Un gentilhomme à Paris (Suite)

Après bien des déambulations, le voilà enfin boulevard Saint-Jacques, qu’il traverse. En face, il y a un jolie café appelé Le petit pont. Juste un peu derrière, se trouve l’endroit qu’il cherche. Vous savez sûrement de quoi on parle maintenant? Mais patience avant de nous le révéler. Shakespeare n’est encore qu’au tout début de la rue de la Bûcherie, au tournant avec la place du Petit Pont. Il entre lentement dans la rue. Devant lui, un groupe de jeune gens, attire son attention surtout une jeune fille aux long cheveux châtains.

Shakespeare arrive juste devant le lieu qu’il cherche, la librairie Shakespeare and Company. Il s’arrête un instant pour l’admirer. Enfin un Lieu qui trouve grâce à ses yeux. La librairie est de couleur verte.

- C’est moi! C’est mon nom!

Une jeune fille qui regardait un livre dans un bac en bois se tourne vers notre homme, son téléphone sur l’oreille. Elle raccroche immédiatement.

- Vous allez bien?

- Mais oui! Je suis juste étonné de voir mon nom sur cette librairie.

- Votre nom?

- Oui. Je me m’appelle Shakespeare voyez-vous.

- Oui, je vois. Il est fou! se dit-elle tout bas.

- Mes pièces sont-elle toujours aussi connues? Se jouent-elle encore?

- Pardon? Oh oui! On arrête pas de les jouer tout le temps. Cela devient lassant d’ailleurs.

- Lassant?

Elle considère l’air dépité de Shakespeare.

- Je voulais dire, les représentations qu’on en donne. Vos pièces sont merveilleuses. Allez entrez, je vais vous faire visiter.

Elle l’entraîne à l’intérieur. L’entrée est si petite qu’ils sont obligés d’attendre la sortie de plusieurs personnes. A l’intérieur, il y a énormément de monde qui sont obligés de se déplacer lentement. Le nombre de livre est impressionnant. La jeune femme, qui le prend par la main, lui montre chaque coin de la librairie.

- Venez voir, il y a un coin rien que pour vous!

Shakespeare est ému. Avoir tant d’admirateur le fait pleurer de joie. Il se retourne et lui demande:

- En quelle année sommes nous?

- En 2017.

- 2017! 500 ans après j’ai toujours autant de succès?

- Oui. Et ça risque de durer encore longtemps. Mais venez, continuons la visite!

Elle l’emmène vers un escalier qu’ils empruntes. Il y a des inscriptions dessus mais hélas le monde les empêche de les lire. La jeune femme arrive tout de même à lire deux phrases, «I could show you» et «I wish».

Ils trouvent une première pièce où trônent un piano, fauteuil en bois et même une sorte de lit. Ils retournent ensuite sur leurs pas et tournent à droite pour aller dans l’autre pièce. En passant, ils regardent une jeune femme qui, confinée dans un petit espace, tape un texte à la machine.

L’autre pièce est beaucoup plus lumineuse et il y a beaucoup de sièges ainsi qu’une table en bois. La fenêtre donne vue sur l’Hôtel Dieu. Shakespeare se remet à déclamer, non pas parce qu’il est terrifié, mais au contraire parce qu’il trouve le lieu magnifique:

- Oh noble librairie!

Je te nomme merveilleuse.

Dans ce monde insensé,

Tu m’apparais comme un rayon de soleil.

Je suis heureux d’avoir fait ta connaissance,

Maintenant, il faut que je rentre.

La jeune femme est toujours à côté de lui, lui tenant la main. Il se retourne et la dévisage un instant. Elle fait de même. Ils restent donc plusieurs minutes à se regarder. Soudain la jeune femme s’avance, prend Shakespeare par sa collerette et lui dépose un baiser sur la joue.

- Vous rentrez? Dommage, je commençais à me sentir bien à vos côtés!

- Je ne suis pas obligé de rentrer seul. Vous pouvez venir avec moi si vous voulez.

- Je suis désolé mais j’ai une vie qui m’attend ici. Je ne peux pas le déserter. Mais j’ai été heureuse de vous rencontrer. Adieu Shakespeare!

Elle passe par le coin réservé à Shakespeare et attrape deux exemplaires de Roméo et Juliette.

- Signez le moi! Comme ça je garderai un souvenir de vous. Au fait, je ne vous l’ai pas dit: mon nom est Juliette.

- Juliette? Quelle coïncidence! Pourrais-je être votre Roméo?

- Hélas non! J’en ai déjà un et il m’attend. Mais tenez! C’est un petit mot de moi pour que vous ne m’oubliez pas. Vous ne pouvez être mon Roméo mais croyez-moi, cette rencontre restera à jamais gravée dans mon cœur comme un des meilleurs moments de ma vie.

Ils s’échangent leur exemplaires et sortent de la librairie.

- Je vous laisse, mon Roméo va venir me chercher ici.

Shakespeare, ému par les événements, se dirige vers le métro Saint-Michel. Pendant ce temps là notre jeune femme attend. Soudain son visage se crispe. Ce n’est pas son Roméo qu’elle voit débarquer mais son ex-compagnon, Thibault.

- Salut, je voulais te faire la surprise!

- Est-ce que tu peux me laisser tranquille!

- Non. Je t’aime et je suis prêt à tout pour te reconquérir.

- Tu es fou.

- Je suis fou de toi c’est tout. Allez viens, ne discutes pas!

- Non et d’ailleurs tu ferais mieux de partir car voilà Romain qui arrive.

- C’est plutôt lui qui devrait avoir peur de moi car j’ai l’intention de le tuer.

Romain arrive devant la librairie. A ce moment là, Thibault se jette sur lui et tente de lui fracasser le crâne. L’autre se défend. Avec rage il le pousse le plus loin possible. Ce dernier se retrouve sur la route. Il n’a pas le temps de réagir, une voiture le tue sur le champ. Paniquant totalement, Romain et Juliette courent ensemble vers le métro. Romain est plein de remords. Il a voulu se défendre mais certainement pas tuer. Sur le quai, Juliette, qui ne semble pas remarquer l’angoisse de son compagnon, aperçoit Shakespeare. Elle se dirige vers lui afin de se confier à lui. Mais les cris horrifiés des gens la font se retourner. Romain est descendu sur le quai et il est trop tard pour le sauver car le métro arrive à toute vitesse. Juliette, désemparée, se jette à son tour sur le quai et tout les deux meurent sous le bruit crissant du métro qui freine de toute ses forces. Shakespeare s’approche pour voir ce qui se passe. A la vue de la jeune qu’il reconnaît, il ne peut s’empêcher de pleurer. Entre deux sanglots, il murmure:

- Nous sommes faits de la même étoffe que les rêves et notre petite vie, un somme la parachève.

Malgré cet événement tragique, l’histoire doit continuer. Avec beaucoup de retard, Shakespeare arrivera à la gare du Nord où il doit retrouver les deux autres personnes qui ont fait le voyage avec lui. On sait qui ils sont maintenant!