Demain, du temps pour quoi ?

Masque de Zao, in James Bond, Die Another Day, Lee Tamahori, 2002

Certains d’entre nous font le pari d’une société dans laquelle, demain, l’intelligence artificielle fait économiser du temps à chacun de nous. Tellement de temps qu’il n’y a même plus assez de temps de travail pour que chacun puisse en vivre. Les durées des moments hors-travail s’étendent, minute par minute. Plus de café ni de ménage à faire. Plus de discussions qui s’éternisent, plus de temps de transports.

Une IA, maître d’école donne les devoirs à ses écoliers: “Pour demain, vous apprendrez tout le XXe et le XXIe s. sur les lois sur les congés payés et les 35 heures. Pour cela vous travaillerez un quart de seconde en posant votre casque cérébral bleu. Et n’oubliez pas que le bleu est la couleur de notre parti bienfaiteur, Facebook.”

Les enfants rentrent chez eux, font les-dits devoirs. Ses devoirs terminés, un enfant dit à son père : “-Papa, donne-moi des occupations je t’en supplie je m’ennuiiiie. -Désolé mon chéri, mais nous n’avons pas de quoi nous payer plus de temps d’occupation. Tu le sais très bien. Tout ce que nous pouvons faire, c’est attendre. -Mais papa, pourquoi les riches ont-ils le droit de s’occuper et travailler toute une journée et pas nous ? -Car ils ont les moyens de travailler et s’occuper. Nous, tout ce que nous pouvons faire, c’est attendre. Il ne nous reste qu’une heure d’occupation pour finir le mois”.

Le gouvernement Facebook qui dirige l’Occident face à Tencent en Orient, guette chaque minute d’attention et d’occupation impayée. L’enfant passe une tête par la fenêtre. “Mon petit, as-tu payé le droit de rêvasser par cette fenêtre ? Si tu ne peux te payer d’occupation, tu ne dois rien faire”, lui lance une voix à travers un haut-parleur.

Au dehors, un homme démuni brandit sa pancarte: “quelques minutes pour manger, s’il vous plaît.”