Israël en danger ?!

Depuis son élection en 2014, le Président d’ISRAËL, Mr Rouven Rivlin fait des déclarations qui vont franchement à contre-courant de la politique appliquée par le gouvernement en place.

J’ai essayé de comprendre comment cela était possible. Pour cela, j’ai retenu des analyses et des chiffres qui me semblent globalement cohérents et crédibles pour comprendre la coexistence des deux logiques.

Voici comment j’ai construit mon approche pour me construire ma propre idée :

A — Le triste résultat d’un conflit de plus de 50 ans.

B — Le conflit israélo-arabe parmi les autres conflits.

C — Les chiffres de cette ‘guerre de basse intensité’.

D — L’État d’Israël a gagné sur tous les fronts.

E — Les importants problèmes internes d’Israël.

F — Qu’en dit le Président d’Israël Reuven Rivlin ?

G — Quelles solutions à l’extérieur et à l’intérieur ?

“PAIX” ! (en Arabe et en Hébreu) — ou bien est-ce l’Arlésienne ? (‘ l’Arlésienne’ désigne une personne ou une chose dont on parle tout le temps, mais qui n’apparaît jamais )

A — Le triste résultat d’ un conflit de plus de 50 ans.

Tony Blair, premier ministre britannique, a déclaré en juillet 2003 devant le Congrès américain que «Le terrorisme ne peut pas être vaincu sans la paix au Moyen-Orient entre Israël et les Palestiniens. C’est de là que vient le poison. C’est là que l’extrémisme est capable de perturber l’esprit d’un nombre effrayant de gens au point de confondre la plaidoirie en faveur d’un État palestinien avec la destruction d’Israël.»

« Ce point de vue conduit beaucoup d’Européens, entre autres, à considérer Israël comme le pays constituant la principale menace pour la paix dans le monde. » (1)

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B — La place du conflit israélo-arabe parmi les autres conflits

Tout d’abord, je pense qu’ en l’absence d’un Plan d’accompagnement préalable (dont l’élaboration aurait nécessairement impliqué les populations qui étaient ou se sentaient concernées), la survenue de ce conflit était très largement prévisible dès avant 1947. Et était donc évitable ou gérable.

Gunnar Heinsohn (1) a fait la liste de tous les conflits ‘importants’ intervenus dans le monde depuis 1950, et les a classés en fonction du nombre de victimes humaines. Il a recensé 67 conflits, qui totalisent 85 millions de morts. Le conflit israélo-arabe vient en 49 ième position avec 51.000 morts (35.000 Arabes et 16.000 Israéliens). Soit 62.000 morts depuis 1947 (40.000 Arabes et 22.000 Israéliens).

La plupart de ces 67 conflits sont localisés en Asie et en Afrique.

Depuis 1948, environ 11 millions de morts Musulmans ont été victimes de mort violente, dont 40.000 (soit 0,4%) dans le cadre des 60 ans le lutte contre Israël. Et 95% de ces 11 millions ont été tués par d’autres Musulmans. (1)

« En dépit du bilan relativement peu meurtrier du conflit israélo-arabe, il est probable que sa renommée, sa notoriété, sa complexité et sa portée diplomatique continueront de lui valoir une importance démesurée dans l’imagination collective. Et la réputation d’Israël continuera d’en payer le prix. » (1)

Source B’Tselem, OCHA : morts par mois 2000 à 2014

C — Les chiffres de cette ‘guerre de basse intensité’

En 2009, sur les 20 précédentes années, on a compté 8881 victimes (2) :

7398 Palestiniens ( soit 83 % ) dont 1537 mineurs ( soit 17 % de mineurs )

1483 Israéliens ( soit 17 % ) dont 139 mineurs ( soit 1,5 % de mineurs )

Derrière les chiffres globaux, il faut regarder les évolutions des tendances ci-après (3) :

De 2000 à 2014, 8166 victimes sont recensées (7065 palestiniens et 1101 israéliens).

Cependant, les choses ont beaucoup changé depuis 2007 :

De 2000 à 2007, les victimes palestiniennes faisaient 65 % du total (soit 35% pour Israël)

De 2008 à 2014, les victimes palestiniennes font 95 % du total (soit 5% pour Israël)

« (…) le lancinant conflit israélo-palestinien est une guerre de basse intensité, selon le jargon des militaires. Sur les vingt dernières années, l’État hébreu a perdu en moyenne 70 citoyens chaque année, c’est-à-dire moins que le nombre des tués sur les routes d’Israël au cours de la même période. » (2)

Le visage symbolique d’un Etat d’Israël vainqueur

D — L’État d’Israël a gagné sur tous les fronts.

« De cette réalité, certains n’hésitent pas à tirer la conclusion suivante : pourquoi Israël aurait-il intérêt à faire de douloureuses concessions territoriales aux Palestiniens ?

(…) avec la construction du Mur de séparation entre l’État hébreu et la Cisjordanie, Israël a remporté la guerre contre le terrorisme.

(…) avec la deuxième Intifada et les attentats du 11 Septembre, les dirigeants israéliens ont réussi à retourner le débat sur une occupation illégale de territoires en une lutte contre le terrorisme, soutenue par l’Occident. » (2)

« (…) cette thèse est défendue par nombre de militaires, mais aussi par certains bons connaisseurs d’Israël, ou « amis de l’État hébreu ».

(…) Même si cette thèse est « politiquement incorrecte », il convient de ne pas la sous estimer, si l’on veut comprendre l’obstination des dirigeants israéliens à refuser, depuis quinze ans, les indispensables concessions à toute paix véritable avec leurs voisins palestiniens. » (2)

Par ailleurs, Israël a obtenu une paix avec l’Égypte et avec la Jordanie

Une situation complexe qui pourrit lentement

E — Les importants problèmes internes d’Israël.

L’État d’Israël est peuplé de huit millions de résidents, dont 6 millions de «Juifs» (provenant de plus de cent pays différents de tous les continents), 1,4 millions d’ « Arabes », et 0,4 millions d’ « autres ». Plus 0,1 million d’immigrés réguliers (Asie, etc). (4)

Il s’agit donc d’un des pays les plus multiculturels du monde. Cependant, le multiculturalisme, qui plaide pour une pleine reconnaissance des minorités (ethniques, culturelles, etc) est absent. (4)

« Le projet national dont le sionisme a accouché est fondé avant tout sur une conception ethno-culturelle et non politique de la nation. Pour autant, si l’État d’Israël est lié au groupe juif, il a également accepté l’ordre individualisant de la citoyenneté. Comment dès lors qualifier Israël ? Comme une ethno-démocratie où la souveraineté politique appartient à l’ensemble des citoyens mais où l’État est celui de la seule nation juive. » (4)

« Ce qui menace encore Israël en dehors du terrorisme, n’est donc pas tant les armées arabes mais peut-être l’évolution de sa société prise entre la marginalisation croissante de sa minorité arabe et la montée inéluctable de sa minorité radicale, peu encline au compromis tant avec les Palestiniens qu’avec les Israéliens libéraux. » (5)

« La guerre politique et aussi démographique que mènent les courants orthodoxes traditionalistes (Harredims, mais il y a aussi une myriade de groupuscules ou sectes éparpillées : Natourei Karta, Kach, …) voire radicaux (Mafdal, Agoudat Israel, Shass, … et autres bien plus radicaux encore) dont certains contestent l’État israélien lui même peut profondément modifier la nature de l’État d’Israël. » (5)

Dès lors, l’Etat d’Israël n’a-t-il pas aussi un problème de déploiement de la démocratie ?:

« L’élection ne fait pas la démocratie. Laquelle suppose un système éducatif efficace, une justice indépendante, une administration impartiale, une presse libre, le respect des droits des minorités et un minimum de sécurité, physique comme alimentaire. » (6)

Le Président Rivlin à Jerusalem

F — Qu’en dit le Président d’Israël Reuven ‘Ruby’ Rivlin ?

Depuis son élection, en 2014, le Président d’Israël a eu l’occasion de mettre ‘les pieds dans le plat’, à plusieurs occasions.

« Le moment est venu d’admettre qu’Israël est une société malade, dont la maladie requiers un traitement (…) »

Pour ce qui concerne les Juifs, il déclara : « Je ne demande pas s’ils ont oublié comment être Juifs, mais s’ils ont oublié comment être des être humains décents. (…). » (7)

« (…) la réalité et la démographie ont changé, créant un nouvel ordre israélien, où les minorités ne seront bientôt plus des minorité mais des tribus. Notre société sera bientôt formée de quatre tribus, qui ne se connaissent pas, ne se fréquentent pas, n’ont pas le même système éducatif. Ces enfants venus d’implantations ou de villes orthodoxes, de Tel Aviv ou de Rahat, non seulement ne vont pas se rencontrer, mais vont aussi avoir leur propre vision de la société, de la culture, de la religion. » (…) « Nous ne pouvons vivre dans le déni : (…) Il existe un fossé énorme entre les courants centraux de ces quatre tribus et ces différences ont un impact sur notre avenir.» (8)

« Au niveau politique : la tribu arabe ne participe pas au jeu politique tandis que les trois autres travaillent pour leur propre intérêt. Si cette situation perdure, ce sera la catastrophe. »(…) Auparavant, Tsahal constituait le creuset de notre société. Mais deux des quatre tribus ne servent pas dans Tsahal. » (8)

« Je me contente de voir la réalité en face, alors que certains choisissent de vivre dans le déni. (…) Or, nous sommes là pour rester : laïques, sionistes religieux, orthodoxes et arabes. (…) « Nous devons regarder cette réalité en face afin de trouver des réponses et créer, ensemble, une vision commune. Je ne veux pas imposer de réponses, mais je me dois, en tant que président, de poser des questions. » (8)

Le Président d’Israël Rivlin portant le keffieh bedouin traditionnel

G — Quelles solutions à l’intérieur et à l’extérieur ?

Le président Reuven Rivlin a été invité à la Brookings Institution de Washington, où il a parlé de la nécessité de favoriser la coexistence et la confiance entre les populations juive et arabe d’Israël, comme une première étape vers la paix régionale. (9)

Un article du « Journal des Forces Armées » Américaines de 2006 intitulé « Frontières de Sang » concluait que « Pour qu’Israël ait quelque espoir de vivre en paix avec ses voisins, il devra revenir à ses frontières d’avant 1967 — avec quelques ajustements locaux indispensables à couvrir de légitimes préoccupations de sécurité » (10)

« Il est presque impossible d’imposer quelque chose à quelqu’un ; chaque fois que cela est possible, ils vont se rebeller » (9)

« Donc nous devons comprendre que nous vivons en communautés, mais les communautés ont besoin de coopérer parce que nous vivons aussi comme un pays, comme un seul peuple… comme un peuple qui a des approches différentes de la vie et de croire en des approches différentes de mode de vie et même de valeurs, mais nous devons avoir des valeurs communes et comprendre que chacun de nous peut vivre avec l’autre partie. Le melting-pot doit être quelque chose qui se trouve en chacun d’entre nous ». (9)

« La paix viendra quand nous serons en mesure de comprendre que nous vivons réellement dans le même espace de terre avec deux États, un État, trois États de la Confédération, peu importe. » (…) « Nous ne sommes pas condamnés à vivre ensemble. C’est vraiment notre destin de le faire ». (9)

« Aucune des quatre tribus ne doit sentir qu’elle doit renoncer à son identité pour faire partie de la société commune. C’est la première condition sine qua non : tendre la main vers l’autre ; le comprendre, même si a priori nous n’avons aucun rapport les uns avec les autres. Le deuxième axiome : nous sommes tous responsables de la pérennité de notre pays, de sa sécurité et de son économie. Le troisième axiome est le principe d’égalité : les budgets doivent être accordés de manière égalitaire. Le quatrième axiome consiste à créer un « israélisme » commun ensemble. Ce nouvel ordre ne doit pas nous pousser vers la division mais vers l’union. Cela prendra longtemps, mais si nous croyons que nous sommes faits pour vivre ensemble, nous y arriverons. Chacun d’entre nous doit faire un effort dans ce sens » (8)

Alternative Flag of Israel that combines the symbol of all religions in that area Christianity, Judaism, Islam, Druze religion (oubliant les Athées… )

« Cela prendra longtemps… » disait Reuven Rivlin !

Pour l’instant, aucun changement de cap n’est en vue.

Et la démographie ne favorise pas le changement de cap.

Faudrait-il une pression amicale venue d’ailleurs ?

Donner les mêmes droits à chaque israélien, juif ou non,

avec des Laïques et des Croyants de divers horizons,

cela serait-il compatible avec les lois actuelles ?

Le plus petit commun dénominateur

serait-il de construire un État laïque ?

Est-ce cela l’ israélisme commun ?

Abandonner l’idée d’un État seulement Juif,

et créer un État multiculturel rayonnant,

un melting-pot du 3ième millénaire ?

En attendant, le poison cité par Tony Blair

continue à se déverser et à se répandre,

sous les hideuses formes qui nous meurtrissent.

JPC

:-)

Un esprit universaliste flotte-t-il ?

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(1) — Gunnar Heinsohn & Daniel Pipes — FrontPageMagazine — Oct 2007

(2) — Analyse de Georges Malbrunot — billet blog.lefigaro du 24 novembre 2009

(3) — Slate.fr Magazine — 16 juillet 2014 — Conflit israélo-palestinien

(4) — « Israël : une société multiculturelle sans multiculturalisme » — Alain Dieckhoff — 2015

(5) — Jean-François Daguzan — Directeur adj. À la Fondation pour la Recherche Stratégique

(6) — Vincent Hugeux — Journaliste (Prix Bayeux des Correspondants de Guerre — 2005 )

(7) — introduction de la Conférence sur le thème « De la haine de l’Étranger à l’acceptation de l’Autre » — oct. 2014

(8) — Exposé sur « Le nouvel ordre israélien » lors de la Convention de Hertzliya — juin 2015

(9) — Intervention de Reuven Rivlin à la Brookings Institution de Washington — dec 2015

(10) — « Blood Borders » is the title of a 2006 US ‘Armed Forces Journal’ article. It asserts that ‘For Israel to have any hope of living in reasonable peace with its neighbors, it will have to return to its pre-1967 borders — with essential local adjustments for legitimate security concerns. »

(11) Lors de son intervention devant le Parlement de l’Union Européenne, le 22 juin 2016, le Président d’Israël suggérait le manque de compréhension que l’Europe aurait des “besoins existentiels de la nation juive et de l’Etat d’Israël” ainsi que la perception de contamination de notre discours par “des éléments de condescendance”.

(12) « En Israël, personne n’a de droits acquis par le seul fait d’être citoyen. Les droits peuvent être abolis par un vote majoritaire : l’immunité parlementaire aux députés arabes, l’éligibilité de quiconque ne répond pas à certains critères politiques ou idéologiques (qui peuvent changer en fonction de telle ou telle majorité parlementaire), la légalité d’un parti qui considère dans son programme qu’Etat juif et Etat démocratique sont des notions contradictoires, la citoyenneté d’Arabes qui auraient des liens avec « le terrorisme », etc. » “A tombeau ouvert — La crise de la société israélienne” Michel Warschawski — La Fabrique — 2003.

(13)- Par ailleurs, le ‘Bund’ « considère le sionisme comme une réaction de la classe bourgeoise contre l’antisémitisme et la situation anormale du peuple juif. Le sionisme politique érigeant pour but la création d’un territoire pour le peuple juif ne peut prétendre résoudre la question juive, […] ni satisfaire le peuple dans son ensemble ». “Histoire générale du Bund, un mouvement révolutionnaire juif” Henri Minczeles — 1999.

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Président Rivlin à la Convention Herzliya