Pourquoi tu n’as probablement pas compris “La Guerre des Intelligences”

Je me suis lancé cette année dans la lecture de “La Guerre des Intelligences” de Laurent Alexandre. J’ai commencé la lecture comme celle d’un roman. Un roman purement prospectif dans lequel le narrateur se plonge dans un avenir où l’IA est omniprésente. Voici un scénario imaginé par moi-même, qui retrace une partie de la thèse du livre.

La situation géopolitique n’est plus du tout la même. La Chine gouverne le monde, suivie par les Etats-Unis d’Amérique.

Le QI (quotient intellectuel) et le QCIA (quotient de compatibilité avec l’IA) de chacun sont constamment traqués et comme dans un jeu-vidéo, ils cherchent à être augmentés. Les uns portent un exosquelette, d’autres des prothèses pour corriger tout type de “déficience” pouvant rendre moins efficace que son autre voisin augmenté. Le QI est un critère de choix pour le géniteur de ses enfants. Un QI élevé est la meilleure des dots. Un enfant né avec un QI trop faible n’est pas viable.

Pour augmenter les QI de la population, les salles de classe sont devenues des laboratoires de neurologie. Chaque recoin des cerveaux y est observé et l’on peut suivre la mémorisation d’un cours d’Histoire dans chaque cerveau. L’apprentissage se fait sans douleur (et sans devoirs !).

L’élite mondiale est constituée des cerveaux les mieux augmentés. Un bon homme politique n’est plus un “vieux sage expérimenté”, c’est un “jeune imbécile augmenté”. Cette élite est issue de la Grande Révolution de 2050, où les plus technophiles prirent le pouvoir aux Anciens. Etre un individu expérimenté n’a plus de valeur. Les IA faibles peuvent simuler l’équivalent de milliards de vies vécues en quelques instants. Elles ont effacé la plupart des métiers peu qualifiés (paysan, nounou, vendeur) comme ultra-qualifiés (chirurgien, anesthésiste, trader, avocat).

“Les IA faibles peuvent simuler l’équivalent de milliards de vies vécues en quelques instants.”

Il existe des laissés-pour-compte, ceux qui n’ont pas eu la possibilité de ou n’ont pas souhaité faire face à la domination des IA. Ils n’existent plus qu’entre eux. Ils sont moins utiles que des esclaves. Le système les a abandonnés.

Mon avis plus personnel sur le livre:

“Laurent Alexandre n’y connaît rien à l’intelligence artificielle.” Non, il n’y connaît peut-être rien, mais peut-être un peu moins rien que toi. En revanche il s’y connaît en neurologie, donc en cerveau; et en élite, puisqu’il la fréquente et en fait partie.

“Il y a pas que le QI pour parler d’intelligence”: non il n’y a pas que le QI. Ne te mets pas d’oeillères. Le QI est un simple élément de référence utilisé dans le livre pour structurer une pensée qui pourrait s’appuyer sur d’autres critères d’évaluation de l’intelligence. Quoi qu’il en soit, ne nous jetons pas sur une lecture premier degré.

Laurent Alexandre évoque presque toujours l’intelligence dans deux situations: il s’agit soit de l’intelligence en tant que savoir et accès aux connaissances. Cette définition correspond à l’aspect plus politique de son livre: les élites détiennent l’intelligence, ils ont accès à l’éducation pour eux-mêmes et ne participent pas à l’amélioration du système pour les autres. La seconde définition concerne l’intelligence comme capacité à effectuer une tâche complexe. Alexandre montre que les IA faibles seront de plus en plus capables d’effectuer des tâches complexes à la place des humains. En cela il ne s’agit jamais pour lui de dire qu’une IA est “plus intelligente” qu’un humain. Il s’agit uniquement de poser des questions pragmatiques face à cette vague. Intelligence humaine et artificielle sont différentes mais le résultat est le même.

Ce livre n’est pas un livre sur l’IA. Il propose des scénarios probables autour de l’IA. Alexandre ne s’est jamais présenté comme un spécialiste de l’IA. C’est un prétexte pour faire la critique de notre société française actuelle et particulièrement de notre système éducatif. Elle n’est qu’un angle d’attaque innovant pour parler d’éducation et d’emploi en France à l’aide de quelques punchlines bien placées. La visée de ce livre et de son auteur sont avant tout politiques.