Nous ne voulons plus pleurer en vain. Nous voulons nous battre !

5 réponses pour vaincre le terrorisme.

Ils auront tout violé, tout blessé, tout tué.

Notre fête nationale et le recueillement d’une église, un prêtre et des enfants, le foyer de deux policiers et une salle de concert, un supermarché casher et une salle de rédaction, une promenade un jour de liesse.

Ils ne respectent rien. Leur haine est aveugle, leur imagination criminelle sans limite. Ils ont des visages ordinaires. Ils habitent dans nos villes, dans nos villages et dans nos quartiers. Ils peuvent être nos voisins. Ils parlent notre langue. Ils ont fréquenté les écoles de la République. Leurs points communs sont le passage par la prison, la fréquentation des sites internet, la volonté de rejoindre les lieux de combat, le désir de mort. Ils tuent avec des armes blanches, des explosifs sommaires, des armes de guerre qui se trouvent sur les marchés parallèles, un camion.

Ils sont le terrorisme.

Ils sont la menace nouvelle à laquelle nous devons faire face pour des années.

Notre Nation les a laissés grandir dans son sein sans réagir, ou trop peu, ou trop tard. Le mal est profond. Le mal est ancien. Trois décennies de relativisme culturel et de faiblesse éducative ont préparé les années de douleur que nous vivons. Passée la première indignation, quelles conséquences avons-nous tiré des sifflets contre la Marseillaise au Stade de France en 2002 ? Quelle politique pour retrouver notre fierté nationale ? Nous avons toléré sur notre territoire des comportements intolérables. Nous avons eu la culture honteuse, nous avons mis notre art de vivre dans notre poche, alors que nous aurions dû en être fiers. Nous avons laissé proférer en public des paroles de haine et de violence qui ne devraient jamais franchir aucune bouche en France.

Les mots finissent par faire couler le sang.

Nous avons donc connu les premiers actes de violence. Nous avons pris pour des dérives isolées la radicalisation de centaines de jeunes en France. Nous nous sommes rassurés à bon compte et nous avons baissé la garde, en effectifs de police, en places de prison comme en outils de renseignement. Nous avons pris pour un événement exceptionnel les signes avant-coureurs du drame que nous vivons désormais. Un loup solitaire, le meurtrier de Toulouse et de Montauban en 2012 ? Non : la première dent de la meute, qui maintenant sort du bois.

Nous avons beaucoup pleuré. Nous avons déposé des bougies et entendu des témoignages déchirants. Nous avons cité les paroles de paix du père Jacques Hamel en réponse aux discours de haine des terroristes.

Cela suffit.

Demain, ou un autre jour, nous pourrons pleurer à nouveau et être surpris par un acte encore plus effarant, encore plus ignoble, encore plus révoltant. Nous le savons tous. Personne en revanche ne peut accepter que nous en restions au statu quo dans la lutte contre le terrorisme. Nous ne voulons plus pleurer en vain. Nous voulons nous battre.

Il faudra des années.

Car la vague terroriste à laquelle nous sommes confrontés est une lame de fond, qui vient de notre propre société. Les explosifs sont fabriqués sur notre sol, les armes de guerre circulent dans nos quartiers, la radicalisation se développe dans nos prisons, les discours meurtriers se tiennent à nos portes. Hier, il fallait fouiller une à une les grottes dans un Afghanistan lointain, désormais les perquisitions se font à domicile.

Nous devons afficher une cohésion nationale sans faille. Cohésion ne veut pas dire silence. Cohésion ne veut pas dire refus ou mépris des propositions de ses adversaires politiques. Nous devons débattre sereinement entre nous des meilleures réponses à apporter à la menace. Les postures ne servent personne quand la Nation est en danger.

Allons puiser dans ce que nous sommes la force de combattre le terrorisme. Allons chercher dans notre goût de la liberté, dans notre esprit de résistance les armes pour faire face. Face à la barbarie, dressons notre courage et notre raison. Ne répondons pas à la haine par la haine. Ne semons pas les germes de la discorde qui affaibliront encore davantage notre peuple. La vengeance personnelle et expéditive est une tentation : elle ne fera que démultiplier la violence et servir par conséquent les objectifs des terroristes.

Ils veulent la division ? Nous ferons face ensemble.

Ils cherchent la guerre civile ? Nous leur opposerons notre mobilisation nationale.

Ils pensent nous défaire ? Nous vaincrons, avec une nouvelle doctrine et des orientations nouvelles.

* * *

1. Un dispositif de sécurité renforcé

Dans la lutte contre le terrorisme, notre Etat devrait être fort, il est faible.

Notre Etat disperse ses moyens, distribue des aides sociales sans vérifier leur efficacité, intervient à tort et à travers, sanctionne quand il devrait encourager, laisse passer quand il devrait sanctionner. Un Etat qui réduit ses effectifs de police face à la menace est un Etat faible. Un Etat qui ne parvient pas à faire travailler ensemble ses services de renseignement pour la sécurité de tous est un Etat indigent. Un Etat qui laisse depuis des années la radicalisation grandir dans les prisons est un Etat aveugle.

Un Etat fort ne recule pas devant la double peine. Un Etat fort ne se laisse pas dicter sa conduite sur les chaînes d’information en continu un soir de grande écoute par une famille déboutée du droit d’asile. Un Etat fort se fait respecter par tous.

Un Etat fort fera une Nation forte.

Il est temps désormais de faire les choix décisifs. Donnons aux forces de police et de gendarmerie les hommes et les matériels dont elles ont besoin.

Il faut porter en 10 ans le budget des armées à 2% de notre richesse nationale et leur donner les matériels et les hommes nécessaires pour combattre la menace terroriste à la racine.

Il faut également augmenter le nombre de policiers et de gendarmes au cours du prochain quinquennat. Il est indispensable de décharger les policiers et les gendarmes de leurs tâches administratives et de leur permettre de retrouver la voie publique en recrutant des emplois administratifs. Ces recrutements permettront de réduire à 5000 les effectifs de Sentinelle et de soulager nos soldats, qui vivent dans des conditions très difficiles une mission qui ne se trouve pas au cœur de leur engagement.

Parallèlement, nous devons donner aux forces de sécurité les moyens matériels dont elles ont besoin. Il n’est plus supportable d’entendre qu’une patrouille doit être annulée par manque de véhicule opérationnel, ou qu’une procédure prend du retard parce que les ordinateurs d’un commissariat sont en panne. Un plan de modernisation des équipements doit être mis en œuvre.

Il faut renforcer la coordination des services de renseignement français et permettre un pilotage unique et plus efficace dans la lutte contre le terrorisme. La direction générale de la Sécurité intérieure doit devenir le service unique en charge de la lutte contre le terrorisme. Une partie de ses effectifs doit être décentralisée, pour revenir au plus près du terrain. Ce regroupement des responsabilités évitera les doublons et favorisera des procédures plus rapides.

Un meilleur croisement des fichiers de renseignement est indispensable : trop de fichiers sont encore considérés comme anodins, sans possibilité de les regrouper avec des fichiers plus sensibles. Seul le croisement multiple des informations permettra de déceler des comportements suspects. Trafic de drogue, absentéisme professionnel, consultation de sites djihadistes, décrochage scolaire, réservation de titres de transport peuvent avoir désormais des liens. Il est nécessaire de permettre aux forces de sécurité désormais l’accès à l’ensemble des fichiers des administrations nécessaires à leur travail dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Les maires doivent être sollicités en amont pour repérer les individus pouvant passer à l’acte : une famille qui voit un de ses enfants se radicaliser, un jeune qui tient des propos incitant au terrorisme. Les maires doivent également disposer des informations des préfets sur les personnes radicalisées dans leur commune. Qui connaît mieux sa population que le maire ? Pourquoi ce climat de défiance entre maires et Etat ? Une coopération plus étroite et quotidienne est nécessaire. Chacun de nous doit se sentir désormais concerné par la sécurité de la Nation.

Enfin, nous mènerons la guerre contre le “Web islamique”. Les sites et messages sur les réseaux sociaux appelant au jihad se multiplient. Des forces spécialisées doivent être mobilisées pour traquer et hacker chacun de ces sites. Il ne faut plus hésiter à multiplier les procédures contre les géants du Web pour connaître l’identité des personnes qui propagent les vidéos insupportables de propagande islamique. De nombreux pays ont engagé ce bras de fer : avec eux, il sera possible de mettre ces entreprises face à leurs responsabilités.

2. L’urgence absolue pour la justice

La justice est depuis plusieurs mandats la grande oubliée de notre Etat régalien. Pourtant le point de faiblesse majeur se trouve là. Il est donc urgent de donner à notre justice les moyens humains, matériels et procéduraux pour nous protéger avec efficacité contre la menace terroriste.

Moyens humains en premier lieu.

Nous donnerons les personnels de soutien à la justice pour accélérer les procédures. Nous mettrons en place un large plan de recrutement de magistrats en développant des accès en cours de parcours professionnel. Plus largement, les équipes qui entourent les magistrats doivent être renforcées.

Moyens matériels ensuite.

Le surpeuplement carcéral remonte à des années. Qui a eu le courage de répondre à ce défi ? Depuis des décennies on laisse faire, quand on ne va pas jusqu’à bloquer la construction de nouvelles prisons sous les instructions de Christiane TAUBIRA. Pourtant la surpopulation carcérale a des effets pervers directs sur le combat contre le terrorisme. En interne, il nourrit la radicalisation, il empêche une surveillance personnalisée des individus à risque. En externe, il pousse les magistrats à trouver des solutions alternatives comme le bracelet électronique pour des situations où seul un enfermement de longue durée serait la réponse. Pourquoi tous les jeunes de retour de Syrie ne se retrouvent-ils pas sous les verrous dès leur retour ? Parce que les places de prison manquent. A Saint-Etienne-du-Rouvray, le terroriste était fiché S, il portait un bracelet électronique, il a assassiné dans ses heures de liberté. Pour dire les choses froidement : il a assassiné dans un cadre légal. Qui pourrait accepter que cela se reproduise ?

Nous lancerons donc une campagne de construction massive de prisons en France. 10 000 places nouvelles seront créées au cours du prochain quinquennat. Nous engagerons également la construction de centres pénitentiaires réservés aux seuls prévenus et condamnés pour terrorisme afin de faciliter la surveillance et d’éviter les risques de contagion.

Notre justice aura également le budget nécessaire pour financer le coût des recherches, des expertises scientifiques et des écoutes. Nous lui donnerons les systèmes d’information dont elle a besoin pour agir efficacement.

Moyens procéduraux enfin.

Nous rétablirons les peines plancher en cas de récidive qui ont été supprimées par Christiane TAUBIRA. Nous appliquerons un plancher de 7 ans fermes dans les cas de terrorisme.

La double peine deviendra automatique pour les faits de terrorisme et pour les délits connexes : incitation à la violence ou à la haine raciale par exemple. La double peine permet de renvoyer un étranger chez lui après condamnation en France. Depuis dix ans, nous avons renoncé à son application, donnant un signal de laxisme insupportable. Le renforcement des contrôles aux frontières permettra de garantir la plus grande efficacité à cette automaticité de la double peine.

Enfin, nous nous engagerons pour simplifier et moderniser nos procédures judiciaires. Pourquoi conserver les mêmes procédures, complexes et longues, lorsque les faits sont reconnus ? Pourquoi continuer à matérialiser toutes les procédures en format papier à l’heure du numérique ? Notre réponse pénale sera d’autant plus forte qu’elle sera simple et rapide.

Mais nous devons aller encore plus loin.

Dans le cadre légal actuel, notre justice ne peut pas prévenir les actes terroristes : elle ne pourra que les condamner. Pour prévenir des actes exceptionnels, il faut une justice d’exception.

Elle demande une modification de la Constitution : et alors ? Nous avons débattu six mois au Parlement sur la déchéance de nationalité avec une réforme de la Constitution à la clé, et nous refuserions de débattre sur une réforme visant à assurer notre protection ?

En matière de terrorisme, la prison préventive doit donc devenir la règle. Le maintien en détention provisoire ne doit pouvoir être levé que par décision motivée de la chambre de l’Instruction de la Cour d’Appel.

Le recours aux écoutes judiciaires doit être facilité, et le contenu des écoutes administratives, comme élément de preuve doit être autorisé sous le contrôle du juge.

La misère actuelle de notre justice et la faiblesse de notre arsenal pénitentiaire sont les produits de plusieurs mandats de renoncement. Il appartiendra au prochain Président de porter un projet de reconstruction de la justice indispensable pour assurer la sécurité de nos concitoyens.

3. Une nouvelle École républicaine

Depuis trente ans, nous assistons impuissants au naufrage de notre Ecole républicaine.

Le relativisme culturel, le nivellement par le bas, la renonciation à la rigueur de la pensée, des programmes sans queue ni tête, ont accéléré le mouvement. Notre Ecole républicaine était la gardienne de notre Nation. Elle en est désormais un des maillons faibles.

Les dirigeants de la France depuis trente ans portent leur part de responsabilité. Les uns ont voulu acheter la paix sociale à coup de postes supplémentaires, les autres se sont résignés à ne rien faire, de peur de mettre le feu au ministère. Tous ont cédé devant la mainmise des syndicats sur la gestion des enseignants.

Avec la majorité actuelle, nous avons atteint un point de non-retour dans cet abandon éducatif. La gauche cède au clientélisme électoral de bas étage, avec le recrutement de 60 000 enseignants supplémentaires sans aucune réforme de structure. Elle triche avec les notes, ou elle les abandonne, pour tenir le vieil objectif démagogique de 80% de bacheliers. Elle renonce au latin et aux racines de notre langue, au motif que le latin serait élitiste. Elle fait une croix sur les Lumières. Elle supprime les classes bilangues et elle oblige tous les enfants à apprendre deux langues étrangères dès la cinquième, quand beaucoup ne maîtrisent pas correctement le français. Elle veut enseigner l’arabe au CP. Au nom de quoi ? Au profit de qui ? En France, au CP, on doit apprendre le français.

Notre École républicaine doit changer en profondeur et dans la durée.

La troisième année de maternelle doit devenir obligatoire, pour marquer la priorité éducative.

Le primaire doit être entièrement redirigé vers les savoirs fondamentaux, en particulier la maîtrise du français. Aucun élève ne doit arriver au collège sans posséder les bases de notre vocabulaire et de notre grammaire. Qu’est-ce qui rassemble tous les citoyens de Cayenne à Nouméa, de Sarcelles à Guéret, de Saint-Denis de la Réunion à Brest ? La langue française. Notre langue est notre Nation. On peut faire aimer la France à nos enfants dans sa langue et dans sa littérature. On peut leur donner de quoi se nourrir pour la vie.

Le collège ne doit plus être un moule uniforme. Il doit tenir compte de la diversité des talents et des aptitudes des élèves. Ce qui convient à un élève peut en rebuter un autre, ce qui séduit une intelligence en lasse une autre. Le collège unique doit donc laisser la place à un collège diversifié, qui permettra à chacun de choisir progressivement son parcours au fil des années. Nous devons en finir avec un modèle qui impose une seule voie, la voie générale, à tous les enfants de France, et qui dévalorise les autres filières. La voie professionnelle vaut la voie générale. Un apprenti vaut un doctorant. A force de vouloir donner le même enseignement à tous, par égalitarisme, on renonce à la véritable égalité, qui est de donner à chacun la possibilité de trouver sa voie.

Les milliers de décrocheurs que nous laissons sur le bord de la route, faute de leur avoir permis de découvrir leur talent, sont autant de proies faciles pour ceux qui vomissent la France et qui la menacent. « Vous avez échoué ? Vous avez été laissé pour compte ? Venez ! Rejoignez-nous dans la haine de cette France qui vous a méprisé ! »

Après la scolarité obligatoire, le mur dressé entre filière générale et filières technologiques ou professionnelles doit tomber. A partir des enseignements fondamentaux qui seront les mêmes pour tous, chacun doit pouvoir choisir sa voie et les formations qui correspondent le mieux à ses talents et à ses espérances. Ce lycée à la carte permettra de mieux préparer tous les jeunes à leur avenir après le baccalauréat. Il constitue la seule solution permettant de mieux les orienter et de redonner aux universités leur excellence.

Enfin la gestion du corps enseignant doit être revue de fond en comble. Une machine technocratique lourde et centralisée dirige en toute opacité la carrière de centaines de milliers de personnels. La cogestion est devenue la règle, profitant de la démission des politiques. Cela doit cesser. Nous devons engager la décentralisation des personnels éducatifs. Nous devons confier aux régions la gestion des enseignants. Cette décentralisation permettra de garantir une gestion des enseignants au plus près du terrain et des besoins.

Revenir aux fondamentaux, responsabiliser les enseignants et les établissements, parier sur la diversité des talents de notre jeunesse, voilà les bases de ce rétablissement de notre éducation et la garantie de sa réussite.

4. La reconquête culturelle

La véritable défaite de notre Nation est culturelle : plus de transmission, plus de repères, plus de récit national où projeter ses désirs et ses rêves. A la place, un relativisme généralisé, dans lequel tout se vaut. Plus de débats, mais des tabous, plus de liberté critique, mais des excommunications qui interdisent de dire les choses, de nommer le mal, de dénoncer les abus.

Dans une indifférence totale, la France a laissé grandir sur son sol des esprits vides, qui ne croient en rien, qui ne connaissent rien, qui mélangent tout, esprits confus, esprits faibles, fascinés par la violence radicale des sites de Daesh. Des centaines de nos jeunes trouvent un sens à leur existence dans cet héroïsme de la cruauté. Ils sont devenus des proies faciles pour la toile islamiste et son étendard noir. Les assassins de 19 ou 20 ans qui égorgent des innocents dans les églises ou dans des mises en scène macabres sur internet ne sont pas une génération spontanée : ils sont le produit du renoncement culturel de la France.

Nous devons retrouver notre culture pour inventer notre avenir.

Culture veut dire création.

Retrouvons cette audace créatrice qui a fait les plus belles heures de la France. Abandonnons la frilosité, laissons tomber ce principe de précaution qui a bridé les sciences et le savoir.

Culture veut dire histoire.

Le récit national doit devenir accessible à tous. Louis XIV et Bonaparte, Louise Michel et De Gaulle, Richelieu et Jeanne d’Arc sont-ils des personnages si ternes que cela ne vaille pas le coup de connaître leur vie ? La Fronde, la Résistance, la prise de la Bastille, la fuite à Varennes, la France libre, la France révolutionnaire, sont-elles des moments si insignifiants de notre histoire que nous ne puissions plus les raconter ? Retrouvons avec ces moments et ces figures une fierté nationale, au lieu de nous complaire dans une haine de soi qui ne conduit nulle part. Comment susciter une adhésion à notre Nation, quand notre Nation se détache de sa grandeur ? Comment aimer son avenir quand on méprise son passé ?

Il existe des mémoires différentes, ne les nions pas. Une Nation est tissée de plusieurs mémoires. Chacune a sa place. Seule la méconnaissance de ce que nous sommes comme Nation et comme peuple peut nous perdre comme peuple et comme Nation.

Trop vieille, notre histoire ? Alors rappelons aussi les droits de 1936, la défaite de 1940, les déchirements de la décolonisation, l’alternance de 1981, le discours aux Nations unies de 2003. Notre histoire vit encore, avec ses heures glorieuses et ses égarements. Nous devons en retrouver le fil chronologique et les visages.

Culture veut dire principes.

Nous sommes les héritiers de la séparation entre Eglise et Etat. Nous avons rendu une bonne fois pour toutes à César ce qui était à César, à Dieu ce qui était à Dieu. Nous ne reviendrons pas en arrière. Nous sommes la première Nation civique. Nous avons inventé en 1789 un individu citoyen, partagé entre ses convictions et ses devoirs, sa foi personnelle et ses devoirs publics, son origine personnelle et son appartenance à la Nation. Nous trouverons dans cette singularité la réponse aux difficultés actuelles. Toute religion a sa place en France, du moment que cette religion ne cherche pas à contraindre autrui. Toute religion est respectable, si elle respecte les principes de la République et ce récit national dont nous sommes les dépositaires. En France, on est libre de croire ou de ne pas croire, mais nul ne peut imposer sa foi aux autres. Ce trait culturel fondamental ne se négocie pas. Il ne se partage pas. Aucun accommodement raisonnable ne peut être envisagé, sauf à remettre en cause ce que nous sommes.

Il vaut pour toutes les religions.

Il vaut pour nos compatriotes musulmans.

Des millions de nos compatriotes sont musulmans. Ils appartiennent de plein droit à notre Nation et à notre histoire. Ceux qui en doutent devraient se rendre au carré musulman du cimetière de Douaumont : ils verront inscrits sur des pierres tombales les noms de milliers de combattants musulmans d’Afrique du Nord et du Sénégal qui ont joué un rôle décisif dans la bataille de Verdun. Ils avaient vingt ans. Ils ont sacrifié leur vie pour une Nation qui était la leur.

Il existe un islam de foi en France : il doit disposer de lieux de culte, il doit vivre en paix.

Mais il existe aussi un islam politique, qui gagne du terrain depuis des années dans une indifférence générale. Faut-il être aveugle pour ne pas le voir ? Cet islam politique confond sciemment enseignement de la foi et projet politique. Il efface les lignes entre privé et public, conviction personnelle et commandement général. Il veut guider les consciences autant que les comportements et les mœurs. Il impose sur notre territoire des us et coutumes contraires à notre Nation : le vêtement religieux devient la norme dans la rue, la prière se développe sur les lieux de travail, les agents publics sont pris à partie dans les préfectures, dans les hôpitaux ou dans les écoles, les femmes sont reléguées dans une invisibilité qui bafoue des décennies de libération féminine, on menace de réserver une piscine privée pour une baignade en burkini. Cet islam politique trouve son inspiration dans le wahabisme, le salafisme et les Frères Musulmans. Il ne veut pas la concorde, il veut la force et le pouvoir. Il provoque sciemment. Il est le relais de la haine qui tue sur notre sol.

Cet islam politique cherche-t-il à se montrer ouvertement violent ? Non.

Est-il un danger pour notre Nation ? Oui.

Nous ne devons pas négocier avec lui, nous devons le combattre : on ne négocie pas avec ceux qui ne nous aiment pas et qui nous méprisent.

Nous devons fermer dans les meilleurs délais tous les centres cultuels qui propagent une idéologie de haine, expulser les imams étrangers qui tiennent des propos contraires à la loi et faire condamner ceux de nationalité française.

Nous devons défendre notre esprit critique, qui fait notre génie national. On peut se sentir blessé par une critique, on ne venge pas cette blessure par la violence et par les armes. Aucune caricature de Mahomet ne justifie un bain de sang dans la salle de rédaction de Charlie Hebdo, il est terrible de devoir le rappeler à ceux qui cherchent des excuses aux terroristes, au lieu de les condamner.

Nous devons assumer et proclamer la visibilité des femmes dans notre société. La liberté des femmes est une conquête qui reste à poursuivre. Aucun recul ne peut être toléré.

Nous devons rappeler que les signes religieux demeurent discrets, par respect pour ceux qui ne croient pas, par souci de cet espace public que nous partageons tous.

En définitive, la laïcité ne doit pas être ouverte ou fermée, positive ou négative, elle doit continuer de protéger notre République. Est-ce que cela interdit de reconnaître les apports des religions à notre culture, en particulier de la religion chrétienne ? Certainement pas. Les religions ont leur place dans notre culture, pas contre notre culture. Elles ont donné à la France une part de beauté et de spiritualité dont nous pouvons être fiers.

5. Une nouvelle politique internationale

La France a longtemps tenu au Moyen Orient une diplomatie équilibrée entre les différents Etats, sans prendre parti dans les querelles confessionnelles.

Depuis deux mandats, elle privilégie ouvertement le Qatar et l’Arabie saoudite, pariant à la fois sur le retrait américain dans la région, sur les contrats d’armement et sur les investissements sur notre territoire. Ce choix de politique étrangère révèle au mieux une complaisance coupable avec des Etats qui maintiennent une ambiguïté dans leurs relations avec les courants islamistes, au pire un aveuglement complet sur les responsabilités internationales dans la situation actuelle en France. Il ne peut plus durer.

Dans le même temps, nous avons abandonné toute souveraineté en liant nos décisions aux choix américains. En reprenant les lignes rouges du Président américain sur la Syrie, François HOLLANDE a tenu la balance égale entre la condamnation morale de Bachar El Assad et la lutte contre l’Etat islamique. Résultat ? La France a perdu sur les deux tableaux : elle est absente de la négociation sur l’avenir de la Syrie et elle sert de force d’appoint dans le combat militaire contre Daesh.

Pour sortir de cette confusion, nous devons donner une nouvelle orientation à notre politique internationale et la conduire sur des principes clairs.

Premier principe : notre indépendance nationale.

La France doit définir souverainement ses intérêts stratégiques, les menaces qui pèsent sur eux, et la meilleure manière de les contrer. La voix de la France porte quand elle est indépendante. Elle est inaudible quand elle est soumise.

Ce principe doit nous amener à réévaluer nos relations avec le Qatar et l’Arabie saoudite et à refuser les compromissions qui aliènent notre indépendance.

Il doit également nous amener à prendre des initiatives plus fortes dans la lutte contre Daesh. La France est la première cible de Daesh : elle doit être son premier adversaire.

Le Président de la République nous avait annoncé une grande coalition internationale : où est-elle ? Quelle initiative a-t-il pris ? Il lui revenait de mettre en place une coalition internationale la plus large possible, de solliciter des Etats de la région proches et disponibles comme la Jordanie, de requérir le soutien des Européens en convoquant un Conseil européen exceptionnel sur le sujet. Il lui revenait de poser la question de la place de la Turquie et de nouer un dialogue plus étroit avec la Russie. Il lui appartenait, comme chef des armées, de mettre des troupes à disposition de cette coalition, y compris des troupes au sol.

Deuxième principe : nos intérêts nationaux.

Dans la lutte contre le terrorisme, nos intérêts politiques doivent primer sur nos intérêts commerciaux.

Il est utile pour notre industrie de vendre des armes, il est indispensable pour notre Nation de pouvoir compter sur des alliés fiables. Nous devons mettre fin à toute influence des courants religieux étrangers qui ne respectent pas les règles essentielles de notre République.

Nos armées sont le fer de lance de la défense de nos intérêts nationaux. Une vision politique doit précéder leur emploi. Sans vision politique, toute intervention militaire se solde inéluctablement par un désastre. En Libye, notre intervention militaire a conduit à la dislocation de toute structure gouvernementale, à un afflux migratoire à proximité des côtes européennes, à la prise de contrôle de portions importantes du territoire par des organisations mafieuses et terroristes.

Tirons-en les conséquences dans notre combat militaire contre Daesh. A quoi bon la victoire, si nous ne réfléchissons pas au règlement du problème sunnite dans la région ? Daesh est un monstre fécondé par la guerre en Irak en 2003 et né de la gestion calamiteuse du Premier ministre Nouri al-Maliki. Nous ne pouvons pas nous désintéresser du suivi politique de sa défaite prévisible.

Troisième principe : la défense de notre vocation européenne et universelle.

La France a fondé le projet européen. Dans le combat contre le terrorisme, elle doit se placer à la pointe des initiatives techniques et politiques.

Initiatives techniques, pour renforcer la coordination des services de renseignement européens, garantir la mise en place effective du contrôle de nos frontières notamment des passagers aériens, développer la coopération judiciaire.

Initiatives politiques, pour réclamer une augmentation des budgets militaires européens et le soutien effectif de tous les Etats membres dans la lutte contre Daesh.

La France devrait également exiger une réunion spéciale du Conseil européen pour tirer les conséquences des provocations répétées du président turc et clore définitivement la négociation d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Les bouleversements actuels montrent sans équivoque que la Turquie n’a pas sa place dans l’Union européenne. L’urgence absolue n’est pas à la modification des frontières européennes, mais à leur protection.

Fidèle à sa vocation universelle, la France devrait enfin porter la question du terrorisme au niveau des Nations unies et en faire un enjeu de sécurité mondiale. Membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations unies elle pourrait demander la convocation d’une session extraordinaire du Conseil de Sécurité sur la seule question du terrorisme, appelant à une mobilisation internationale de plus grande ampleur, sous tous ses aspects : politique, financier, militaire, de renseignement.

* * *

La peur du terrorisme nous habite tous. Nous craignons pour nos enfants, pour nos familles, pour nos proches. Nous redoutons le prochain attentat, la prochaine attaque qui viendra ensanglanter notre Nation. Nous ne voulons pas vivre avec cette peur. Nous voulons la surmonter.

La France porte en elle un esprit de résistance. Elle doit le retrouver pour vaincre le terrorisme. Elle doit puiser dans cet esprit de résistance la force morale de faire face.

Mais il nous faut aussi une stratégie de long terme : le renforcement des mesures sécuritaires et de la justice est indispensable, il ne suffira pas. Seule la reconquête éducative et morale, soutenue par une réévaluation de nos choix internationaux, nous permettra de vaincre dans la durée.

Il faudra du courage, il faudra du temps, et il faudra surtout une volonté politique inébranlable portée par la légitimité de la prochaine élection présidentielle.