SPIDER-MAN — HOMECOMING : Une grande licence implique de grandes responsabilités ★★★☆☆

Marvel Studios reprend en main l’Homme-Araignée, et en profite pour prendre un peu de recul sur sa marque.

A force d’être tiraillé entre la maison-mère Marvel et ses actuels propriétaires Sony, on ne croyait plus trop en Spider-Man, pourtant l’un des super-héros les plus populaires par sa condition d’adolescent qui vit (ou a vécu) les problèmes de notre quotidien, qu’il doit confronter à son fardeau de justicier masqué. Après les pitoyables Amazing, uniquement motivés par des histoires de conservations de droits, voir l’Homme-Araignée rejoindre le Marvel Cinematic Universe dont Sony l’avait ostracisé, suite à des négociations plus ou moins précipitées à cause du hack de la multinationale japonaise, pouvait autant suggérer un retour à la case départ essentiel qu’un potentiel ras-le-bol, surtout lorsque l’indétrônable trilogie de Sam Raimi laisse encore aujourd’hui un souvenir vivace. Pour ne pas tourner autour du pot, Homecoming n’atteint (toujours) pas le niveau de cette dernière, mais fait oublier sans peine ses grands frères les plus récents, tout simplement parce que Marvel Studios a fait l’effort de penser au besoin de ne pas raconter encore une fois la même origin story à laquelle la firme n’apporterait que peu de changements.

Profitant de l’introduction du personnage dans Captain America — Civil War, le film utilise la dynamique des Avengers et le fait que le jeune Peter Parker (incarné par un Tom Holland habité et immédiatement sympathique) soit excité à l’idée de rejoindre le groupe comme un nouveau passage introspectif menant à la complétion du super-héros. Et c’est probablement la meilleure idée de ce nouvel opus que d’exploiter pleinement le MCU dans l’équation. Si la touche légère (qui a dit inconséquente ?) inhérente à la saga se prête de plus en plus mal à des enjeux toujours plus imposants, elle trouve aisément sa place dans ces quartiers du Queens que la caméra de Jon Watts (réalisateur de Cop Car) filme en prenant finalement peu d’altitude. Il s’agit d’ailleurs de l’un des sujets du long-métrage, puisque Peter se sent pousser des ailes après son recrutement par Tony Stark, figure tutélaire qui remplace l’oncle Ben avec des sabots XXL (on a encore droit au fameux « si tu n’es rien sans ton costume, alors tu ne le mérites pas »). Néanmoins, cette volonté de voir son poulain « garder les pieds sur terre » permet enfin au MCU de prendre de la distance avec son récit désormais étalé sur seize films, et de retrouver une hauteur d’homme dans un monde où la population est consciente de l’existence d’extraterrestres et de forces cosmiques, ainsi que de surhommes censés les en protéger. Cela offre au métrage ses moments les plus fendards, notamment lorsque des adolescents révèlent toute leur indifférence à la vision de films pédagogiques tournés par Captain America.

Marvel semble ainsi jouer avec la propre normalisation de son univers, admettant une lassitude liée à l’abondance de super-héros autant dans le quotidien des gens qui vivent à leur côté que de ceux qui assistent à leur invasion des multiplexes. Le studio se sert donc parfois de l’innocence d’Homecoming pour se dédouaner, de façon un peu putassière et faussement complice, de certains de ses défauts, à commencer par une mise en scène très générique, parfois efficace dans des moments intimes mais complètement à la ramasse dès qu’il s’agit de proposer des morceaux de bravoure, frustrants par leur absence d’ingéniosité et leur découpage intempestif qui ne rendent jamais justice à la poésie voltigeuse du corps de Spidey.

Néanmoins, ce recul plus ou moins assumé avec l’identité de la marque est également l’occasion de réellement remettre sur un piédestal ces icônes que l’on admire à travers les yeux de Peter Parker, jeune rêveur qui s’apparente à son public, en ne désirant que rejoindre cette cour des grands fantasmatique pour vivre d’excitantes aventures. Spider-Man — Homecoming a dès lors des allures de pause rafraîchissante au sein d’un univers étendu de plus en plus empesé, dotés de personnages fiers d’appartenir à ce monde en forme de récréation géante, dans lequel ils devront cependant comprendre les responsabilités qu’ils ont par rapport aux êtres qui les entourent et qu’ils peuvent mettre en danger. Jon Watts s’amuse alors principalement avec la dimension teen movie de ce volet, l’occasion de développer les enjeux d’une adolescence mise à mal qui fait le sel de Spider-Man, mais aussi d’offrir quelques jolis seconds rôles, notamment au meilleur ami de Peter (Jacob Batalon) avec lequel il partage une sincère complicité.

Si le film n’est jamais innovant, et sans réelle surprise, il a au moins le mérite de prouver que l’Homme-Araignée avait tout intérêt à retourner chez lui, car Homecoming possède bien la patte Marvel, pour ses qualités comme pour ses défauts, même si on lui préférera sa volonté évidente de donner du corps à ses protagonistes, au point même d’offrir l’un de ses meilleurs méchants à travers le Vautour de Michael Keaton. Aussi cabotin et jouissif que désespéré, l’acteur a la possibilité d’offrir un personnage nuancé, intelligemment relié aux conséquences d’Avengers, et dont on comprend aisément les motivations. Suivant le même désir de grandeur que Peter Parker, mais avec une toute autre ambition, ce bad guy paraît surtout extrêmement cohérent dans cet univers où chacun croit désormais en la possibilité de se créer mythologiquement. Si Marvel est encore loin de la prise de risque, on lui reconnaîtra néanmoins la continuation d’efforts non-négligeables, notamment en ce qui concerne le score monstrueux et vivifiant de Michael Giacchino, qui s’impose après Doctor Strange en sauveur musical d’un MCU souvent inconsistant en la matière. Homecoming est certes loin de se présenter en blockbuster inoubliable, mais il s’avère suffisamment divertissant, rythmé, drôle et même touchant pour confirmer un retour rassurant pour notre « Friendly Neighborhood Spider-Man ».

Réalisé par Jon Watts, avec Tom Holland, Michael Keaton, Robert Downey Jr

Sortie le 12 juillet 2017.