david groison
Apr 13, 2018 · 16 min read

Janvier 2017, au LLL.

Du papier ? Les jeunes ont-ils encore le goût, l’envie, le besoin de lire un magazine ? Nous avons posé la question à de jeunes adultes au Liberté Living Lab, un lieu dédié au « tech for good », la technologie au service du bien commun. Enfin, nous n’avons pas posé la question ainsi. Nous leur avons demandé d’inventer le média de leur rêve. Avec des images découpées, des post-its, des mots jetés sur des paperboards pour ouvrir le champ des possibles. Tous nous parlent d’applis, de chaînes YouTube, de chatbots qui délivrent des infos sur Messenger, de podcasts, de pages Facebook, de comptes twitter et de newsletters. Mais du papier ? Rien de pire que de feuilleter des pages, sans entrer dans tous les sujets. Parce que cela renvoie une mauvaise image de soi. « La pile de quotidiens qui s’accumule sur mon bureau, ça me rappelle que je n’ai pas pris le temps de les lire, que je ne les mérite pas », confie Thibault. « Et puis, si on ne le lit pas tout, c’est du gâchis. C’est pas écolo », ajoute Emilie. Mais leurs yeux brillent en imaginant un objet qu’ils auraient envie de garder. Pour cela, il doit être la promesse d’une expérience forte, intense, qui se vit en une fois. Oui à un magazine vraiment utile. Pas un journal qu’on laisse trainer dans le salon, avec des dossiers qu’on pourra lire plus tard… Oups, nos 92 pages de Phosphore me semblent soudain bien impressionnantes.

Février 2017, le grand frère d’Okapi et Astrapi.

Je pose la question à Agnès, à Bayard depuis plusieurs décennies.

- Est-ce que tu sais pourquoi Astrapi et Okapi sont bimensuels et pas Phosphore ? Y’a-t-il une raison ?

- Je ne crois pas…

Quelques jours plus tard, elle pose sur mon bureau un « zéro » des années 90, un projet de Phosphore bimensuel. Mais aussi riche et fourni que celui qui paraît chaque mois. Nous nous disons que le rythme du bimensuel a un grand avantage, il permet d’être présent plus souvent dans la vie des adolescents, de renforcer le lien qui existe entre eux et nous, de faire vivre une vraie communauté. Mais cela ne peut pas être le même journal qu’aujourd’hui coupé en deux. Il faut l’alléger, le rendre moins dense. Et en même temps indispensable. On passe un pacte avec Agnès, la responsable du développement éditorial à Bayard Jeunesse : et si on en faisait un exercice ? Si on imaginait un Phosphore bimensuel de 52 pages, à quoi ressemblerait-il ? J’en parle à la rédac. Une vague d’enthousiasme, de curiosité, de questions… On le tente ? On le tente !

Mars 2017, la question du Why

A quoi sert Phosphore ? Nous décidons de ne pas répondre tout de suite, mais de poser la question à des adolescents et à leurs parents. A quoi servirait un magazine pour les 14/18 ans aujourd’hui ? On reposera la question tout au long des rencontres que nous ferons (et nous en ferons beaucoup, plus de cinquante séances, plus de 300 personnes entendues) mais très vite, des premières réponses s’esquissent.

- Nous devons les aider à se projeter dans le monde de demain, en présentant des projets innovants, des jeunes qui se bougent, des actus positives. « Je ne suis pas l’actu, car c’est trop déprimant », nous confie Sophia. « Les médias peignent tout en noir, ils cherchent toujours la petite bête », ajoute Lucie. « Chômage, guerre, climat… J’ai l’impression qu’on va dans le mur en klaxonnant », rapporte Ceylian. Or il existe plein d’actus positives, ils en sont persuadés. Il suffit juste de changer de lunettes pour regarder le monde.

- Nous allons fournir des réponses aux questions que les jeunes se posent sur l’actu, la santé, l’intime, les études, les métiers… « Où en est Daech ? », « Comment être baraqué dans faire de muscu ? », « Comment négocier un truc avec ses parents ? ». Toutes les questions se valent et les intéressent. A nous d’y répondre.

- Nous devons enfin leur « ouvrir des portes ». Pour nous, cela veut dire leur proposer des sujets étonnants, des métiers qu’ils ne connaissent pas, des artistes à découvrir. Inventer aussi de nouvelles façons de raconter le monde : en photos, en BD… Prendre le temps de la rencontre, de l’immersion.

Avril 2017, le partage d’inspirations

La rédac se lance dans une phase d’inspiration. Numérique d’abord, grâce à un slack dédié où nous postons des visuels, des sujets, des vidéos, des typos que les rédacteurs, les graphistes, l’iconographe, les secrétaires de rédaction trouvent inspirants. Il est toujours actif et alimenté. Physique ensuite. Chacun a imprimé, coupé, déchiré des inspirations. On les rassemble, et dans le regard de chacun, on devine autant d’étincelles. Cette double page visuelle, cela nous donne envie d’avoir la nôtre. Cette interview sous forme de SMS, cela nous pousse à inventer de nouvelles formes éditoriales. On partage chaque jour des images de sushis en laine, une info sur une encre fertile, la blockchain expliquée en pas à pas par le collectif BAM, des Norvégiens qui font du surf sur une mer gelée…

Mai 2017, 66 UNES

Nous partons deux jours à l’abbaye de Saint Jacuq, à deux pas de Saint Malo. Persuadés que l’on est plus créatif face à la mer, entouré de la beauté de la nature et des lieux. Nous pique-niquons sur la plage, et vivons ensuite un rêve de lycéen : il fait assez beau pour « faire cours dehors ». On se pose dans l’herbe, avec des feutres et des grandes feuilles, et partageons nos idées au soleil. Le premier jour, nous imaginons des modes de traitement, des nouvelles rubriques, une façon de les ranger qui correspondrait aux besoins des ados et des parents. Et le deuxième jour, on lance la question : et si nous programmions une année de Phosphore, quels sujets mettrions-nous en couverture ? Trois groupes s’y mettent. Et le partage nous enthousiasme. Passer à une vingtaine de couv’ par an ouvre le champ des possibles. Laurence, notre assistante, les rassemble : « 24 heures dans votre cerveau », « dans l’industrie du manga », « les métiers de 2040 », « la story de Netflix », « Mai 68, ta grand-mère sur les barricades ». Grands éclats de rire…

Juin 2017, des groupes de travail

Nous décidons de ne pas arbitrer. Chacun peut creuser les pistes auxquelles il ou elle croît. Fleur lance un test sur l’actu (« pour ou contre Uber ? »), Apolline travaille sur des nouveaux modes d’interview, Stéphane met en scène une arbre de décisions, où le lecteur circule pour savoir si on peut faire des sciences, même si on n’a pas fait S.… On essaie des choses, on se les présente, on voit là où ça bloque. Marion discute avec des lycéens en stage à la rédac : elle leur propose un tuto pour négocier un truc avec les parents, avec des conseils et des anti-conseils. Elle trouve un ton ! On se marre : c’est au fond une version ado du Pik et Pic des vieux Astrapi. Raconter à d’autres son problème permet aussi souvent de le résoudre. Je bloque ainsi sur un dilemme. Nous avons aujourd’hui dans la séquence « actu » des pages où nous présentons des projets porteurs de sens, et dans la séquence « études » des pages où nous parlons des métiers. Sans aucun lien entre eux. Comment les lier ? Ajouter des pages métier à un magnifique reportage sur un jeune adulte qui a construit un bateau écolo, autonome, pour faire le tour du monde pendant un an, cela abime tout. « Ils nous font rêver, pour nous vendre en fait une licence à Lorient… » Mais si on ne fait pas le lien, on ne dit pas que les métiers qui comblent une vie sont ceux qui partent de projets atypiques, de passions, d’activités d’abord « extra-scolaires » avant de devenir « professionnelles ». J’en parle avec Agnès, la responsable du développement éditorial de Bayard. En lui racontant, la solution nous apparaît à tous les deux : pourquoi ne pas en faire une rubrique finale ? « Vous avez aimé l’article sur le bateau, devenez constructeur naval », « Vous avez aimé le reportage sur les Beaux-Arts, devenez artiste plasticien ».

Septembre 2017, un premier zéro

Nous réalisons un Phosphore de 52 pages articulé autour de 3 tensions : défricher (les nouvelles tendances, les métiers émergents, les projets excitants), ouvrir les portes (de grands formats qui dévoilent des choses) et accompagner (aider le lecteur à s’y retrouver). Nous multiplions alors les rendez-vous avec des groupes de 5 à 10 jeunes (au lycée Rodin à Paris, au lycée Genevoix à Montrouge, au lycée Notre Dame de Mongré à Villefranche…) et des parents (amis à l’extérieur et collègues de Bayard). Nous notons l’ensemble de leurs réactions et les rassemblons dans un slack dédié. La méthode permet d’entendre vraiment ce que les jeunes et leurs parents ont à nous dire. S’ils n’aiment pas une maquette, un titre ou un sujet, nos ego sont protégés : nous n’avons pas peaufiné encore l’objet. Si le titre ne leur plaît pas, c’est parce que nous ne l’avons pas assez travaillé, nous ne sommes pas encore assez précis. Et en même temps, ce que les uns et les autres disent pour justifier leurs dégoûts, leurs emballements et leurs indifférences, est précieux : cela nous évite de creuser trop loin une fausse piste, de prendre la bifurcation à temps, de rebrousser chemin s’il le faut.

Octobre 2017, le partage des verbatim

La mise en commun des témoignages et réactions nous permet d’imaginer une V2. Une seule séquence a été repérée, comprise et plébiscitée par tous. Un “coin des experts” sur 8 pages, où la rédac réponds aux questions des jeunes, quelles qu’elles soient (faut-il avoir peur de la Corée du nord? Comment nager le crawl? Quels films regarder pour Halloween ?). L’éclectisme des questions, la diversité des réponses, et le ton léger pour dire des choses importantes, séduisent. Les modes de traitement sont variés. Les graphistes ont imaginé ces pages avec deux couleurs seulement. Cela leur donne un look repérable. Marie-Christine Bazin, qui a développé une grande expertise sur les papiers, les posters, les formules techniques avec toutes les surprises contenus dans Astrapi, Pomme d’Api, Youpi, travaille avec nous. Elle nous propose même une autre sorte de papier, plus bouffant, pour cette partie (ce sera finalement abandonné pour de sombres histoires d’argent). Les autres rendez-vous sont moins compris, moins identifiés. Alors nous creusons les « verbatims ». Et si jeunes et parents ne comprennent pas nos grandes doubles visuelles censées séparer chaque partie et donner une intention éditoriale (un enfant qui tient un éléphant par la trompe, pour lancer la partie « accompagner »), ils disent aussi leur joie face à une belle photo, des images fortes, inattendues. Ania, l’iconographe, est heureuse d’entendre à quel point les images touchent les jeunes. On jette alors l’idée d’une photo pour donner une simple intention, mais on garde l’idée de photos sur une double page, sans beaucoup de texte pour ouvrir des grands formats, pour donner une info en une image.

Nous décidons aussi de resserrer encore plus notre propos. Le magazine s’ouvrira sur un premier temps fort : “13 raisons de se réjouir”, des infos qui permettent d’aimer le monde tel qu’il est, de s’y projeter, de s’y plaire. Avec du journalisme de solution, des choix culturels, des nouvelles têtes et de nouvelles idées. Pourquoi « 13 raisons » ? Pour faire référence à la série de Netflix, qui montre comment une ado prise dans une spirale noire est poussée au suicide. Nos 13 raisons à nous créeront des spirales positives qui donnent envie de se bouger, de se projeter dans l’avenir, de se réjouir du monde tel qu’il est. Et nous allons y consacrer quinze pages. Une info par page, pour donner de la place à des images étonnantes, des jeunes qui s’engagent, des projets qu’il faut décrypter.

Ces deux parties créent enfin un écrin pour nos longs formats centraux. Choisir le court en entrée et en sortie, cela nous permet de s’autoriser le format long au milieu. Plus de papiers « moyens », de formats hybrides, de petits encadrés rajoutés pour rendre un dossier plus digeste. On peut prendre le temps de raconter une histoire. Par exemple, huit pages pour suivre une étudiante de 18 ans aux Beaux-Arts, son année racontée mois après mois…

Décembre 2017, un picto pour Phosphore

Ca veut dire quoi Phosphore ? La question revient depuis de nombreuses années. Le titre du magazine n’évoque plus rien, ne rencontre pas d’échos auprès de notre public. C’est au fond un péché originel. Aux lycéens et collégiens qui me posent la question, je raconte qu’en 1981, « phosphorer » était synonyme de « brainstormer ». C’était un mot jeune pour dire que l’on mettait son cerveau à l’action. Comment réhabiter ce mot ? Pascal, le président du directoire de Bayard, nous suggère de le compléter : pourquoi pas transformer le titre du magazine en « Tremplin Phosphore », ou « Phosphore lab » ? La proposition nous ouvre des digues, et la rédaction se met à imaginer des baselines et des pictos. Phosphore, cela évoque un truc lumineux : phosphorescent, fluorescent… On lance des idées d’objets pour l’incarner : un phare, une lampe torche, une flamme… Julien propose une allumette. Cela nous plaît : cela dit l’étincelle que l’on aimerait déclencher chez nos lecteurs. Cela dit la modestie du propos : on éclaire nos lecteurs, mais sans se prendre pour des phares de la pensée. C’est aussi un petit objet que l’on peut transporter avec soi, que l’on partage, que l’on peut associer à des jolis moments (un feu de camp). Magnus, le directeur artistique, propose à Geneviève Gauckler de s’en emparer, de nous dessiner ce nouveau picto/logo.

On travaille alors sur notre accroche. Finie la simple promesse d’un mag « générationnel » avec « Vos années lycée ». On réaffirme notre utilité : Phosphore « le mag qui t’éclaire ». Sur les chemins à suivre, sur le monde qui t’entoure. Et qui entretient le petit feu intérieur en chacune et en chacun.

Janvier 2018, des verbes comme têtières.

En fouillant le slack, en remontant le fil de nos inspirations, je retombe sur cet article publié par une prof doc. Là où elle avait des classements classiques ayant fait ses preuves…

500 Sciences

520 Astronomie

530 Physique-Chimie

570 Sciences de la Vie

Elle a décidé de mélanger les ouvrages documentaires et de fiction, autour de thématiques qui parlent aux jeunes : « Vivre ensemble », « Découvrir son corps », « Observer la nature », « Créer »… Elle raconte : « Repenser le CDI c’est repenser les espaces et ce qu’on peut y faire, c’est réexaminer sa posture d’enseignant, sa position physique et son rapport aux élèves et à la communauté. Enfin, c’est aussi observer finement les pratiques des élèves lorsqu’ils viennent au CDI, c’est être en posture d’écoute par rapport à leur attente et en même temps pouvoir par la place d’une table, d’un livre ou d’un jeu, induire des usages qui leur permettent des apprentissages. »

Cela nous correspond. Nous aussi, nous ne rangerons plus le magazine avec des têtières héritées du passé « actu », « culture », « santé »… Nous dirons les émotions que l’on promet aux lecteurs. Nous voulons être un « offreur d’opportunités » : nos têtières permettront de les saisir en un coup d’œil. Avec Phosphore, on pourra « s’engager », « comprendre », « rencontrer », « explorer », « rire », « vibrer », « se projeter »… Et pour nous aussi, ce ne sera pas un simple relooking. Cela veut dire que les chefs de rubriques n’ont plus un certain nombre de pages à remplir chaque mois. Ils doivent faire vivre leurs thématiques dans l’ensemble des rubriques. Marion, la rédactrice en chef adjointe, écoute chacun, identifier leur expertises d’aujourd’hui, celles qu’il ou elle aimerait développer. On redessine aussi les attributions de chacun. Et Clotilde, notre secrétaire générale, imagine des modes de fonctionnement. Cela demande plus d’agilité, plus de flexibilité, des rendus d’articles moins automatiques. Il faut être créatif pour rendre tout cela opérant !

Janvier 2018, nos ambitions

J’ai la chance de faire partie du think tank « Vers le haut », autour de l’éducation. Première réunion aux Apprentis d’Auteuil. Sur le mur, je découvre leur poster « Devenir des hommes et des femmes, c’est… »

Et je réalise que notre nouvelle formule permet d’accomplir les ambitions de chaque branche. Mon regard circule.

- « Inscrire sa vie dans l’histoire ». Cela s’incarne en de multiples petites branches, comme connaître et être fier de ses racines, de sa culture, ou apprendre à prendre du recul par rapport à l’actualité, à l’Histoire. Dans notre deuxième numéro, nous titrons « Mai 68, ta grand-mère sur les barricades ». Fleur rencontre les grands-parents de nos lecteurs. Ils avaient leur âge en mai 68. Ils nous racontent leur révolution. Nous serons là pour aider les jeunes à explorer une histoire à la fois familiale et collective.

- Autre branche : « prendre soin du vivant, de l’avenir, de la planète ». Phosphore veut faire vivre cette belle promesse. « Comment aider vraiment les animaux » annonce-t-on dans le premier numéro. Aziliz raconte l’histoire de ces grands et nouveaux acteurs de la lutte pour la condition animale. Et travaille avec eux pour que les jeunes de moins de 18 ans puissent participer à leur action, puissent raccrocher leur petit wagon à ces belles locomotives. Sébastien, petit-fils de boucher et co-fondateur de L214, nous répond avec enthousiasme. D’une voix douce, il nous aide à imaginer une mise à l’action en 3 minutes, en 3 semaines, en 3 mois.

- « Vivre en relation avec les autres et le monde ». Cette belle branche a de multiples ramifications : grandir dans l’estime de soi, communiquer avec autrui, apprendre l’altérité, prendre des responsabilités, expérimenter l’engagement solidaire. Dans chaque numéro, nous mettrons en avant des jeunes qui s’engagent, qui construisent un projet seul ou à plusieurs. Lars construit une maison écologique et mobile à seulement 17 ans. Allan met en place une plateforme pour que les joueurs pro trouvent en ligne des sparing partner pour s’entrainer à leur jeu vidéo préféré. Nous répondons aussi aux questions intime et du corps, avec les comédiens Nadjellica et Sacko qui construisent un nouveau programme YouTube avec nous. Apolline suit cette transformation audiovisuelle que nous menons en parallèle et que nous lancerons en même temps que la nouvelle formule.

- « Découvrir la valeur de sa vie, de la vie ». Exercer sa liberté. Faire l’expérience de l’intériorité. Se construire une pensée personnelle et l’exprimer… En donnant la parole dans chaque numéro à un garçon ou une fille de leur âge qui se confie, qui raconte une expérience de vie qui l’a profondément changé, nous voulons faire réfléchir nos lecteurs et lectrices à la condition humaine, les faire passer du singulier à l’universel. Dans le premier numéro, une fille de 18 ans raconte son expérience de capitaine de football américain dans une équipe de garçons. Dans le deuxième, un jeune homme montre comment il a surmonté son accident de mobylette et sublimé sa vie en fauteuil…

Février 2018, les métiers

Nous construisons la dernière page « il y a un métier pour ça ». Ca débat : faut-il des témoignages, des paroles incarnées, des jeunes professionnels qui racontent leur quotidien, avec des anecdotes, des histoires qui permettent de dépasser les mots trop flous comme « créatif », « ouvert », « agile »… ? Ou faut-il des fiches qui donnent les grandes lignes : ce qui définit un métier, les études et les salaires ? Anne-Sophie, en charge de ces questions, travaille à un projet vidéo avec Emmanuel : « Mon métier en deux minutes », où un jeune pro raconte son métier à coup de petites histoires persos et de gifs qui illustrent son propos. Cela semble alors évident : à chaque média sa fonction. Une expérience singulière en vidéo, une fiche plus universelle sur le papier. Développer une galaxie, avec du papier, une appli d’actu (give me five, by phosphore), des vidéos sur youtube… permet d’arbitrer et d’affiner nos choix. Marion regarde nos fiches métier… Elle se pose la question : qu’écrit-on alors ? Ingénieure spatiale ? Ingénieur spatial ? Ingénieur(e) spatial(e) ? Nous décidons que dans cette rubrique qui donne tous les 15 jours des pistes pour se projeter, il faut que garçons et filles se sentent totalement à l’aise. On opte pour l’écriture inclusive, sur laquelle nous débattions depuis des mois… Ce sera « Ingénieur.e Spatial.e ».

Mars 2018, à tu et à toi

Sur les story d’Instagram, Mathilde propose des choix : quelle couv préferez-vous ? quel logo ? quel sujet ? Les réponses confortent nos intuitions, valident le travail de co-construction que nous menons avec nos lecteurs depuis un an. Ouf. Lauriane propose aux jeunes qui nous suivent avec l’appli « Give me five by Phosphore » de nous poser leur question sur l’actu. « Qui garde les prisonniers quand les gardiens sont en grève ? », « Où en est la situation en Catalogne ? »… Cela valide l’esprit de notre dernière partie : vous avez des questions, nous avons des réponses. Avec Isabelle et Clotilde, on débat de l’emploi du « tu » et du « vous ». On avait peur du « tu », que cela fasse démago, que cela ressemble à ces adultes qui disent « djeun’s ». Nous voulons être des grands frères et grandes sœurs, qui s’adressent aux jeunes avec bienveillance, sans condescendance, sans faire croire que nous avons le même âge, mais sans surplomb non plus. Alors, c’est parti : ce sera « le mag qui t’éclaire ».

Avril 2018, on boucle

On boucle notre premier numéro. Nathalie, responsable de la presse jeunesse, qui nous a aiguillé et épaulé tout au long de notre parcours, qui a posé les petites questions qui dérangent, qui nous ont obligé à affiner, à mieux formuler nos intentions, nous donne les moyens de réussir. Les délégués commerciaux de Bayard Jeunesse, les responsables de la régie Bayard Média Développement, les kiosquiers… Partout cela frémit, les retours sont bons. Stéphane, au service marketing, parle aux uns et autres, et revient avec un grand sourire. On a pensé qu’à nos lecteurs et à leurs parents pendant 16 mois. Tous les acteurs autour de nous, nous les avions un peu mis de côté. Mais de les voir là, prêts à accompagner notre nouvelle maison de papier, cela fait chaud au cœur… Ah oui, maison de papier… Bayard investit encore une fois sur le papier, pour les ados. Et la maison de papier… C’est l’histoire d’une bande, qui veut réussir son braquage un peu particulier… Allez, on embarque aussi La Casa de Papel dans notre numéro 1. On espère que ça nous portera chance.

david groison

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Redacteur en chef de @MagPhosphore (Bayard) Co-auteur de Prises De Vue, PhotosChopées & L'histoire vraie des grandes photos (Actes Sud Junior) .

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