Trax Magazine Unreleased Interview (French)

Présentation du label.

96 : Cosmonostro est un netlabel comtemporain fondé en 2013, basé en France et pensé comme une galerie musicale pour le passionné moderne de musique. Sa création fait suite à mon départ de Soulection, label que j’ai co-fondé mais dont j’ai gardé le workflow et les recettes.

Trax : Comment on signe un artiste chez Cosmonostro ? Comment on les découvre ? Est-ce qu’on les découvre sur Soundcloud, font-ils partis de cette jeune génération de producers dans leur chambre ?

96 : Les artistes ne sont pas signés, les projets le sont, que se soit par un contrat oral ou écrit. La fidélité au label n’est pas contrainte mais un choix de l’artiste. Les rouages tiennent plus du collectif que du label à proprement parler.

Les découvertes se font par SoundCloud, beaucoup par la voie de demos dernièrement et les artistes du label jouent aussi le rôle de sourceur.

Trax : Comment survivre en indépendant tout en voulant un maximum de visibilité ?

96 : La fameuse question à laquelle les observateurs aimeraient une réponse définitive. L’insatisfaction concernant cette problématique ne tient pas dans les réponses apportées jusque là mais dans la question posée. La question suppose un modèle économique référence et établi ainsi que la nécessité de visibilité ce qui n’est plus vraiment une réalité. Pour beaucoup comme moi, c’est une passion, pas une carrière. Notre but est que le label s’auto-suffise, le reste n’est que bonus. Concernant la visibilité et comme la dimension passionnelle le laisse supposer, on le fait pour se faire plaisir. Si conséquence heureuse il y a, c’est la cerise sur le gâteau.

En revanche, les maisons indépendantes revendiquent le fait de proposer quelque chose qui ne serait ni normatif ni aseptisé à l’inverse des établissements majeurs, mais sont très inclines à utiliser le modèle et les services que ces derniers proposent. Donc les indépendants ne le sont en fait pas ou strictement bornés à la partie créative. Le milieu indépendant est donc non seulement plafonné mais asservi. Les artistes dépendent de SoundCloud, les labels de Bandcamp et se cantonnent à cette dépendance au lieu de voir ça comme une étape. Après tout dépend des ambitions de chacun, certes.

Un exemple simple et caricaturé, on s’étonnera qu’aucun artiste français n’ait ni de site web ni de présence sur les réseaux (non Facebook ne compte pas, Facebook ne sert à rien) quand les américains ont tous des portfolios qui archivent leurs travaux?

Ensuite, l’industrie musicale n’est pas en crise. Les témoins historiques de l’industrie comme les grands groupes le sont puisqu’ils semblent avoir oublié ce que les autres industries n’ont jamais perdu de vue, l’innovation. Au delà de cette considération, seule la scène indépendante présente la musique comme un art et un espace de liberté, non comme un divertissement à consommer.

L’univers musical est ordonné en caste et chacun essaye d’obtenir la gratification de s’élever à l’échelon supérieur. Mais de plus en plus comprennent que le salut réside dans l’utilisation des outils à sa portée avec le réseau à sa dimension, qu’ils soient label manager, artistes indés ou mainstream. Alors oui, c’est plus compliqué et ça implique de s’investir davantage mais on ne finit ni berné par un miroir aux alouettes ni spolié.

En pratique, on peut amener un track produit par des inconnus à être écouté jusqu’à 300 000 fois avec juste un hashtag bien choisi. Pourquoi passer par les voies traditionnelles et par exemple payer un PR dont la portée du travail ne se hissera jamais jusque là?

Avoir une idée n’a jamais était suffisant ; Il faut une vision. Un américain s’interrogera sur sa trajectoire à 10 ans et saura répondre à cette question en décrivant les étapes auxquelles il aspire là où aucun français en serait incapable.

Trax : Quelles sont les futures releases dates de tournées?

96 : Le label continue sur son rythme de croisière avec ses sorties et son émission de radio hebdomadaires, des concerts bi-mensuels et des soirées ici et là.

Annoncer les projets à venir n’est pas dans les habitudes de la maison mais l’EP posthume de Kid Atlaas “Gourmandises” qui est assez attendu sortira vraisemblablement d’ici la fin d’année. Le label s’associera aussi avec l’antenne parisienne des Red Bull Studios autour d’un projet très prochainement.

En ce qui concerne le prochain rendez-vous nocturne : ce sera le 11 octobre au Nouveau Casino avec Little Simz, Persian Empire, Title, Jenovah & Sims pour la seconde édition des événements Futuronostro.

Trax : Quel est le public de Cosmonostro?

96 : Le public est jeune, international, masculin comme féminin, curieux de découvrir autre chose et de ne pas se laisser nourrir.

Trax : Le label est-il plus reconnu en france ou à l’étranger, et dans quelles sphères ?

96 : A l’étranger définitivement. La France découvre une scène qui existe depuis une dizaine d’années déjà. L’audience étrangère est bien plus active dans sa démarche à tous les niveaux.

Trax : Le label a t’il une spécificité particulière, au niveau de l’esthétique, du son?

96 : J’aime à croire que c’est le soin apporté à l’esthétique, qu’elle soit visuelle ou sonore. Initialement, la dimension graphique de la maison était le socle qui permettait à la musique d’être véhiculée. Le label a toujours également offert une fréquence d’actualité supérieure en comparaison de ses contemporains.

Trax : Justement, est-ce que les artistes du label pourraient être qualifiés comme appartenant à cette nouvelle vague de jeunes producteurs de cette nouvelle musique électro ?

96 : L’une des pierres angulaires du label est justement de mettre en avant des artistes inconnus. L’aspect découverte est primordial. La notion de nouvelle vague est assez batarde puisque le turn-over de la scène est rapide, grosso-modo annuel. A ce compte là, la moitié des artistes du roster pourrait être dit issu de cette nouvelle vague.

Trax : Comment la qualifierais-tu ? Et comment expliques-tu son succès?

96 : La qualification de la scène est un problème pour les acteurs, les observateurs et l’audience. Riche d’une infinité d’influences desquelles résulte un son hybride, il est difficile de la qualifier. Preuve en est, l’émergence d’une volonté de documentation avec des long-métrages type My Vinyl Weight A ton, des web-épisodes comme a commencé à le faire la RBMA, etc…

La racine de la scène est la musique Hip-Hop qui n’est pas le Rap en passant. Le sampling qui par essence permet de s’ouvrir aux autres artistes issus d’autres genres pour se réapproprier un son et formuler une interprétation. Les jeunes générations ayant grandi avec des sonorités moins organiques qu’électroniques font le lien entre héritage et modernité.

Le succès vient de ce constat, chacun pouvant y trouver quelque chose à apprécier entre des sonorités familières et une conception nouvelle.

Trax : Quelles sont les nouvelles étapes à franchir pour Cosmonostro ?

96 : Sans doute la possibilité d’offrir un format physique (qui arrive d’ailleurs dans une formule peut-être inattendue dans un premier temps…) ou encore de mener une tournée européenne pour ce qui est de l’ordre de la démarche classique. Mais l’énergie passe dans ce qui n’a pas ou peu été fait par les labels! Pour ça, il faudra attendre 2015 pour savoir de quoi il retourne…

Trax : Entre labels de ce type particulier de musique, s’entraide t’on ? Par exemple j’ai entendu dire qu’il y aura une special release de Everydayz sur Nowadays Records aussi ?

96 : Selon mon expérience, oui. C’est un petit monde dans lequel tout le monde ou presque se connait ou se côtoie. On s’échange des conseils et des contacts, partage des expériences… Il y a une certaine émulation plus que de rivalités.

Trax : Y aurait-il UN son Cosmonostro?

96 : Apparement. C’est le retour qui m’est fait. J’en suis moins sûr ne théorisant pas mes choix dans la direction artistique. Bizarrement, je dois être le moins bien placé pour en parler. Je suppose que mon envie se dirige vers quelque chose de cinématographique, une reverie fantasmagorique peuplé d’artistes comme un bestiaire ou chacun apporte ses capacités et sa personnalité pour former un tout cohérent à mi-chemin entre Heroic Fantasy et Science-fiction.

Trax : Au niveau des artistes du label, comment se sont-ils fait connaitre ? Avec un outil en particulier, style des tracks sur Soundcloud, grâce à Internet ?

96 : La formule du succès actuel est le remix publié sur SoundCloud. L’audience a inconsciemment accès à une échelle de valeur subjective lui permettant de classer les artistes et de pouvoir in fine dire quel est l’artiste du moment. C’est de facto l’élément qu’utilise les A&R junior des majors pour benchmarker les artistes émergents susceptibles d’être des atouts pour leur survie future. Il n’y a donc aucune surprise dans la nouvelle politique SoundCloud, l’entreprise se doit de pivoter en utilisant les institutions en place pour satisfaire les investisseurs et les gardiens du temple.