La fin de l’interaction sur le web : un faux concept entretenu par les vieux

ou comment la fragmentation des “groupes” conversationnels fait croire à certains vieux du web 2.0 que les internets sont devenus un repère de filous qui s’enrichissent en captant notre attention numérique.
Au début est le web: un outil qui permet à chacun de s’exprimer
Je suis un de ces vieux cons qui est né, professionnellement, avec l’avènement du web. (ouais j’ai même connu un monde sans Yahoo! Caramail et Altavista)
Matrix a popularisé le Wap: j’ai bossé sur les premiers contenus médias diffusés sur un vieux Nokia 7110 et couvert la nuit du 11 septembre 2001 à coup de pages de 500ko où il ne fallait pas que les journalistes ratent une balise </br>.
Un type a mis des sonneries dans un Nokia 3310, j’ai participé au premier studio de création de sonneries midi pour téléphones qui en trois ans est devenu une usine. Puis j’ai mis des vidéos dans des téléphones, puis des sites en couleur, puis des applications, puis des sites responsifs…
Bref j’ai participé, à mon salaire défendant, à plein de projets que je n’aurais pas géré si j’étais devenu le prof de français auquel mes études me destinaient. Plein de projets qui, par un heureux hasard, ont accompagné systématiquement le développement des internets via le mobile. D’abord point de distribution de la presse, puis point d’accès, puis point de rencontre.
Je suis aussi une de ces andouilles qui a “early adopté” à peu près toute nouveauté lancée par les génies des internets: on a inventé la capacité de causer sur le web sans être un média, OK avec des potes on a propulsé dans l’éther un des tous premiers webzines culturels à plusieurs auteurs qu’on fabriquait sur frontpage express. (Seize ans plus tard, http://www.benzinemag.net existe toujours, évolue au gré des technos et notre audience n’est pas dégueulasse. Mieux, on croise des fois des jeunes qui disent qu’ils ont grandi avec nos critiques et ça ça nous rappelle juste… qu’on est vieux).
Le web 2.0
Un jour j’ai entendu parler du web 2.0 et immédiatement j’ai voulu avoir un blog, y rencontrer des gens vrais, même virtuellement. Merci 20six.fr et Typepad. De cette époque je garde de ces amitiés numériques comme seuls les internets en procurent au fil des semaines: Damien, Thierry, Cyrille, Mathilde, Erwan, Jérôme… Des fouilleurs d’innovation comme moi, capables d’aller chercher derrière une technologie, l’usage qui peut en être fait par le grand public.
Grâce à ce web là, celui à deux voies de communication -une descendante et une remontante - grâce à ces gens là, il m’a été permis de partager, questionner, échanger sur des réflexions, des problématiques, des solutions techniques, des opinions… On conversait beaucoup. Mais toujours avec le biais goguenard de bidouilleurs aventureux. Ensemble on voyait croître une nouvelle génération de wonderboys et women de ce web nouveau qui avaient pour eux de faire pêter les codes de starification des gens pas en ligne: les Vinvin, Loïc Le Meur, Korben, Descary, Henry Michel, JcFrog, Mateusz, Francbelge, Kreatuur, Guy Birenbaum, Billaut…. Tous avaient un blog, la tchatche et aucun scrupule à s’immiscer dans les interstices des médias traditionnels complètement à la rue quand il s’agissait de “parler vrai” sans prendre la tête. Alors parler vrai et sur le web, les médias n’y pensaient même pas.
Plus tard ce web 2.0 est devenu “social”. Et les conversations web initialement informelles, se sont structurées. Preuve que les usages en la matière n’ont fait qu’évoluer au fil du temps. On s’appuyait sur de nouveaux outils qu’on ajoutait en badge sur nos blogs. On a d’abord eu tous Tom pour ami, puis Mark, puis Evan. Les blogueurs sont devenus Myspaciens, facebookeurs, twittos en activité additionnelle à leur écriture bloguesque quasi quotidienne. Les communautés, patiemment créées autour de l’audience desdits blogs ont progressivement obliqué vers l’audience des hommes et femmes derrière ces blogs. Il y a eu quelques stars des blogs devenus rapidement les Twittos certifiés, parfois -mais c’est plus rare — les auteurs de pages facebook à succès. Ça n’a jamais été mon truc. “Faire, plutôt que faire savoir”. Adage maison
“Et Youtube?” “Ché? ça marchera jamais, ici c’est team dailymotion!”
L’ère du web social et du personnal branding
Puis des stars de la vie “avec des paillettes dessus” ont trouvé ça marrant de pouvoir échanger avec la plèbe sur ces réseaux avec les geek, avec leurs spectateurs, leurs fans. On s’interpellait entre nous, comme en soirée, au bar. Stars des internets, du petit écran, plèbe. On échangeait des tips avec des gens qu’on aurait jamais osé aborder dans la vraie vie. J’ai causé avec mes interprètes musicaux français préférés, via twitter. Pour le fan de base que je fus, ça voulait dire beaucoup. Les blogueurs et autres geeks communicant sont souvent devenus consultants dans les rédacs à la ramasse: la pratique était innovante et les médias sentaient confusément qu’il fallait y être, sans trop comprendre comment. Eternel retour du même.
A coup de “personnal branling” (je ne traduis pas, excuse my French) certains experts ont appliqué le “fake it till you make it”, d’autres étaient bons naturellement, certains geeks en vue y ont trouvé une manière de rentabiliser leur pratique: apprendre au monde, aux médias, aux étudiants, aux journalistes que l’information se fabriquait désormais à deux canaux. Un descendant du média expert vers son public, et un remontant du public vers le média. Nous étions en 2008 / 2009. J’ai lancé un groupe linkedin pour les pros du mobile en France. Faire. https://www.linkedin.com/groups/1987545/ qui a fonctionné le temps que Linkedin les valorisait, avec un succès correct au vu de la cible visée. (Ce groupe était soutenu par un blog qui a depuis fusionné avec l’ http://www.Ecranmobile.fr. de l’ami Jérôme B, pour la petite histoire).
On disait “mon loup” à Nikos, et on recevait des fav des blogueuses star . On s’adressait en TU à des animateurs qui répondaient avec bienveillance, on cloquait des interviews pour nos blogs en écrivant @ledirecteurdelaboitequonaimebien venu là pour voir la nouvelle acquisition du venture capitaliste du moment. On se sentait un peu comme ont du se sentir nos parents au Palace à Paris au début des années 80. Sur la piste de danse des réseaux sociaux on brassait des geeks en t shirt, des stars des blogs, des patrons en costards et deux trois stars musique / ciné en avance. C’était bon enfant, proto-scientifique et un peu bisounours avouons-le.
“Et Youtube?” “Ben c’est un des sites où on peut héberger les vidéos.”
L’avènement des cool kids
Certains des étudiants formés par les “consultants” nommés plus haut ont déboulé dans ce microcosme balbutiant comme les foufous de la chanson de Starmania. Ils sont arrivés en ville en chamboulant les codes, en jouant de la provocation, usant de l’esprit punk adulescent et de l’aura gagnée par une pratique journalistique au cordeau: Vincent, Alexandre et les autres… ont appliqué les principes du journalisme appris à l’école dans un cénacle où ne s’exprimaient encore habituellement que les trentenaires venus au web en 2000, rivalisant de geekerie et d’autopromo, des animateurs télé ainsi que quelques stars dans le sillage du beau Ashton Kutcher (qui?) férues de communication bidirectionnelle avec leur public. Ils ont inventé la hype sur ce qui n’était jusque là qu’un cercle d’initiés. Eux qui étrangement se sont appropriés les réseaux existant, mais avec un autre paradigme.
Ces jeunes loups ont rapidement remplacé les communautés d’intérêt patiemment construites par les sites et les blogs communiquant sur le web, ou celles acquises à coup de marketing personnel, par le sacro saint LOL, l’aura du type Ubercool, le twittos, le cador de sa profession, pétri de la certitude révolutionnaire d’être né quasi en même temps que le ouèbe. Ils décrètèrent que le Loljournalisme serait à la génération webnative ce que le Gonzo fut aux hippies. [NDLR Douze ans plus tard, le monde jettera un regard accusateur sur ces pratiques : fustigés sur la place publique ils endosseront le rôle d’épouvantails d’une époque révolue où on avait l’impression de pouvoir tout dire parce qu’on ne s’adressait que à un public averti ou généralement ouvert d’esprit. En jetant un regard dans le rétro, on constate qu’ils n’étaient, dans les faits, que les capitaines de l’équipe de foot de ce lycée virtuel beaucoup trop permissif à la potacherie. Ils étaient, je crois, moins #metoo que tenants d’un ‘harcèlement scolaire’ dont pour la plupart ils ne se rendaient même pas compte. Ils décrétaient quels danseurs pouvaient envahir le carré VIP. Mais dans les écoles comme sur twitter le harcèlement scolaire laisse des blessures invisibles qui peinent à se refermer sans infection. Et nous, un poil plus' aînés qui nous sentions déjà un peu ringards ou trop geeks, nous n’avons pas trouvé les mots justes. Nous avons évité les charges de ces post-ados, heureux de passer entre les gouttes. Nous étions déjà trop occupés à capitaliser sur un nombre de followers susceptibles de lire l’article de nos sites postés sur twitter, sur une certification par l’osieau bleu qui nous assurerait une place d’expert dont les écoles du numérique font les consultants, avides d’une crédibilité du @ qui nous ferait rentrer dans les médias qu’on sentait enfin frémir sur la question du web social. Se faire adouber, c’était capitaliser. On a ri aussi avouons-le, en meute, puisqu’on se persuadait que ce n’était pas bien méchant. Certains d’entre nous ont même parfois singé : cool-plus-si-kids.
Avec “les ubertwittos”, “les enfants terribles potaches”, la France entière s’est néanmoins enfin entichée de ces “nouveaux médias” qui ont une fois pour toutes élargi le cercles des amis de Mark et de Evan.
Les jeunes loups et louves se les sont appropriés. Les vieux qui voulaient suivre ont ouvert des comptes. Alexandre et les autres ont “pédagogisé” leurs usages du weblol. Ils ont expliqué dans les canards, sur les sites à papa, à la télévision, comment si à 25 ans tu n’as pas encore ton compte twitter tu as raté ta vie. Puis une fois les portes enfoncées ont aussi déroulé du bon journalisme à l’heure de ces nouveaux outils.
On a commencé à rassembler nos communautés autour des photos de profil, autour de nos @, dont certains faisaient des classement (les plus BG, les plus pertinents, les plus drôles, les casse-couilles, les tontons relous), autour de son taux de retweets et d’un nombre de followers. Moi comme les autres. Benzinemag.net s’est doté d’un @benzinemag. @Mofrance est devenu le pendant twittos de mobileenfrance.com, communauté née d’abord sur linkedin . Et j’ai, comme tout le monde, capitalisé sur mon nom de Clark Kent après avoir laissé choir mon nom de Super héros twittant. Au prix parfois de contorsions chronophages.
“Et Youtube?” “Ben c’est un site où on regarde des vidéos drôles.” “Oui mais c’est pas l’essai, enfin réussi par Google de fédérer une communauté?” “Nan, Vincent Glad a dit que ca marchera jamais”
Le status quo s’est maintenu pendant environ 5 ans. Depuis cinq ans, nous nourrissions nos communautés d’intérêt grâce à des liens consultés sur twitter que nous redistribuions sur Twitter et un peu sur nos sites ou nos pages facebook. Nos sites et blogs y sont devenus un lien parmi les autres. Petit à petit Twitter et Facebook ont récupéré toute forme de conversation autour de nos communautés d’intérêt. Rapidement les commentaires sur nos sites et blogs se sont taris pour faire place aux “interactions sociales”. Ca nous allait, en fait, la relation interpersonnelle, directe, franche et sans ambage. Ca cadrait avec notre pratique initiale de ces réseaux et le ping de la notification de retweet ou de commentaire a joué le rôle de sonnette d’alarme qui n’existait pas sur nos site: ping, vite vite une interaction dans notre communauté.
Facebook et Twitter ont longtemps gardé le monopole de la conversation chez les gestionnaires de communautés. Ceux qui disent aujourd’hui tout le mal qu’ils pensent de ces outils étaient parmi les premiers à créer du contenu spécifique pour ces plateformes. Que ces communautés soient celles de blogs, d’intérêt ou simplement celles nouées autour de l’aura d’une personne, elle finissaient par s’établir sur facebook et twitter.
“Et Youtube?” “Ben c’est la plateforme où on regarde Norman, Squeezie et Cyprien”
La génération Z se glisse discrètement dans le paysage, avec ses outils, ses codes, ses interactions.
Mais… comme une génération chasse l’autre et repousse ses outils… (les lol journalistes font d’ailleurs figure d’exception à cette règle immuable) de nouveaux acteurs se sont immiscés dans les interstices conversationnels laissés en frîche par Mark et Evan. Mark, futé a acheté Instagram où auraient pu se nouer de nouvelles communautés par la vidéo courte, de nouvelles promotions de groupes d’intérêt. Et comme il continue de rêver que facebook joue ce rôle, il n’a pas particulièrement développé ce côté sur insta ,qui reste un autre Twitter, mais avec des photos et filtres aux yeux de biche. Il n’a pourtant pas pu contenir les assauts de tout le monde, Mark. Sont arrivés les usages de groupes whatsapp (racheté), les snapchat (pas réussi à racheter, mais bien pompé), les tik tok, les twitch, les discord, et tant d’autres qui, petit à petit, sont venus grapiller des parts dans le marché de la conversation entre personnes. Essentiellement les conversations entre très jeunes peu enclins, par habitude de jeune, à adopter une pratique des parents ou des frangins.
A plus petite échelle (des amis, mes potes réels) ou autour de nouvelles pratiques comme le gaming en stream, se sont créées de nouvelles communautés, invisibilisées par leurs thématiques, ou leur outil d’expression, auprès des vieux barbons que nous devenons.
Facebook c’est pour les médias, pour la famille, pour les groupes de revente de chaussures en solde ou pour les rassemblement de gilets jaunes. Twitter, pour les Z, c’est une vitrine un peu obligatoire, un passage obligé. On y soigne plus qu’avant son image de marque et son langage. Le paraître y fait sens. C’est un peu l’équivalent des blogs de ceux qui se foutent complètement de créer un blog. Le reste se passe ailleurs. C’est là qu’on vient faire sa retape
“Et Youtube?” “Ben c’est un des sites où Norman, Cyprien, Squeezie, Amixem, LegrandJD, Louis San, McFly et Carlito, font de la télé dans un studio qui ressemble à celui des morning de Michael Youn sur M6 en 2002.” (Poke Le joueur du grenier)
Depuis deux bonnes années, les gestionnaires de communautés “à l’ancienne”, les vétérans du ouèbe qui aiment avoir des avis sur tout se rendent compte que l’interaction se tarit sur Twitter et facebook, laissant place au trolls institutionnalisés, à l’injure politique, au détournement d’élection, à l’invective par des profils sans followers, à la retape publicitaire… Ou pire à l’indifférence. Aucune alternative “de masse” n’émerge.
Avec la vue qui baisse, ils ne voient pas que la conversation continue, ailleurs, menée par d’autres, sur d’autres thématiques, que parfois ils dénigrent parce que c’est comme ça la déchéance de la vieillesse. Mais nos premiers blogs con-cons “cher journal, hier je suis allé à La République des blogs, c’était super!” valaient-ils mieux que leurs échanges de tips gaming, leur partage de connaissances pointues sur tel type de musique, sur telle technologie, sur tel jeu, sur ces nouveaux outils? Ben non. On parlait de ce qu’on découvrait sur le web. Eux aussi, mais en plus petits comités.
L’indifférence, quand on a bâti une communauté autour d’un site ou de publications ça a peu d’importance. Quand on peut se rabattre sur un taux ou un temps de lecture, on sait qu’un utilisateur qui ne nous parle pas, est peut-être un utilisateur qui pourtant nous lit. Ce n’est pas si grave. Les chiffres parlent. Les gens lisent pendant 17'’ à 1 minute en moyenne, certes, mais ils sont là.
Par contre quand on a construit sa communauté sur son personnage, sur l’expertise relayée par sa page profil, sur le like, le reply, le RT, le follow, qui sont devenus les mètres étalons de cette influence…. Ca doit faire flipper grave de ne récolter plus aucun échange ou alors juste de générer des polémiques organisées par des polémistes rémunérés ou nés sur un sub dans un “petit comité” qu’on a pas identifié.
Les vétérans du ouèbe : ces donneurs de leçons désuètes:
Depuis le milieu de 2018 et début 2019, nous ne comptons plus les livres, les posts, les prises de parole dans les médias, généralement le fait de quadras qui ont connu tout l’essor du web 2.0 puis social, qui viennent nous expliquer que c’était mieux avant, que facebook nous vole “une attention de poisson rouge qui ne se rattrape plus”, que l’excès d’internet nuit à la santé, que l’intelligence collective du web se meurt, qu’il porte atteinte à la psyché, à l’intelligence.
Généralement le fait des mêmes personnes qui nous en vantaient les bienfaits de l’interactions sur les plateformes sociales, il y a une dizaine d’années. Je suis persuadé qu’ils n’étaient pas naïfs, même à leurs débuts. “C’était mieux avant”. Si ça c’est pas la phrase préférée de mon grand-père Georges alors…
Je n’ai pas le temps d’écrire des livres. Et bien qu’auteur sur deux sites avec une audience correcte, j’avoue que parce que j’ai la barbiche qui vire poire et sel, je chonchonne souvent sur les échanges de plus grande qualité via mes réseaux sociaux dans leur forme d’avant 2018.
Certes, les réseaux sociaux vécus à l’ancienne étaient plus vecteurs d’échanges que de simples canaux de communication que ce qu’ils sont devenus.
“Ok boomer” then tant pis.
Ces échanges ont déserté mes outils de ieuv et se sont déportés vers de plus petits comités, sur de nouvelles communautés d’intérêt plus restreintes, de nouveaux outils aux codes que je peine à comprendre . Logique de l’évolution. So what? J’avoue, ca a pivoté quelque part, mais ça ne veut pas dire que c’est mort et que le web a foiré sa mue parce que je ne decrypte plus en temps réel tout ce qui s’y passe. Non?
Que je n’en voie que ça et là des saillies ne veut pas dire que l’essentiel, l’intéressant ne se noue pas ailleurs, autrement, que les jeunes sont désormais vampirisés par la pub ou par Mark, que l’esprit du web de Tim Berners Lee est mort, qu’on va avoir le FN au second tour….
Moi comme les autres, j’ai parfois des discussions passionnantes avec des gens sur whatsapp aujourd’hui, là où on aurait pratiqué le @ il y a quelques années. C’est bien du web. Est-ce parce qu’elle a quitté Twitter la conversation de groupe, en ligne, a disparu? C’est un fait. Ce n’est pas un drame.
J’imagine que globalement là où Tout le Monde ouvrait Twitter et facebook pour y discuter, Un-Peu-moins-de-Monde écume Twitch, Insta, Tik Tok, Line, Discord, WeChat, Whatsapp, Snapchat, Telegram, Viber… aujourd’hui, pas toujours en même temps et y discute pendant un certain temps, ce qui rend la pratique de Twitter plus unidirectionnelle, celle des autres acteurs plus fragmentés. Et? Quand Androïd est arrivé avec un OS qu’on pouvait mettre sur plein de marques de téléphones je n’ai pas geint que le web des apps est mort parce que Apple n’était plus seul sur le marché. Pourquoi ici, alors que l’offre conversationnelle s’élargit je me plaindrais de la fin des monopoles?
Le marché de la conversation s’est spécialisé, diversifié, fragmenté. Il y a désormais plus de deux acteurs qui se l’approprient. Deux acteurs qui sont devenus moins “jeunes et rebelles qu’il y a douze ans quand ils sont nés” qui véhiculent une image “à la papa”. Ben euh normal.
Et je perçois que les conversations n’ont pas disparu, elles se sont juste déplacées vers un endroit où je ne les vois plus toutes. Je n’ai pas suivi le mouvement, vieillard du web que je suis, et je croise plutôt ma mère sur Facebook.
Les Personal brandeurs, pour tenir leur petit biz rémunérateur sur les médias nous vendent tous les ans un next big thing de masse. Tu es média, diffuse sur Snapchat c’est l’avenir. C’est là qu’iront tous les jeunes bientôt. Un an plus tard, rebelote sur Tik Tok, ou sur Twitch.
Spoiler alerte: il n’y a plus de “next big thing” mais plein de “next middle things” où se réétablissent des communautés d’intérêt. Ca va être galère, les médias seront dans l’effroi: ils vont devoir se choisir une stratégie en faisant l’impasse sur certains réseaux. Ils vont devoir se choisir une cible, faute de pouvoir tout produire, pour toutes les communautés. Mais chut malheureux, tu casses le business des consultant ès discours lénifiant pour patron de presse
Je ne suis pas gamer, je ne twitcherai pas, j’ai 20 ans de trop pour adopter les codes de cette plateforme beaucoup plus spécialisée, plus centrée sur certains usages. Je serais ridicule dans l’exercice.
J’en consulte certaines, je vois et tente de piger ce que ceux de la nouvelle génération y fabriquent, c’est encore mon métier et c’est aussi mon plaisir, mais je ne vois pas quelle pertinence j’aurais à essayer de m’y imposer ex nihilo en m’adressant à une cible qui ne parle pas mon langage, avec des codes de daron, sur des sujets qui ne les intéressent pas.
Les sites que j’opère sont toujours en ligne et ils vivent correctement, mes comptes Twitter tournent, j’y interpelle des amis… Tout ça ce n’est plus une boîte à la mode, ce quartier numérique s’est gentrifié. Mais ça tourne. Et le jeune, même s’il s’est créé son “stam café numérique” à lui, sait encore cliquer sur des liens. Il n’y recherche plus toujours le même usage qu’avant.
La digression pour le fun: Linkedin l’Alamo des Davy Crockett du 2.0
A contrario , je m’amuse de voir tous les quadras de mes connaissances se recentrer sur Linkedin pour la discute. Notre Alamo ? L-I-N-K-E-D-I-N !
Le site qui était là depuis le début pour supporter notre flemme de l’échange de cartes de visites, qui nous servait à organiser la communauté professionnelle, à récupérer des adresses mail et des blanc seings pro, mais aucunement à y parler, à intéragir.
Linkedin donc, est en train de se réinventer de silo à grosse street cred pro à endroit où les vieux trouvent encore un auditoire aux pratiques conversationnelles balisées par le 2.0…
Et y obtiennent des réponses, ce qui doit les rassurer, ce qui me rassure quand j’y joue.
Un outil aussi où tous ceux qui ont encore un bout de gras numérique à défendre, viennent expliquer aux acheteurs de lardons, que la petite entreprise personnelle fonctionne encore. Qu’on est capables d’avoir un avis inspirant sur plein de sujets passionnants pour une entreprise, qu’on sait gérer une transition numérique, qu’on est capables de trouver plein de gifs animés formidables dédiés au développement personnel même à plus de quarante ans.
La course à l’égo et à la longue liste de followers, mécanique-doudou des années réseaux sociaux, s’y recrée pour les vieux web-socios à la ramasse des nouvelles pratiques interactionnelles. J’en suis.
Nous ne twitcherons jamais mon bon monsieur, et parler dans le vide sur Twitter ou nos pages facebook ne met pas de margarine dans les pâtes au sel. Alors on se rabat sur Linkedin.
Tandis que dans le même temps les ados et post-ados bâtissent des empires “sociaux”, des “bêtes de discussions” passionnantes sur des outils dans lesquels notre part de voix est plus que limitée. Dans lesquels notre capacité d’adaptation est mise à l’épreuve.

Nous décrétons sur Linkedin, que l’échange est mort sur le web, que désormais seul compte le temps de cerveau disponible refilé à Mark, à Sergeï à Evan. Et nous sommes tout disposés à aller le dire sur les médias moribonds. A la télé, nous voyons beaucoup de gens nous annoncer que facebook a tué le concept du web participatif. A la télé… Ce old old old média.
A titre indicatif, sur linkedin le groupe mobile en France a accueilli trois nouveaux membres en 2019. Il en comptait 1300 depuis 2010… oué, grosse teuf.
Don’t fight the revolutions, embrace ze évolutions
Alors pour rire, et parce que j’aime toujours bien faire des trucs pour tester des machins… NDLR si j’ai pas Alzheimer on va bien se marrer quand je serai en maison de retraite. Je me dis que si je suis un dinosaure, il est encore loin le temps où je me placerai en prédicateur de la fin des internets de l’échange. De toutes façons je connais pas d’éditeur.
J’aime bien voir des initiatives qui s’approprient des outils de jeunes. Pour y parler à qui veut, sans forcément cibler les jeunes. Sans la prétention de parler sur le prochain média de masse
J’aimerais de fait (me) prouver ce que j’avance. J’aimerais vérifier que la discussion a juste changé d’endroit. Et que c’est une affaire de volonté, que d’aller la recréer. Pour le plaisir de tester une nouvelle crémerie, ou de comprendre quel est le moteur sous le capot qui séduit de nouvelles communautés conversationnelles
Alors comme je me vois pas débouler comme un oncle au milieu d’un bal de fin de lycée sur des serveurs Twitch où on va me regarder (en stream) comme le tonton bourré dans une fête de famille, je me dis qu’il suffit peut-être que je déplace ma communauté d’intérêt vers là où je pressens que la discussion peut se nouer aujourd’hui. Pas forcément pour les jeunes. Non juste des gens qui veulent aller tâter d’un truc nouveau pour se rendre compte que ce truc nouveau c’est pas si mal.
Comme il est assez peu probable que j’aille parler stratégie de jeux vidéo avec des gamins qui jouent plus et mieux que moi, que je ne maîtrise pas les techniques de Splatoon, Fortnite, des animés ou d’aucun des sujets qui passionnent les pré-vingtenaires en nombre sur ces nouveaux réseaux de partage… Je prend un des outils que j’ai perçu héberger des conversations, et je me l’approprie. Avec ma thématique, le seul qui me semble pouvoir fédérer l’envie de mon grand (vieux) public.
C’est peut-être en essayant plein de trucs, sans pleurer la fin d’un monde, sans fustiger l’avènement de nouvelles pratiques, sans chercher à s’adresser à “un grand public” qui n’existe plus que dans des niches plus ou moins larges, qu’on arrêtera de porter les oeillères qui nous font sortir de grandes phrases du type: “le web d’aujourd’hui a tué la conversation à coups de trolls”
Gênant moment promo :
Je déplace mes assets vers un des univers des “piticons” avec mon savoir faire depuis 2007 : être à l’affût des évolutions technologiques, des nouvelles pratiques, des nouveaux outils qui rythment la vie en ligne, la vie de nos téléphones mobiles et des rédactions univers dans lesquels j’ai acquis mon expertise professionnelle. Comprendre comment ils marchent, vérifier si je décèle une manière de m’en servir, dans un but utile à tous ceux qui ont mon âge ou certains de mes centres d’intérêt. C’est sûr on dabera mal, mais on dabera avec panache.
Le discord de Mofrance est accessible ici https://discord.gg/KunVfw . Hé ouais ca y est vous êtes à un clic de tester un outil conversationnel de jeune, fait par un vieux , pour des vieux comme lui.
J’espère qu’on aura l’occasion d’y échanger, d’apprendre de nouvelles manières de causer surtout, d’y enregistrer de super épisodes de podcast “l’effarouchement des étourneaux” pour le fun et, tant qu’à faire, que vous y ferez aussi le plein d’infos dédiées à la technologie mobile ou au journalisme à l’heure numérique.
Je dois avouer que l’idée de faire mentir à la fois les quadras blasés et les jeunots qui nous trouvent déjà tous ringards du discours, me plait aussi assez bien.
On est pas que des vieux cons. Après tout. Non mais.
