Mi-licorne mi-pheonix, voilà le « Phœnicorne » !



Ces startups qui atteignent la taille critique

En 2013 Aileen Lee, une spécialiste américaine du capital-risque réalise une étude, démontrant que moins de 0,1% des entreprises dans lesquelles investissent les fonds de capital-risque atteignent un jour des valorisations supérieures à 1 milliard de dollars. Pour promouvoir son analyse, elle cherche un terme vendeur pour qualifier ces investissements précieux.

Elle retient le mot « licorne » parfait car il renvoie à quelque chose de rare, relié à l’univers du rêve. Depuis, le terme est repris pour qualifier ces startups qui atteignent une valorisation d’un milliard de dollars.

Aujourd’hui, on en dénombre moins de 200 dans le monde, essentiellement aux USA (une centaine), une quarantaine en Chine et une quarantaine en Europe dont 17 pour le seul Royaume-Uni et trois pour la France (Critéo, Ventes privées, Blablacar)

Ces entreprises qui refusent de mourir et qui se réinventent pour vivre elles aussi leur aventure numérique

A la même époque, Le célèbre MIT associé à Cap Gemini s’intéresse lui aux entreprises traditionnelles en cours de transformation numérique pesant elles aussi plus de un milliard de dollars.

Certaines d’entre elles se réinventent complètement c’est-à-dire qu’elles arrêtent leur métier historique (généralement parce que le métier disparait) et elles se lancent sur un nouveau métier et de nouveaux marchés généralement totalement digitaux.

Le cas Solocal

L’une de ces entreprises, exemple d’une véritable renaissance dans le monde digital après avoir quitté son activité historique est la française Solocal, anciennement pages jaunes[i]. Comme toutes les sociétés dans le monde qui éditaient les annuaires téléphoniques professionnels (pages jaunes), elle était vouée à disparaitre avec l’inéluctable disparition de son marché comme l’avait prophétisé Bill Gates dès 2007. 
Aujourd’hui cette société pèse plus d’un milliard de dollars et son business est à plus de 80% digital sur l’un des compartiments les plus concurrentiels du numérique : la recherche d’information locale. Un marché sur lequel se battent tous les grands du numérique (Google, Microsoft, Apple, Facebook…). Elle y occupe la deuxième place avec 25% des parts de marché, derrière Google premier avec 50% du marché mais loin devant tous les autres qui se partagent tous ensemble les 25% restant.

[i] On retrouvera l’aventure de la transformation de Solocal dans le compte rendu de l’intervention de JP Remy DG de Solocal dans le séminaire transformation digitale de l’école de Paris du management en partenariat avec Cap Digital (http://www.ecole.org/fr/seances/SEM883)

Plongées dans le même écosystème que les licornes et les GAFA

Ces entreprises totalement réinventées, qui se battent contre les startups mais aussi les grands acteurs de l’internet (GAFA) sur les marchés les plus disputés du digital ne mériteraient-elles pas d’avantage d’attention, surtout lorsqu’elles pèsent plus d’un milliard de dollars, qu’elles emploient davantage de salariés que les fameuses licornes et qu’elles paient davantage d’impôts dans leurs pays respectifs que les grands noms de l’internet dont on connait les capacités d’optimisation fiscale.

Le Phoenicorne, un animal féérique encore plus précieux

Pour attirer l’attention des analystes, investisseurs et politiques sur ces entreprises improbables, ces pépites qui se sont discrètement réinventées qui ont vécu une véritable renaissance, ne faudrait-il pas leur attribuer un nom qui marque les esprits, comme y avait pensé Aileen Lee, puisque les chercheurs du MIT ont oublié ce détail.

Puisque ces entreprises ont désormais les caractéristiques des licornes, qu’elles opèrent sur les mêmes terrains et qu’elles ont la même taille sans être des jeunes pousses puisqu’il s’agit d’entreprises reparties de zéro, telles des Phoenix renaissant de leurs cendres : appelons-les des Phoenicornes (mi-Licorne et mi-Phoenix) !

Une indispensable inflexion des stratégies numériques nationales ?

Les pays les plus désireux de revenir dans la course numérique seraient bien inspirés de continuer à rechercher les licornes potentielles et leur assurer les meilleures conditions de croissance. Mais ils seraient sans doute encore plus inspirés de protéger les Phoenicornes quand ils ont la chance d’en avoir. Le potentiel économique des Phoenicornes est aussi important que celui des licornes, leur potentiel social et sociétal est peut-être plus important encore.