La plus grande force cachée de la Chine, les femmes !

Liu Qinq, copyright Michael Short — Bloomberg via Getty Images

La transformation radicale de la société chinoise redéfinit aussi profondément le rôle de la femme au sein de cette nouvelle Chine

En choisissant comme thème 2017 de la Journée internationale des droits des femmes « Sois hardie pour le changement ! », les Nations Unies rendent un hommage particulier à l’évolution de la femme dans la société chinoise. Fruit de la concomitance de la politique de l’enfant unique et d’une digitalisation à marche forcée, la transformation radicale de la société chinoise redéfinit aussi le rôle de la femme.

Sur le plan économique. La révolution schumpetérienne chinoise repose sur les femmes. Alors qu’aux États-Unis seuls 20 % des cofondateurs de start-up sont des entrepreneuses, elles sont 55 % en Chine à l’origine de créations d’entreprises, rappelant que le sang entrepreneurial reste la denrée rare la mieux partagée dans l’Empire du Milieu. Pour l’avoir sous-estimé, le fondateur d’Uber, Travis Kalanick, dut s’incliner devant Liu Qing, la présidente de Didi Kuaidi, son concurrent chinois. L’occasion pour celle-ci de démontrer les bienfaits du principe éducatif qu’elle confie avoir reçu de son père, le fondateur de Lenovo, le leader mondial des ordinateurs : « Suppose toujours que ce sera dur ». Cette soif féminine d’entreprendre et de réussir est confirmée par le leader de l’enseignement de l’anglais en Chine, le Wall Street Institute, qui y compte 75 % de femmes parmi ses élèves… La plus forte proportion au monde ! On peut y voir l’un des rares aspects positifs de l’héritage maoïste, l’attachement à l’éducation des femmes. On y trouve l’une des principales explications de la réussite économique chinoise des dernières décennies.

Aux États-Unis, seulement 20 % des fondateurs de start-up sont des startuppeuses, quand 55 % des créateurs d’entreprises en Chine sont des entrepreneuses.

Sur le plan familial. Qui a partagé un repas en Chine autour d’une table ronde aura noté qu’il revient toujours à la maîtresse de maison de servir individuellement chaque convive. Autrefois élevée dans la tradition confucéenne à obéir successivement à père, mari puis fils, la femme chinoise profite de la modernisation de la société pour s’émanciper. Ainsi des marques de « style de vie » ont su surfer sur la vague des nouvelles « ME Mums », ces mères qui, tout en continuant à veiller à l’harmonie familiale, consacrent du temps à elles-mêmes. Cette même émancipation touche les « abandonnées » : ces femmes proches de la trentaine toujours non mariées, jugées traditionnellement perdues. La marque chinoise de cosmétique SK-II a fait sensation l’an dernier au travers d’une campagne publicitaire retentissante, « Change Destiny », dont le principal spot attira près de 50 millions de spectateurs, montrant le fossé croissant entre la jeune génération chinoise et la précédente.

Sur le plan sociétal. L’élément le plus marquant de la dernière décennie chinoise reste l’émergence d’une opinion publique sur les réseaux sociaux. Les dénonciations de la fausseté de « la société harmonieuse » prônée par le gouvernement y ont d’autant plus de poids qu’elles touchent à des thèmes auxquels les femmes sont les plus sensibles : pollution, sécurité alimentaire, corruption…

On voit donc que s’arrêter à la seule sous-représentation massive des femmes dans la sphère politique chinoise ne rend pas compte de leur vraie influence dans le pays. A l’image même de la famille du Président Xi Jinping, dont le père Xi Zhongxun, lorsqu’il fut consulté par Deng Xiaoping au début des années 1980 pour désigner le représentant familial responsable de ses intérêts économiques, préféra sa fille ainée Xi Qiaoqiao, jugée plus brillante, à son fils cadet.

Point de vue publié dans L’Opinion le 8 mars [2017], journée internationale des droits des femmes