Logan : l’adieu des fans à Wolverine

Logan, le dernier opus en date de la saga X-Men, est un bon film. Dès sa première bande-annonce, il avait su donner le ton : un Wolverine tremblotant et couvert de cicatrices, une mystérieuse gamine mutique et un professeur Xavier atteint d’Alzheimer, le tout sur fond de Johnny Cash. Ce Logan version Sundance avait pour lui de détonner dans un paysage super-héroïque où les blagues côtoient habituellement le spectaculaire dans un déluge de CGI. Mais le traitement “réaliste” (dans la mesure où on l’on parle de mutants tout de même) que choisit le film n’est pas anodin, et sert non seulement l’histoire mais aussi la sorte de métaphore sur le fandom que représente le long-métrage.

One last ride

**ATTENTION GROS SPOILERS***


Laura et ses potes, les fans en nous

Au début du film, Logan récupère contre son gré la garde de Laura, une très jeune mutante. Contrairement à ce à quoi nous avait habitué la saga, elle connaît déjà très bien ses pouvoirs, sait s’en servir quand il faut et ne semble pas ressentir de honte par rapport à son statut de mutante. Un peu comme le public d’aujourd’hui, qui maîtrise l’univers des X-Men sur le bout des doigts après avoir vu la dizaine de films que compte la franchise. Plus la peine de passer 10 minutes à nous expliquer le tourment intérieur de ces mutants qui ne comprennent pas ce qui leur arrive, les fans connaissent la chanson.

Pas de quartier

Et Laura aussi, d’ailleurs, connait bien l’univers X-Men, puisque dans une mise en abîme osée, elle lit des comics sur la troupe de Charles Xavier. Logan a beau lui dire que “ce sont des conneries”, elle persiste et continue de croire aux aventures fabuleuses de Wolverine et ses amis. Dans un clin d’oeil évident, le film nous renvoie notre propre image, celle d’un fan qui espère que ses héros de papier se retrouveront tel quel sur grand écran — à défaut de se matérialiser dans la vraie vie. Plus tard dans le film, Laura retrouve une bande de jeunes mutants ayant survécu, au grand étonnement de Logan. Ces enfants tous différents, c’est un peu un symbole d’une nouvelle génération de spectateurs dont on reconnaît enfin l’existence : il est d’ailleurs loin d’être anodin qu’ils aient des couleurs de peau variées et que la parité soit respectée.

Faire renaître Logan…

Bien qu’ils soient persécutés, ces enfants semblent plutôt unis et prêts à s’entraider, sans combats d’ego et disputes intestines propres à certaines équipes des X-Men. Et comme Laura, ils sont eux-mêmes fans des comics et ce sont eux qui rendent à Logan son image de papier glacé : après lui avoir taillé la barbe pendant son sommeil, ils offrent au héros mourant une dernière dose d’un sérum qui lui rendra sa force — du moins pour un certain temps. Ainsi, un peu contre sa volonté, cette bande de gamins mutants donne à Wolverine l’occasion de retrouver son look et sa vigueur d’une époque qu’eux comme nous savons révolue ; ils ne reverront jamais le Logan fantasmé de leurs comics, et nous ne reverrons jamais Hugh Jackman qui, à bientôt 50 ans, ne s’est jamais caché de ne plus vouloir incarner le griffu après ce dernier tournage. Comme un dernier cadeau sous forme d’ultime sacrifice, nous assistons en même temps que ces bébés X-Men aux dernières minutes du plus célèbre des mutants.

Bad guys united

D’ailleurs, dans une scène finale, Logan, plus que jamais conscient de la malédiction que représente son don, se bat littéralement contre lui-même. Ou plutôt contre une version rajeunie, plus sexy, plus brutale mais aussi décérébrée et privée d’émotion, soigneusement conçue en laboratoire par de vieux hommes en blouse blanche, une sorte de monstre sans âme qu’il ne veut pas — plus — être. Mais il se bat aussi et surtout pour sauver cette jeune génération de mutants à laquelle il ne voulait pas croire. Il se bat pour que ces gosses aux pouvoirs et à l’apparence hétéroclites soient libres face à une armée de soldats blancs dirigés par un scientifique qui refuse de reconnaître l’humanité de ces enfants. La métaphore est forte dans une Hollywood où la plupart des studios sont encore très frileux quant aux projets mettant en scène des héros différents de l’archétype façon Tom Cruise, fermant volontairement les yeux sur l’existence de la diversité au sein du public auquel ils destinent leurs films.

…Et le laisser partir

“Et à la fin, il meurt.” Pour de vrai. Une chose rare dans les longs métrages super-héroïques d’aujourd’hui. Si ce n’est pas une surprise pour les lecteurs de comics, et pour tous ceux qui l’avaient deviné dès la promotion du film, la scène de la mort de Logan reste dure. On savait bien mais on ne voulait pas l’admettre. Comme Laura en fait. Elle comprend très vite que si ce ne sont pas ses ennemis ni sa maladie qui le tueront, Logan s’en chargera lui-même, en témoigne la balle en adamantium qu’il conserve soigneusement dans ses affaires. Tout comme nous, elle voyait venir la fin, mais cela ne l’empêchera pas de pleurer. Dans un moment déchirant, Dafne Keen laisse éclater sa tristesse et l’on ne peut que compatir avec elle. Lorsqu’elle et ses comparses enterrent Wolverine, c’est un peu comme si les fans faisaient intégralement partie de la cérémonie, puisqu’on y voit l’un des jeunes mutants serrer contre lui une figurine du griffu dans son iconique costume jaune.

On the road again

Et puis, alors que ses compagnons reprennent la route vers des jours meilleurs, Laura s’attarde quelques instants et abaisse la croix de fortune plantée sur la tombe de son “père”, formant ainsi un “X”. Pour elle comme pour nous, Logan était et restera un mutant, un paria, obligé de se battre pour sa liberté et celle de ses semblables dans un monde qui ne le comprenait pas. Mais peut-être que ce monde peut être changé, peut être rendu meilleur. Grâce à une nouvelle génération de fans d’horizons divers, qui s’entraident mutuellement, qui résistent face à une autorité dépassée pour montrer qu’ils existent et que leurs histoires méritent d’être racontées.

Un nouvel espoir

Logan, c’est un peu une lettre d’adieu à la communauté des fans, une lettre brutale, dure, mais dont les mots sont nécessaires. Une lettre qui nous dit que de nouvelles possibilités s’ouvrent à nous, mais que pour y accéder, nous devons d’abord dire au revoir. Ce fût un au revoir difficile mais beau. Merci, Logan.