L’Education, au delà des mots.
Svetlana Meyer
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Merci Svetlana Meyer pour cet article de fond, qui remet très clairement les perspectives en place et fait vraiment avancer la réflexion. Et c’est totalement nécessaire tant les discours se ressemblent effectivement (même vocabulaire, même rhétorique) alors que les visions politiques sont très divergentes.

Je voudrais rajouter une notion qui me semble importante dans le choix politique que l’on peut porter sur la finalité de l’école de demain: la notion d’égalité des chances. Dans les deux finalités que vous opposez, il faut se poser la question de l’égalité par rapport à l’éducation et à l’école. Veut-on construire une égalité des chances d’accéder aux métiers de demain ou veut-on construire une égalité des chances d’accéder à une culture mise en commun?

Si l’école doit avoir pour finalité la construction de l’égalité des chances de trouver un emploi demain, il faudrait être en capacité d’anticiper de manière très précise et à long terme ce que seront ces emplois. Or, il règne nettement un flou “artistique” dans l’élaboration d’une vision de l’avenir socio-économique, ne serait-ce que pour les 5 prochaines années. Pour moi, avec cette finalité, l’école sera toujours condamnée à avoir un train de retard si ce n’est deux par rapport aux besoins réels. La force d’inertie d’un système est toujours beaucoup trop puissante pour qu’il corrige en temps réel sa trajectoire. Il n’est pas difficile de trouver des exemples de filières de formation professionnelle maintenues alors que les métiers auxquels elles forment n’offrent plus de débouchés. Que dire alors de cette école dans un futur qu’on annonce en évolution de plus en plus rapide? L’école est censée agir sur la société à l’échelle d’une génération. Je vois une antinomie entre une spécialisation précoce et la possibilité d’en changer facilement. La formation, c’est d’abord beaucoup de temps.

En revanche, si l’école a pour finalité d’accompagner et favoriser l’épanouissement des élèves, ce que moi j’appellerais plutôt le développement de leurs habiletés, l’école a alors le pouvoir de mettre en oeuvre l’égalité des chances, valeur fondatrice de la société française. Donner à l’école cette mission, et uniquement cette mission, c’est permettre à chaque enfant, quelque soit son origine ou sa particularité, de construire des savoirs transversaux comme des compétences plus spécialisées. Construire l’école dans une conception universelle des apprentissages, inclusive et répondant à la grande variabilité des besoins et processus d’apprentissage, répond plus sûrement à l’attente d’égalité des chances. Les sciences cognitives sont alors, dans cette finalité, bien plus porteuses de ressources. Cette approche inclusive a le gros avantage de mettre l’école en phase avec la société actuelle multi-culturelle au sens large, et qui le sera sans doute encore plus demain.

Je pense de plus qu’en réalité, en se donnant uniquement cette mission de développement des habiletés des élèves, impliquant le fameux “apprendre à apprendre”, l’école aurait, par ricochet, plus de chance de mieux répondre aux besoins futurs du marché du travail.

Bref, le choix politique sur la finalité de l’école doit être débattu, et cet article a la pertinence de poser les vraies bonnes questions, enfin! Vous l’aurez compris, celui que je soutiens n’est clairement pas la construction d’une école à visée socio-économique, ni de près ni de loin.

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