Interview parue dans Le Parisien

Pourquoi supprimer l’ENA ?

L’ENA a fait son temps. Le mode de recrutement et le parcours de formation entièrement axés sur le seul classement de sortie ne sont plus adaptés à un monde d’innovation et de changement toujours plus rapides. A la différence des autres grandes écoles qui ont su ouvrir leur recrutement et évoluer vers l’apprentissage et l’alternance et qui doivent poursuivre en ce sens, l’ENA est quasiment restée telle qu’elle a été fondée en 1946. Il est temps de remettre de la justice et de l’efficacité dans le recrutement des hauts fonctionnaires français.

Les jeunes haut fonctionnaires continueront à être recrutés par voie de concours et seront formés avant de prendre leur premier poste mais cette phase de formation ne déterminera plus comme aujourd’hui la totalité de leur carrière. Ces hauts fonctionnaires auront ensuite 10 ans pour apporter la preuve de leur efficacité, de leur engagement au service de l’Etat et de leur mérite. Les plus méritants auront vocation à rejoindre au bout de 10 ans une école d’application, installée dans les locaux actuels de l’ENA à Strasbourg, pour une durée de 1 an. Cette école d’application donnera accès aux postes de direction de l’Etat et aux grands corps. Le mérite prendra donc la place de l’actuel classement de sortie de l’ENA. L’accès aux postes les plus importants de notre Etat sera ouvert à ceux qui en auront montré la capacité par leur travail et leur parcours au sein de la fonction publique et pas simplement réduit aux aléas d’un classement de sortie. Cette proposition est une garantie de justice. Elle est aussi une garantie d’efficacité pour l’Etat. Elle permettra en effet de réorienter les élèves et les hauts fonctionnaires qui le souhaitent dans cette école d’application. Elle évitera les départs de la haute fonction publique pour le secteur privé avant l’accomplissement des 10 années de service. Elle est cohérente avec l’obligation qui sera faite à tous les hauts fonctionnaires engagés en politique de démissionner de la fonction publique.

Cette proposition qui suscite tant de débats n’a pourtant rien de révolutionnaire. Elle est inspirée par la gestion des carrières des officiers supérieurs de l’armée française dont les meilleurs éléments ne peuvent accéder aux postes à responsabilité qu’après être passés par l’école de guerre. Pourquoi le mérite qui s’impose aux armées ne s’imposerait-il pas aux fonctionnaires les plus gradés de l’Etat ? Enfin, cette proposition correspond à ma volonté de remettre de la justice au cœur de la société française et de redonner de l’espoir à chacun par le mérite et par le travail. Supprimer l’ENA ne dévalorise pas la haute fonction publique, cela redonne aux hauts fonctionnaires le sens de leur mission et de leur engagement.

C’est en avançant dans cette direction, celle de la reconnaissance du talent et du mérite, que nous retrouverons un espoir en France pour tous et pas seulement pour quelques-uns.

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