C’est quoi devenir adulte ? #Lettre à moi-même.

Claire Monfort
Jul 18, 2019 · 7 min read

#Extrait de journal — 2015

Aujourd’hui je suis tombée sur mes anciens carnets d’écriture tenus pendant 20 ans. C’est fou, comment avais-je pu les oublier? En ouvrant la première page du premier carnet, je (re)découvre un texte que j’ai écrit à mes 30 ans. Je me questionne sur ce qui me fait grandir. Ma réponse à l’époque, dépend de son contexte. À ce moment là je traverse une période difficile de ma vie et plusieurs de mes piliers fondateurs s’écroulent ce qui me laisse en perte de repères. Devenir adulte est alors à ce moment la perte d’illusions, la résignation et la confrontation à mes problèmes

Aujourd’hui, la trentaine passée, à l’heure ou j’ai encore un pied dans la jeunesse et un pied dans l’âge de raison, je me questionne encore sur ce que signifie être adulte ? À quel âge le devient-on ? Quelle case faut-il cocher ? Quel niveau d’indépendance faut-il atteindre ? Mais est-ce que cela suffit-il vraiment ?


Depuis cet écrit, de l’eau a coulé sous les ponts et la Claire d‘aujourd’hui souhaite se répondre

Lettre personnelle à coeur ouvert — fenêtre sur une pensée du passé — livrée tel que. *brute.


“L’écriture comme un cri. Pourquoi aujourd’hui ? Parce que les barrières tombent, le masque se brise et le maquillage s’efface, c’est moins flatteur, mais plus proche du réel.

Oubliée, enchainée, étouffée, mes rêves sont immolés et ma peau s’est couverte de cicatrices invisibles aux regards des autres. Il est fini le temps des cerises, le temps de l’insouciance, des rêves grandioses et des amours transcendants. J’ai cru que j’étais forte, que je pouvais maitriser ce monde. Mais non, j’avais tort. Aujourd’hui ma jeunesse se barre et mes croyances s’envolent.

Ça fait quel bruit quand on lâche toutes ses illusions ?

Pourtant à 14 ans ,

je pensais déjà être mature avec l’arrivée de ma puberté. Mes poils étaient ma grande fierté et je les exhibais fièrement insinuant ainsi mon arrivée imminente dans le monde des grands. Ne parlons même pas de l’extase de mon 1er jour de règle qui marqua d’un sceau rouge cette entrée franche et réelle chez les femmes; reconcrétisée 3 ans plus tard par la perte de ma virginité et marquée d’une 2eme empreinte rouge, mais cette fois-ci, sur un drap.

À croire que l’arrivée dans le monde des adultes doit se faire par le sang …

___Rituel initiatique du corps.

À 25 ans ,

je me suis sentie adulte quand j’ai eu mon 1er CDI, quand mes parents ont arrêté de payer mon abonnement téléphonique ou de corriger les fautes d’orthographes de mes mails. J’étais devenue une femme indépendante dans le corps d’une femme mure. C’était ça finalement la maturité.

Pourtant, malgré mon empressement d’ y entrer j’ai toujours senti qu’il y avait quelque chose de pourri au royaume des adultes. Il suffisait de l’observer pour le voir. C’est un monde ou la demi-mesure devient la norme et la grisaille teinte nos vêtements comme nos pensées. On devient socialement codé et le poids des responsabilités gomme tout pétillement de l’esprit. On y court et on y devient con. Con d’y avoir perdu nos rêves, de s’y sentir supérieur, d’y avoir troqué notre joie et nos potes. On s’est bien fait avoir et tout le monde sourit comme s’il fallait s’exalter d‘aimer nos vies de solitude, sans protection de sa tribu, cadré dans une vie ou la rentabilité est reine. On rêve d’un PEL à 3% et d’une maison en banlieue, la réussite se mesure en zéro sur un salaire et les magazines nous indiquent notre bonheur. Il faut remplir sa “to do list” d’adulte pour être accepté, ne pas faire de vague et afficher son plus beau sourire Kinder.

Mais pourquoi décide-t-on tous de rentrer dans ce moule trop étroit ? Pourquoi décide-t-on de perdre l’audace d’être qui nous sommes ? À faire de nous ce que les autres veulent qu’on soit, on en devient à moitié vivant comme à moitié mort. On accepte d’être le dommage collatéral d’une pensée collective, le stagiaire de notre propre vie.

Eh merde… Pourtant c’est bien là que je vais…!

Alors oui… ok, j’arrive, 2 secondes! Je suis d’accord d’entrer dans votre monde de grands gris pour y affronter mon trou noir. Mais ne me pressez pas, s’il vous plait, laissez-moi encore faire mes conneries, me tromper, vivre. Je ne veux pas qu’on me calme trop vite. Laissez-moi encore mon indignation, et m’aimer assez pour penser que ma parole doit être entendue, qu’elle est valable malgré qu’elle soit maladroite ou confuse. Au moins, elle existe. Laissez-moi le bonheur de me donner encore du sens. J’arrive, j’y viens; je suis là pour affronter ce noir en moi qui grise le monde mais j’y entrerai pas avant de m’être fait tatouer dzns le dos les plans de sortie de cette prison aux barreaux invisibles.

J’ai fait tout ce qu’on attendait de moi, j’ai joué le jeu, j’ai été l’enfant modèle et l’adulte poli, j’ai bien compris tout ça, j’ai bien compris toutes ces conneries maintenant foutez moi la paix. Est-ce qu’il faut toujours souffrir pour en arriver là ?

À croire que l’arrivée dans le monde des adultes doit se faire par la douleur …

___Rituel initiatique de l’âme.


Lettre à moi-même

Ma Claire, du temps a passé depuis cet écrit et j’ai des choses à te dire. Je sais que tu reviens de loin, d’en bas, et je suis fière que tu aies choisi l’envol comme évasion, que tu aies choisi de visiter le monde plutôt que la résignation. Sache que tu n’es ni forte ni fragile, tu es les deux à la fois et là où la peine et la douleur régnaient tu en as fait de la douceur et ton évolution. Et pour ça, je t’en remercie.

Il a fallu à travers ces épreuves que tu trouves ta place, que tu apprennes à te connaitre un peu mieux pour assumer de vivre une vie qui te ressemble plus. Tu as trouvé le courage d’assumer, chaque jour, qui tu étais malgré son lot de difficultés. Tu as trouvé ton équilibre au plus proche de toi et de tes valeurs et d’avoir eu l’envie d’inventer ta vie, car comme le dit Simone de Beauvoir “Il faut accepter la grande aventure d’être soi”.

Être adulte est une question de point de vue.

Car oui, au regard de tes parents, tu resteras toujours qu’une enfant tant que tu ne seras pas mère, pour certains tu ne seras qu’une ado tant que tu continueras de faire le choix de vivre en communauté et pour d’autres tu es déjà vieille avant l’heure depuis que tu as décidé d’arrêter de boire de l’alcool. Tu ne peux pas contenter tout le monde, car s’assumer c’est déplaire, mais tu te dois d’avancer en étant toi-même.

Alors est-ce que devenir adulte est une accumulation d’années ou de cicatrices?

Elle n’est ni l’une ni l’autre. Certes, depuis tu as pris plus de rides, quelques cheveux blancs et tu as dorénavant un PEL à 1,3%, mais devenir adulte, à mon humble avis, n’est pas une accumulation de critères matériels ou d’étapes à passer, ça n’est pas “faire”, c’est “être”.

C’est quoi “être” adulte pour moi aujourd’hui ?

C’est tout simplement le sentiment d’avoir trouvé une forme de paix.

D’avoir trouvé un peu d’équilibre et de sagesse, même aussi petite soit-elle, à travers mes erreurs et mes difficultés. C’est de me sentir responsable de mes actes et de mes paroles et décisionnaire de mes choix. C’est de développer mon courage un peu plus chaque jour et ne plus avoir peur de déplaire. De n’attendre de quiconque qu’il me rende légitime, ni que le changement vienne d’ailleurs que de moi-même et que de mes actions. C’est d’essayer de toujours garder une ouverture d’esprit sur le monde et un regard bienveillant sur, ceux, et, ce, qui m’entoure.

C’est d’avoir comme objectif de réussite de vieillir en gardant un coeur chaud et en marchant le regard droit. C’est ça, pour moi aujourd’hui être adulte.

Par contre … je dois te dire un secret sur l’âme humaine que bizarrement les gens ne semblent pas voir …

Ce secret est que le monde des adultes n’existe pas. C’est un mythe. Il n’y a pas d’adulte il n’y a que des âmes d’enfants portant des masques. Ça te semble étrange? Pas tant que ça, il suffit d’observer pour que ça saute aux yeux. Regarde bien, écoute-les et tu comprendras. Même ceux qui jouent très bien le jeu, tes parents, ton ancien PDG, ton propriétaire malgré leurs costards et leur posture ils font semblant. Bien caché, à l’ombre, vit notre âme d’enfant, on la reconnait à notre petite lueur qui brille dans les yeux*.

Au final, pour répondre à ma question j’ai compris que la réponse variait en fonction de mon âge. Aujourd’hui je considère avoir gardé mon âme d’enfant dans un monde d’adulte. Je cultive le rire comme je chéris ma place sur les bancs de “l’école de la vie”. Je souhaite toujours vouloir l’apprendre, la tester, en être surprise, mais je suis moins naïve sur la question, j’ai certes perdu mes illusions mais je me sens plus ancrée dans la réalité.

La vie n’est ni noire, ni rose, elle est simplement devant moi.

To be continued …

Pause musicale

Et pour toi ? Ça veut dire quoi être adulte ?

Claire Monfort

Written by

Food, heart and brain lover_#Cannibale

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