Février : orage sur les marchés

Le mois de février a été marqué par les mauvais chiffres de l’inflation, en recul pour la première fois depuis septembre et au plus bas depuis février 2015. Ces 29 jours auront également été marqués par la chute de l’indice japonais (le NIKKEI) et la menace d’une crise politique européenne. Explications.

Le pétrole : les turbulences vont se poursuivre encore

Le pétrole continue de cristalliser toutes les inquiétudes. Après avoir ouvert la période à 34,21 $, le BRENT a évolué au sein d’un tunnel entre 30 et 35 $, animé par une forte volatilité. Ainsi, on a observé une dégringolade de 8,75% pour la seule journée du 9 février. Les différentes annonces sur l’avenir du marché ont rythmé ses dérives et rebonds successifs. En effet les principaux producteurs de pétrole ont annoncé vouloir se réunir afin de déterminer dans quelles mesures ils pourraient soutenir le cours du BRENT.

L’Arabie Saoudite, la Russie, ainsi que le Qatar et le Venezuela (ce dernier étant en grande difficulté du fait de sa dépendance aux revenus des matières premières et d’un coût de production plus élevé que pour les autres pays cités) pourraient s’entendre sur une diminution de leurs productions. A ce stade, je ne crois pas en l’annonce d’une réduction de sa production de la part de l’Arabie Saoudite : le premier producteur mondial dispose d’un coût de production qui est le plus faible du marché et ne devrait pas être le premier à flancher dans cette guerre des prix qui fait souffrir son principal rival, l’Iran.

La volatilité du brent en février, illustré (source : zonebourse.com)

Japon : Le NIKKEI à la peine…

Il était temps que février se termine pour le NIKKEI avec une dérive de 8,5% sur le mois (- 14,5% depuis le début de l’année). Le marché japonais est pris en sandwich entre la dévaluation du yuan chinois et un yen trop fort de manière générale.

Le discours des politiques chinois durant le G20 ne rassure pas sur la tenue de sa monnaie et du soutien de son économie. La baisse du yuan est vécue comme une réponse aux anticipations de baisse de la croissance chinoise.

Le recul du dollar/yen inquiète également. Concomitant à une forte baisse de la monnaie chinoise, ces tendances des devises pourraient impactées les exportations du pays cette année, d’autant plus que le yen sera concurrencé par l’euro sur bon nombre de marché à l’export.

Le NIKKEI 225 en février (source : zonebourse.com)

France : l’inflation ne fait pas d’étincelles…

« L’objectif d’une inflation légèrement inférieure à 2% est maintenu ». Les mots de Mario Draghi suffisent à expliquer le malaise. Avec un recul de 0,2% a/a en février après + 0,3% a/a en janvier, les prix à la consommation subissent une pression à la baisse sous l’ampleur de la dérive des prix de l’énergie (- 6,8% a/a !). Ce chiffre a rapidement fait plonger l’EUR/USD ainsi que la monnaie unique face au yen.

Le champ d’action de la BCE est en théorie restreint à présent. Toutefois, les annonces de Mario Draghi sur d’éventuelles nouvelles mesures de la BCE au soutien de l’inflation ont sauvé le mois. Les marchés ont apprécié l’attitude puisque la fin février a été le théâtre d’un sprint à la hausse. Le scénario a privilégier durant la réunion de la BCE — jeudi prochain — est une diminution du taux de dépôt à — 0,40%. Conséquence: les taux d’emprunts vont encore baisser en mars pour perdre une nouvelle fois plusieurs points de bases.

L’ombre d’un Brexit de plus en plus précise

Le risque d’une sortie du Royaume-Uni de l’union européenne (aussi appelée Brexit) n’inquiète pas encore les marchés d’actions même si ce n’est pas le cas pour tous les marchés, le Forex (marché des devises) est plus sensible avec une baisse ces dernières semaines de la livre Sterling face au dollar pour atteindre son plus bas depuis 7 ans.

Cependant, la place financière Londonienne peut risquer gros avec ce Brexit, en effet certaines activités financières pourraient être délocalisées dans d’autres capitales européennes. HSBC a d’ailleurs annoncé qu’elle pourrait faire venir en France 20% de ses effectifs de sa banque d’investissement en cas de départ du Royaume-Uni.

Côté politique, la réaction est plus virulente. Au niveau local, David Cameron demande aux partisans du Brexit de bien vouloir reconnaître les risques d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union Européennne au sein d’une tribune dans “The Daily Telegraph” dimanche dernier. Et ce malgré un accord “anti-Brexit” signé entre les membres de l’UE plus tôt dans le mois.

David Cameron et son gouvernement ont d’ailleurs obtenu le s
outien des ministres des Finances du G20, le samedi 27 février à Shanghai. Ces derniers ont annoncé le choc que représentait “une éventuelle sortie du Royaume-Uni de l’Union-Européenne.”

L’avenir est encore incertain et l’affaire suivra quelques mois encore (jusqu’au 23 juin), nous observerons les résultats lors de la seconde moitié de l’année 2016.

La santé de l’économie en France

EDF est au coeur de toutes les tensions en ce mois de février. Lourdement affaiblit en début de mois, jusqu’à passer en dessous de la limite des 10€ par action alors que l’action d’EDF fut introduite à 32€, l’entreprise est soutenue par le gouvernement.

L’action remonte suite aux propos de Ségolène Royal en ce fin de mois, qui confirme l’annonce de Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF, d’un accord passé entre l’Etat et l’entreprise pour un prolongement de 10 ans de la vie des centrales nucléaires sous réserve de l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire). L’action enregistre alors une des plus fortes progressions du SBF 120 le 29 février.

L’annonce des résultats des entreprises permet de définir les grands écarts de l’année dernière. La plus grande performance revient à Sanofi avec près de 7.4 milliards d’euros de profit. Puis vient BNP Paribas avec 6.7 milliards et Axa avec 5.6 milliards. Cependant de nombreux spécialistes font mention d’un rebond “trompeur” des banques, qui doivent faire face à une contrainte d’augmentation de leurs provisions. La situation des banques est d’ailleurs à surveiller de près. Le secteur automobile affiche une sortie de crise timide et ce malgré le scandale Volksawagen, avec un retour dans le vert pour les principaux constructeurs automobiles.

Du côté de la lanterne rouge, nous avons le secteur sidérurgique ainsi que le secteur énergétique qui sont victimes de leurs dépendances du cours du pétrole et de la croissance chinoise. Engie enregistre une perte de 4.6 milliards d’euros, EDF et ArcelorMittal empruntent cette même pente. Seul Total affiche un excédent cette année, mais on ne peut exclure une dévaluation de ses actifs pour 2016 (la dernière eut lieu en 2014).

Article co-signé par Quentin-Ugolin Lalevée (pétrole, NIKKEI, inflation) et Emilien Creniaut (brexit, économie française) .

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