La Cnlii a été constituée le 29 janvier 2014 au Collectif 12 (Mantes-la-Jolie) lors du 1er Forum national des lieux intermédiaires. Ce regroupement en coordination, qui s’appuie sur des dynamiques pré-existantes, répond au besoin urgent exprimé pendant ce forum d’une reconnaissance de la place et du rôle de ces lieux intermédiaires dans le paysage culturel français et d’une mise en réseau de leurs projets respectifs.

Rapidement, les représentants des réseaux membres du comité de pilotage (Actes If, ARTfactories/Autre(s)pARTs, la Fedelima, la Fédération régionale des arts de la rue Rhône-Alpes/Auvergne, la Fraap, le Synavi, Themaa, l’Ufisc, le DOG, le Lien et le Rif) ont produit un travail de réflexion et de rédaction qui a permis d’aboutir à une Charte des lieux intermédiaires et indépendants ainsi qu’à un projet de référentiel complémentaire.

Charte des lieux intermédiaires et indépendants

La Charte vise à traduire les valeurs et démarches de ces lieux artistiques, collaboratifs et alternatifs, où s’expérimente une démocratie culturelle en acte. Elle définit des engagements et des objectifs. Elle est aussi un outil pour les structures dans le dialogue qu’elles entretiennent avec leurs partenaires.

Référentiel

Pour des lieux autonomes d’expérimentation artistique partagée

L’analyse comparée des textes de référence des principales organisations membres à ce jour de la Cnlii a fait apparaître un ensemble de traits fortement partagés. Un travail de consultation et de validation qualitative, mené au sein de son Comité de pilotage, a permis d’encore mieux préciser et hiérarchiser les idées-force autour desquelles se reconnaissent collectivement les lieux intermédiaires et indépendants.

Chaque organisation membre de la Coordination et chacune des structures singulières qui les composent privilégie tel ou tel aspect de ce qui constitue néanmoins un intéressant référentiel de caractérisation pour cet ensemble de lieux encore trop peu reconnus bien qu’aujourd’hui essentiels pour le développement artistique et culturel de notre pays.

Reprenant successivement les sept grands engagements de la Charte fondatrice, les traits constitutifs de ce référentiel sont présentés selon un ordre allant de ce qui se présente comme absolument essentiel dans le projet de l’immense majorité des lieux jusqu’à ce qui reste considéré comme important au moins pour une bonne partie d’entre eux. Certains traits se recoupent, mais ne donnent pas toujours lieu à une hiérarchisation identique, ce qui confirme un aspect restant plus discuté. Enfin, dans chacun des sept grands engagements, les traits sont répartis en deux grands ensembles pour signifier le passage entre les propositions très fortement partagées et celles qui restent plus discutées entre les membres de la Coordination. Ainsi, se dessine un paysage tout à la fois largement commun et néanmoins différencié, que chaque lieu pourra décliner, commenter, nuancer, compléter selon ses propres priorités et engagements.

Référentiel des lieux intermédiaires et indépendants

Qui sommes-nous ?

Un travail de cartographie a été lancé. Cette cartographie a pour objectif de repérer et recenser les lieux artistiques et culturels qui se reconnaissent dans les valeurs défendues par la Cnlii. Les lieux qui se reconnaissent dans ces valeurs et dans leur mise en œuvre sont signataires de la Charte et sont marqués en vert sur la carte.

> Lien vers la carte interactive

Dans les régions, se référant à cette dynamique de coordination nationale, et dans un contexte de réforme territoriale, des acteurs ont initié ou poursuivi des rapprochements et organisé des temps d’interconnaissance et de structuration à des échelles locales ou inter-régionales.

Œuvrant à partir de cette réciprocité croissante entre l’échelon national et local/régional, les membres actifs au sein du Comité de pilotage ont multiplié les échanges et alimenté les discussions aux endroits stratégiques qui leur paraissaient pouvoir constituer à terme des leviers importants pour la reconnaissance des lieux intermédiaires et indépendants.

Nous revenons ici sur quelques avancées notables sur la loi NOTRe, les Assises de la Jeune Création et le projet de loi Liberté de Création, Architecture et Patrimoine (LCAP), ce dernier étant toujours en discussion au Sénat.


Loi NOTRe et droits culturels

D’abord rejeté par l’Assemblée Nationale, la référence aux droits culturels a finalement été réintroduite par les Sénateurs à l’article 103 dans la loi promulguée le 7 août 2015 :

“La responsabilité en matière culturelle est exercée conjointement par les collectivités territoriales et l’État dans le respect des droits culturels énoncés par la convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles du 20 octobre 2005”.

Plusieurs organisations de la Cnlii se sont mobilisées pour défendre ce levier important pour la transformation des politiques publiques.

L’expression “droits culturels” renvoie au contexte de nos engagements internationaux depuis la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 et le pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels de 1966, jusqu’aux textes normatifs de l’Unesco sur la diversité culturelle. Il était donc essentiel que la loi française réaffirme ces engagements et la volonté de voir les politiques culturelles locales participer, elles-aussi, à faire “culture”, au sens des droits humains fondamentaux, c’est à dire “faire humanité ensemble” en voulant “vivre ensemble” avec nos diversités culturelles. Replacer les personnes au centre des politiques culturelles et des politiques publiques, reconnaître les identités culturelles de chacun, réaffirmer les principes de liberté et de dignité humaine : ces enjeux traversent les démarches et engagements de la Cnlii. La notion de “droits culturels” apparait dans le référentiel et mérite d’être davantage travaillée, notamment dans son articulation avec la loi LCAP, comme nous invite à le faire Jean-Michel Lucas.



Les Assises de la jeune création

Initiative du Ministère de la Culture et de la Communication, ces Assises ont réuni, du 9 avril au 12 juin 2015, plus de 150 acteurs issus de toutes les disciplines artistiques et culturelles. Les questions de repérage, de formation, d’insertion, de mobilité, de diversité et de solidarités ont notamment été débattues. Après bien des années, ces Assises ont été la nouvelle récente occasion d’aborder au sein même de l’institution la question des « lieux intermédiaires ».

Le soucis affiché par l’ex-ministre Fleur Pellerin d’aboutir à des mesures concrètes et opérationnelles et l’engagement de nombre d’acteurs associés, dont l’Ufisc, la Fraap et Actes if , bien conscients de cette opportunité rare, ont permis de dégager 19 mesures, réparties en 5 grands axes : Travailler sur l’orientation et la formation; accélérer l’insertion professionnelle des jeunes créateurs ; favoriser l’innovation en réseau ; améliorer les conditions de vie et de travail des jeunes artistes ; œuvrer à la diversité des artistes et des pratiques.

La 10ème mesure (axe « favoriser l’innovation en réseau ») entend « soutenir les tiers lieux et les lieux intermédiaires ». Elle est ainsi rédigée :

Les tiers lieux et les lieux intermédiaires sont un vivier essentiel de l’émergence et des maillons importants de l’accompagnement et du repérage des jeunes artistes. Ces lieux, où les artistes peuvent se rencontrer, échanger leurs idées, confronter leurs créations et trouver des conseils, seront mieux soutenus et pourraient constituer le complément physique du réseau virtuel de la mesure 9

Détails des mesures

Les membres de la Cnlii ont particulièrement mis en avant le rôle indispensable des lieux intermédiaires dans leurs territoires d’implantation, le champ qu’ils représentent à la fois en termes d’accompagnement à la jeune création, mais aussi à la diffusion, les manières d’appréhender différemment cet accompagnement, en rappelant les notions de liberté/indépendance.

Nous avons aussi insisté sur la fonction de repérage et le rapport à la temporalité que les lieux intermédiaires et indépendants assurent (et que ne permet pas l’institution), à travers les temps d’épreuve nécessaires à l’affirmation d’un propos artistique. L’enjeu est certainement celui d’une articulation à trouver entre ce tissu de lieux implantés sur la globalité du territoire — chacun avec leurs spécificités, leurs atypismes, leurs singularités -, avec des lieux labellisés. Cette manière de faire intelligence se situe non seulement à l’endroit de la création mais aussi dans la relation aux populations et au territoire.

Au sein de ces Assises, d’autres lieux plus institués ont par ailleurs relevé cette fonction de zone tampon qu’assurent ces lieux en connexion avec des zones d’émergence, des artistes ou des pratiques qui n’ont pas encore de dénomination. Des artistes qui peuvent se trouver à un moment d’un parcours où le besoin de temps pour pouvoir réinterroger leur pratique, le sens de leur action artistique se fait ressentir et/ou pour combler des besoins en terme de formation… Ces lieux, davantage centrés sur la question de l’accompagnement au projet artistique que sur les “marathons à produire” semblent donc à cet endroit précis indispensables dans les relations qu’ils tissent avec d’autres, au sein de ce qui peut se concevoir (et se développer) comme un écosystème.

> Vidéo suivante, regarder l’extrait à partir de 14mn 55s.

Nicolas Rosette, directeur du développement et de la communication du Théâtre Nouvelle Génération — Centre dramatique national de Lyon

— Site des Assises de la Jeune Création —


Loi de finances 2016

La notion de “lieux intermédiaires” apparaît dans le projet de loi de finances 2016 du Ministère de la Culture. Répondant à un objectif d’insertion des créateurs dans leur environnement professionnel et l’amélioration des conditions de production, “2,5 M€ seront consacrés en 2016 au soutien du compagnonnage artistique et des « tiers lieux », dont le rôle en matière de repérage artistique est essentiel”. Audrey Azoulay, nommée Ministre de la Culture et de la Communication le 11 février 2016 détaillait d’autres éléments budgétaires lors du Conseil des Ministres du 20 avril dernier :

12,5 millions d’euros de mesures nouvelles pour renforcer les dispositifs de soutien aux ensembles et compagnies indépendants du spectacle vivant, aux résidences d’artistes, ainsi qu’aux lieux intermédiaires et indépendants, “véritables laboratoires de recherche pour la création.

Plus bas, cela se traduit par :

Un encouragement au compagnonnage et aux lieux intermédiaires et indépendants implantés en zone rurale aussi bien qu’en zone urbaine, favorisant le partage des outils de travail et la solidarité professionnelle entre compagnies confirmées et jeunes artistes.

Au final, quel budget sera dédié aux les lieux intermédiaires ?

Difficile de le savoir. A la recherche d’un chiffre plus précis, nous avons retrouvé cette réponse de Fleur Pellerin, lors de son audition au Sénat dans le cadre du Projet de loi de finances 2016 — culture, création, cinéma, le 17 novembre 2015.

Les moyens nouveaux pour le spectacle vivant comportent 3 millions d’euros pour les compagnies nationales, 2,5 millions d’euros pour revitaliser les résidences d’artistes et 2 millions d’euros pour favoriser les lieux intermédiaires qui offrent à la fois des espaces de production, de diffusion, de répétition et de fabrication numérique, comme la Friche la Belle de Mai par exemple. Ces tiers-lieux, hybrides, ne sont pas toujours bien pris en compte par les cadres traditionnels du ministère et je souhaite les promouvoir.

2 millions d’euros donc, pour “X” lieux intermédiaires puisque le chiffre n’est, à l’heure actuelle, toujours pas connu.

lien direct vers la page détaillant les aides aux lieux intermédiaires

Projet de loi Liberté de Création, architecture et patrimoine

Plusieurs organisations actives au sein de la Cnlii ont aussi été auditionnées à l’Assemblée nationale et/ou au Sénat dans le cadre de l’étude du projet de Loi Liberté de création, architecture et patrimoine (LCAP). Un projet ressorti avec une certaine hâte par le Gouvernement, dans un contexte politique qui a vu arriver de nouvelles municipalités d’extrême droite, très vite décomplexées vis-à-vis de certains lieux et programmations.

Le premier texte de loi était assez indigeste voire indigent. Les premiers articles à caractère politique n’exprimaient qu’une espèce d’autorégulation entre l’Etat et les collectivités territoriales et le principe d’une politique de labellisation. C’était donc assez mal parti car très resserré. Là encore, les membres de la Cnlii ont porté l’histoire des lieux intermédiaires et leur rôle incontournable dans l’action culturelle et citoyenne. La proposition de désenclaver les propositions des députés sur les labels a été plutôt bien reçue. Les députés ont amendé le texte, avant sa discussion au Sénat.

Et c’est au Sénat qu’un amendement sur les lieux intermédiaires et indépendants, soutenu auprès des sénateurs par plusieurs des organisations de la Cnlii lors des auditions et par contact direct, a été adopté le 9 février 2016 : amendement présenté par Marie-Christine Blandin avec avis favorable de Jean-Pierre Leleux (rapporteur de la loi LCAP pour la commission culture du Sénat) et avis de sagesse, par la ministre, Fleur Pellerin.

Il permet de faire évoluer l’article 2–5bis du projet de loi, de la « promotion » des lieux intermédiaires à leur soutien et développement, évidemment beaucoup plus engageant pour l’Etat et les collectivités territoriales.

10° Contribuer au développement et au soutien des initiatives portées par le secteur associatif, les lieux intermédiaires et indépendants, les acteurs de la diversité culturelle et de l’égalité des territoires

Le projet de Loi passera en deuxième lecture au Sénat les 24, 25 et 26 mai.


Repérage et arbitrage…

Sollicité à de nombreuses reprises depuis la constitution de la Cnlii en janvier 2014, le Cabinet du Ministère de la Culture et de la Communication n’a rencontré la Coordination que le 3 février 2016. Pour le Ministère, une phase d’appréhension de la diversité de ces lieux s’avère nécessaire. C’est pourquoi, suite à l’annonce de la ministre Fleur Pellerin et aux préconisations issues des Assises de la Jeune Création, la Direction générale de la Création Artistique (DGCA) a demandé aux DRACs de faire remonter pour fin janvier 2016 une liste de lieux repérés sur chaque région pouvant bénéficier de cette nouvelle ligne. La DGCA se réservant un rôle d’arbitrage. Cette phase de repérage, avait déjà été annoncée par la nouvelle directrice de la DGCA, Régine Hatchondo, lors de la rencontre organisée par la CNLII en marge des BIS de Nantes, le 21 janvier 2016.

Mais si le Ministère a assuré que les travaux de la Cnlii seraient pris en considération et que la charte constitue en cela un outil précieux, aucune concertation ne sera mise en place sur le sujet, le Ministère souhaitant “aller vite” pour entériner les orientations de la Ministre et inscrire les lieux intermédiaires dans le budget du Ministère en 2016. La Cnlii a fortement exprimé son regret quant au fait que cette première phase d’attributions se fasse sans concertation préalable avec les acteurs concernés et en dehors de tout dispositif cadre de politiques publiques.

Combien de lieux repérés sur le territoire national ? Sur quels critères ? Dans quel cadre de politique générale ? Avec quels objectifs ? Peu d’éléments à ce stade.


…puis constitution d’un groupe de travail

Mi-avril (après le remaniement ministériel), un nouveau rendez-vous à la DGCA avec le sous-directeur de la diffusion artistique et des publics, Bertrand Munin, a permis d’ouvrir plus largement la porte laissée entrouverte par le Cabinet. Cette fois, la DGCA se dit intéressée pour penser une politique publique de soutien aux lieux intermédiaires et indépendants sur le long terme et développer des politiques publiques qui cherchent d’autres voies que celles déjà instituées. La Cnlii s’est dite prête à y travailler en faisant la proposition d’y associer les DRACs. La mise en place de ce groupe de travail qui associera l’administration centrale du Ministère de la Culture et les DRACs est actée. A suivre, donc, très vite.


RESTONS EN LIEN

WWW.CNLII.ORG

Le site cnlii.org relaie les travaux et enjeux de la Coordination : comptes-rendus de réunion, intégralité ou synthèses des rencontres publiques, textes de référence, actualité des mobilisations en région. Il héberge aussi la cartographie actualisée en permanence des espaces-projets se reconnaissant dans les valeurs défendues par la Cnlii et pour les lieux signataires de la Charte, dans leur mise en œuvre. Un agenda des structures offre un premier et déjà riche aperçu des initiatives portées sur l’ensemble du territoire. Enfin, une “revue de web” permet de recenser plusieurs types de ressources numériques : articles de presse, initiatives, textes de lois, aides publiques à destination des espaces-projets, publications scientifiques…

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