Contre la présence de McDonald’s au Salon du livre jeunesse de Montreuil

© Dessin: contributrice anonyme

Cher Salon du Livre de Montreuil,

Nous autres auteur-es étions présent-es à ta manifestation, pour certain-es d’entre nous depuis ta fondation (sous une tente au début, tu te souviens ? Parfois dans le froid, et les planchers qui tremblent).

Nous étions là. Parce que tu défendais l’idée que tous les enfants avaient droit à la littérature, quel que soit leur milieu ou leur niveau de social. Ton Crédo était :

Respect des enfants. Entrée dans une littérature jeunesse, enrichissante, valorisante, non ségrégationniste, non sexiste. Non soumise aux groupes de pressions, ni aux puissances de l’argent. Tu t’es battu pour les enfants de Seine-Saint-Denis et pour tous ceux d’ailleurs. Tu as participé à la bataille pour la présence de livres jeunesse dans les classes (pas dans les écoles, dans les classes.) Rude bataille. Gagnée.

Tu dis, cher salon, que la facilité n’est pas toujours le chemin le plus efficace. Tu as raison. La facilité, aujourd’hui c’est MacDo. Le 28 novembre ce symbole de malbouffe, employeur attaqué pour son manque d’efforts pour défendre ses employées contre le harcèlement sexuel, tiendra un espace de lecture. Ne jouons pas au jeu d’y ajouter Hachette, son partenaire qui lui édite des livres offerts avec les menus Happy Meal. L’essentiel est MacDo. La facilité consiste à accepter MacDo chez toi. En échange de quoi ? L’année dernière tu répondais « de l’argent ».

Quoi que tu en dises, nous pensons sérieusement qu’en faisant cela, tu développes et soutiens le rayonnement de la marque. Tu dis qu’il te paraît important « que les enfants qui fréquentent familièrement le livre au MacDo de leur quartier se voient invités chez toi à cheminer vers d’autres univers, d’autres livres. » Tu abuses mon cher. Les enfants qui mangent dans un MacDo ne viennent pas nécessairement te visiter. Ils MacDonnent tout simplement. Quelle inversion des choses. Ou tu crois sincèrement que la caution MacDo valorise les livres ? Ce que tu fais, au contraire, c’est inciter des enfants en visite chez toi à aller dans un MacDo.

D’autant que tu fais tranquillement l’amalgame entre livre et lecture. Tu sais pourtant que ce n’est pas la même chose. Tu l’expérimentes régulièrement dans tes ateliers. Ce n’est pas parce qu’on donne un livre qu’on donne la lecture.

Nous autres, auteur-es sommes consterné-es. La culture des enfants ne passe pas par le Malbouffeur. Elle passe par toi et… par nous. Car tu oublies que tu existes parce qu’il y a des auteur-es, des éditeurs et éditrices, des libraires, des médiathèques, des « acteurs du livre », qui œuvrent pour les enfants et leurs familles. Par notre présence, ou la présence de nos livres, nous ne pouvons pas cautionner ton comportement. Et nous ne le voulons pas.

Claude Ponti avec Marie Desplechin, Anne Brouillard, Stephanie Blake, Kimiko, François Bon, Grégoire Solotareff, Yvan Pommaux, Emmanuelle Houdart, Claude Clément, Frédéric Stehr, Anaïs Vaugelade Frédérique Bertrand, Audrey Poussier…
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