Tezos, la nouvelle Athènes ?

un savoir-voter nouveau dans la cryptosphère.

La chose pourrait déchainer moins de passions en France que le débat sur l’intervention directe des citoyens, par voie de référendum, dans la proposition ou l’abrogation des lois et ses promesses sont très différentes. Il ne s’agit pas non plus de l’une des propositions pour rénover nos démocraties en y introduisant, avec ou sans blockchain une dose de direct, de liquide ou de révocatoire.

Ce que la société Nomadic Labs, en charge du développement de la blockchain Tezos, à annoncé avant-hier, avec un nom qui fait évidemment un clin d’oeil au lieu de naissance de la démocratie, constitue pourtant, en soi, un événement remarquable en ce qui touche à la “politique de la cryptosphère”.

Le projet initial de Tezos est en effet d’offrir une gouvernance amendable selon un processus de vote formalisé, automatisé, avec un système de vote censitaire (il faut posséder un certain nombre de jetons ꜩ) mais modulable (on peut déléguer ses droits de vote, si on n’a pas le nombre de jetons nécessaire, à quelqu’un qui peut voter) et encadré par un processus technologique transparent très différent de ce qui peut exister concernant les protocoles internet traditionnels ou même d’autres blockchains.

La proposition qui vient d’être faite, “Athens”, sera le premier upgrade voté ainsi on-chain, avec une alternative de vote simple : abaisser à 8.000 ꜩ la taille du roll permettant de prendre part directement au vote, ou bien la laisser à 10.000 ꜩ. Les deux propositions incluent d’autre part un ajustement à la hausse quant à la quantité de gas nécessaire, rendant plus facile le déploiement des smart contracts sur cette blockchain.

Pour l’instant ce premier test grandeur nature a surtout été médiatisé sur Medium, en langue anglaise, par Jacob Arluk (ici) qui a aussi posté une utile présentation du schéma d’amendement organique du protocole ().

Plutôt que de revenir sur la description technique très complète que l’on trouvera sur les documents cités, on voudrait ici souligner quelques points “politiques” :

  • La gouvernance de toutes les blockchains ouvertes repose finalement sur la convergence des intérêts. Mais ce principe de base ne dit rien de sa mise en oeuvre (très lente chez Bitcoin, trop rapide pour ne pas donner des soupçons sur le réel niveau de décentralisation ailleurs) et il reste sans certitude (quand les intérêts s’obstinent à ne pas converger, on fork).
  • L’auto-amendement n’a pas pour seul mérite d’éviter les forks, il fournit un précieux moyen d’adopter simplement des innovations éventuelles venues d’autres protocoles et ainsi de se maintenir dans une démarche d’innovation.
  • C’est un véritable avantage en termes d’évolution. Réussir à trouver un consensus et l’appliquer parmi un grand nombre de pairs, qui doivent eux-mêmes mettre à jour leurs nœuds sur un réseau est chose complexe. Le principe d’auto-amendement et de mise à jour du protocole on-chain résout cette problématique. Lorsqu’une proposition est adoptée, les nœuds compilent automatiquement le nouveau code correspondant à la mise à jour. La synchronisation du réseau et des pairs devient donc extrêmement stable contrairement aux autres protocoles.