dit “Bon Régis, on a déjà écrit 4 épisodes sur les 6 prévus, on a de la marge et donc ça veut dire qu’on peut commencer à tourner, on avisera plus tard pour tout finir”.

Si l’idée paraît tentante et permet d’alléger temporairement la charge de travail, ça reste une idée assez nulle. C’est comme de préparer un court métrage sans en écrire la fin et d’aviser sur place, personne ne fait ça (en tout cas je l’espère sinon vous savez pourquoi vos vidéos sont mauvaises). Il faut savoir qu’il est très difficile de déterminer le nombre d’épisodes que votre série va contenir, même si vous pouvez en avoir un ordre d’idée, encore plus si vous avez déjà réalisé des vidéos par le passé. Déterminer une durée reste assez difficile aussi. Mon conseil est donc le suivant.

Commencez par pitcher votre scénario, trouvez un début, un milieu et une fin. Ca vous fournira une ligne directrice à tenir lors de l’écriture des épisodes. Ensuite, écrivez vos épisodes un à un. Prenez le temps de les relire, de répéter vos dialogues devant le miroir pour voir s’ils “sonnent bien”. Et seulement une fois tout écrit, vous pouvez continuer et attaquer le découpage technique.

2 — Découpage technique

J’en parle un peu ailleurs, et de toutes façons il faudra revenir dessus mais chaque chose en son temps. Le découpage technique c’est tout aussi important si ce n’est plus que l’écriture. Il s’agit, pour chaque scène, de la découper en différents plans de caméra afin de savoir comment filmer quoi. Ce découpage doit être fait dans l’idéal par le cadreur et le réalisateur. Pourquoi ? Parce que le cadreur doit pouvoir dire s’il saura filmer ça ou pas et proposer des alternatives en accord avec le réalisateur, sans dénaturer l’idée originale et en lui faisant prendre conscience que certaines idées sont irréalisables ou trop risquées. Une fois TOUT le découpage fait, vous pourrez pallier à pas mal de soucis techniques. Si vous vous sentez courageux, vous pouvez tenter de faire un story board mais ça prend BIEN plus longtemps et vos dessins ont intérêt à être lisibles si jamais vous êtes absent pour une raison ou une autre.

Reste à faire le repérage des lieux.

Exemple de story board, version animée

3 — Repérage

On ne fait pas un tournage sans un minimum de repérage, et vu la quantité de travail demandé par une web série, il y a souvent beaucoup de lieux qui vont être utilisés. Le repérage est alors essentiel, déjà afin de vous familiariser avec le décor mais aussi, entre autres, de voir comment entre la lumière, comment positionner les différents éléments avec l’équipe technique dedans, évaluer de potentiels risques et obtenir les autorisations nécessaires. Ca permettra aussi de revoir le découpage technique ou de faire en fonction du lieu pour certains plans, si vous devez vous rabattre sur une pièce plus petite que prévue, vous serez peut-être plus limité techniquement. L’avantage, c’est que vous pouvez aussi avoir des idées de mise en scène et prévoir un parcours optimisé au possible lors de votre tournage, si vous avez à changer de lieu. Mon conseil bonus : essayez d’obtenir par écrit une autorisation du propriétaire/responsable, même si elle n’aura pas forcément de valeur légale, elle pourra vous sauver la mise si jamais vous tournez sur un terrain et qu’un voisin vienne vous enquiquiner. Gardez les numéros de téléphone et adresses mails des responsables des lieux, et assurez vous qu’ils ont aussi de quoi vous contacter en cas d’imprévu. Si on parlait argent maintenant ?

4 — Le budget

Evidemment que si vous êtes amateurs, vous allez privilégier les lieux gratuits, le prêt de matériel, le bénévolat et autres astuces gratuites. Mais quid des dépenses occasionnées par ledéplacement d’une équipe ? Des éventuelles locations d’accessoires, de matériel, et même du catering ? Même si tout le monde est ok pour partir sur du bénévolat, il va falloir au moins nourrir vos acteurs. Alors certes, un plat de pâtes fait l’affaire, et quelques barres de céréales tiennent souvent assez au corps pour quo’n s’en fasse un repas. Mais ça va coûter des sous, et il est logique que, de base, le porteur du projet mette la main à la poche. A vous de voir si vous souhaitez faire un pot commun dans lequel piocher, mais pensez bien à compter la part nourriture dans votre budget même le plus basique. Une équipe bien nourrie est une équipe heureuse. En général, vous pouvez compter 4 € par personne et par repas afin d’avoir une idée moyenne du coût de la chose.

5 — Répartissez vous les tâches

Et faites le intelligemment. Ne filez pas la com’ à une personne qui n’aimera pas ça et qui ne saura pas comment faire, et ne recrutez pas vos amis juste parce que ce sont vos amis, justement. Assurez vous que tout le monde partage le même objectif commun et attend plus ou moins la même chose du projet. Rien de pire que des gens moins investis que d’autres qui vont plomber vos tournages et décourager les personnes les plus investies. S’il est fort probable qu’une personne aie plusieurs casquettes, assurez vous aussi qu’elle aura non seulement le temps mais aussi l’envie de s’occuper de ces tâches. On a beau faire ça par passion, quand c’est bénévole et que ça nous bouffe beaucoup de temps, on a clairement besoin que tout le monde en fasse autant à son niveau.

Ne laissez pas non plus de petites luttes intestines ruiner votre projet. Pour ma part, j’ai connu ça, et c’était l’équivalent de bagarre de maternelles. Certains refusaient de tourner avec d’autres “parce qu’il a potentiellement parlé dans mon dos” ou “parce qu’on m’a dit que je jouais mieux”. Si ça s’envenime, le projet échouera à coup sûr, et l’ambiance lors des tournages sera plutôt mauvaise. Ce qui plombe aussi un tournage.

BONUS

Apprenez à votre équipe à avoir les pieds sur terre. Je me souviens d’un mi, acteur dans mon projet, qui a reçu beaucoup d’éloges (plus ou moins méritées) de ses proches sur son jeu, et des remarques négatives sur le jeu d’une autre actrice. Cette personne avait beaucoup de mal à relativiser sur le fait que vos amis seront toujours plus tendres avec vous et n’oseront pas vous dire ce qui ne va pas (ou n’auront pas assez d’esprit critique pour être à même de le faire). Résultat : cette même personne, si elle a commencé à prendre conscience que son jeu d’acteur restait assez moyen (voire mauvais dans beaucoup de cas), n’arrive cependant toujours pas à comprendre pourquoi je ne la débauche pas sur mes projets. Même si je lui ai répété maintes et maintes fois que je ne la jugeait pas assez bonne pour les personnages que j’imaginais.

Voilà, c’est tout fini, bisous !