Et si la technologie nous aidait à mieux manger tout en protégeant l’environnement ? Yes we scan !

La communauté Data for Good rassemble celles et ceux qui veulent façonner des projets concrets et sur mesure en réponse aux nouveaux défis quotidiens qui sont à relever en matière de santé, d’environnement, d’inclusion sociale, d’éducation ou de citoyenneté. Elle offre un cadre vivant et bienveillant où ces projets éclosent, mûrissent et se déploient.

Découvrez l’interview de Pierre Slamich Vice président d’Open Food Facts et accompagné pour cette 5ème saison de Data for Good sur la question clé :comment mesurer l’impact environnemental des produits que nous consommons afin de faire des choix de consommation éclairés ?

Peux-tu nous présenter en quelques mots ce qu’est Open Food Facts ?

Open Food Facts est un “Wikipédia de l’alimentation” qui décrypte les produits alimentaires pour aider les citoyens à faire des choix de consommation éclairés. Disponible sur le web et sur mobile, l’application a permis a plus de 20 000 contributeurs actifs de collecter de l’information sur 700 000 produits alimentaires, dans 200 pays. Cela permet à tous les autres utilisateurs (ils sont plus de 1 million) de scanner des produits et d’obtenir des informations claires et synthétiques sur le produit. Cette information est de plus disponible en open data, et permet par exemple de faire progresser la recherche scientifique.

Quel défi cherchez-vous à résoudre avec votre projet ?

Quand on cherche à trouver un produit alimentaire au supermarché, on est parfois désarmé. Quelles céréales choisir parmi les 30 paquets ? Grâce au Nutri-Score et groupes Nova qu’Open Food Facts calcule de manière citoyenne sur tous les produits du monde, la comparaison des produits est simplifiée : en scannant le code-barres, on peut désormais évaluer le caractère transformé du produits ou leur qualité nutritionnelle en un clin d’œil.

Mais ce qu’il nous manque encore, c’est de connaître l’impact sur l’environnement des produits que l’on consomme, pour ajuster nos comportements alimentaires (par exemple, manger des fruits de saison ou privilégier des viandes dont la production produit moins de gaz à effet de serre). Cela fait plusieurs années que la construction d’un score environnemental est bloquée en France. Pourtant, l’urgence climatique devient de plus en plus massive, et il est grand temps d’adapter nos habitudes de consommation.

Quelle solution allez-vous apporter ?

Avec ce projet Open Food Facts, dans le cadre de Data for Good, on développe un système d’algorithmes ouverts pour estimer l’impact environnemental des produits alimentaires. A partir de ces estimations, on sera capable de donner des conseils personnalisés aux citoyens sur les produits de leur panier, pour des achats plus responsables d’un point de vue écologique. A moyen et long-terme, on espère que notre projet incitera les acteurs à partager plus d’informations sur toutes les étapes de la production et l’acheminement des produits, afin de pouvoir calculer des empreintes carbones complètes, sur toujours plus de produits.

Qu’est-ce-que vous entendez par impact environnemental des produits alimentaires ?

On entend souvent parler de l’empreinte carbone, qui est un indicateur très complexe à calculer, et implique une connaissance approfondie de la chaîne de production d’un produit (en bref, en être le producteur et le distributeur). Notre objectif est donc d’abord de mesurer l’impact environnemental des ingrédients utilisés pour composer le produit, puis d’estimer — si les informations sont disponibles — l’impact sur l’ensemble du cycle de vie du produit (processus de fabrication, d’acheminement des produits…).

Par exemple, pour un plat familial de 1 kg de lasagnes présent sur Open Food Facts: d’après les informations collectées depuis l’emballage, ce produit contient 173 g de bœuf. Si l’on utilise les données de l’ADEME ( l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), cela représente environ 4,94 kg d’émissions de carbone, soit environ 1,64 kg d’empreinte carbone par personne. En les remplaçant par des lasagnes au poulet, votre empreinte sur le côté viande des lasagnes aurait été réduite à 0,27 kg.

Comment allez-vous vous y prendre pour estimer cet impact ?

On a d’abord cherché à collecter et extraire les données existantes disponibles : les informations contenues dans Food GES produit par l’ADEME. On a aussi cherché à générer des données supplémentaires à très grande échelle : géolocaliser les 700 000 produits déjà dans Open Food Facts, extraire des informations supplémentaires qui permettent d’étendre nos calculs à un maximum de produits, et de pouvoir affiner au maximum nos estimations.

Une fois qu’on aura suffisamment de données, on va développer un modèle pour estimer l’impact environnemental d’un produit à partir de plusieurs facteurs. Ce modèle sera construit sur des règles très simples pour être compréhensibles par tous. Par exemple, si le produit est [fraises] + [lieu de production des fraises en France] + [consommateur en France] + [période de consommation n’est pas égale à la saison de production des fraises en France ], alors [ces fraises sont hors saison]. Dès qu’on aura un modèle suffisamment robuste, on ajoutera un encart environnemental sur la fiche du produit d’abord sur le site web d’Open Food Facts puis sur notre app. Ce sera la première brique avant de mettre en place un système complet d’information environnemental sur les produits.

Quels sont les enjeux que vous rencontrez dans le déploiement de votre projet ?

Après juste quelques semaines de projet, on a déjà produit un outil de catégorisation massive des produits et 1,5 millions de photos sont en cours d’analyse pour extraire des données supplémentaires. Pour le Demo Day, on présentera nos premières estimations d’impact environnemental sur une dizaine de produits de base (comme la sauce tomate, l’huile d’olive ..). Notre principal défi est d’ordre méthodologique. Il s’agit bien sûr d’estimations à partir des données de l’ADEME et d’Open Food Facts, et non pas du coût environnemental réel du produit. Si on veut estimer le plus fidèlement possible l’impact environnemental d’un produit à partir de l’impact de ses ingrédients et de son transport jusqu’au lieu de consommation, cela nécessite d’avoir des jeux de données encore plus complets ! Or ces données sont pour le moment très rarement disponibles et réutilisables. Par exemple, on a récupéré les données de géolocalisation des usines dans les 27 Etats membres de l’Union européenne… dans des formats de type pdf. Il y a donc un véritable enjeu d’améliorer la production et l’accès à ces données si on permettre d’aller un cran plus loin dans l’évaluation environnementale des produits.

Qu’est ce qui vous a donné envie de participer à Data for Good ?

On a vu qu’un des projets de cette saison Data for Good avait pour but d’aider les banques alimentaires en se servant d’Open Food Facts. On a été très impressionnés par l’ambition du projet, et on avait eu par ailleurs des échos très positifs de la communauté, de l’ambiance de travail, … et on s’est dit que c’était une super occasion d’avancer sur ce project à très fort impact, avec des gens motivés.