7 paramètres pour mettre en oeuvre l’apprentissage entre pairs

L’apprentissage entre pairs conçu par WAP — We Are Peers est une pédagogie qui permet à un groupe d’apprendre par lui-même en se partageant et produisant des connaissances ensemble.

Cette pédagogie est opérée par des facilitateurs qui dirigent le processus d’enseignement mutuel à l’aide des outils digitaux. Une session donne toujours lieu à une production de groupe sous forme de wikis ou de tutoriels. Tout vise à placer le groupe dans les conditions qui leur permettront d’apprendre le maximum les uns des autres.

En tant que facilitateur, votre rôle est de mettre en place toutes les conditions afin que le participants interagissent entre eux et apprennent le maximum les uns les autres au sein des groupes de pairs.

Nous avons identifié 7 paramètres clés pour assurer le succès des sessions. Les voici.

  1. Définition de l’objectif avec l’organisateur et les participants
  2. Constitution et profil du groupe
  3. Le profil et le rôle du facilitateur
  4. Le formulation et le déroulé des questions
  5. Le rappel du contexte
  6. Installation des lieux et du matériel
  7. Mise en oeuvre de toutes les étapes de la méthodologie
Session entre managers animée par Isabelle Werlen Eschalier

Commençons par le premier point.

1. Définition d’un objectif d’apprentissage utile à tous

  • Bien définir les objectifs et les résultats attendus

Une session d’apprentissage entre pairs est souvent commandée par un “client” à destination d’un groupe qu’il s’agisse d’une équipe oud’une classe. La définition de l’objectif doit se faire en collaboration avec le client et le groupe cible. On parle alors de contrat triangulaire ou tripartite. Comprendre la position et les éventuelles craintes de chaque partie prenante permet de faire en sorte que la relation se passe au mieux;

En tant que facilitateur, vous pourrez être amener à penser que les interlocuteurs (client et groupe) sont méfiants et résisteront à toute forme d’influence externe. Ce sentiment est nourri si des infos clés ne vous sont pas communiquées dés le début.

En ce qui concerne le groupe cible, il ne connaît pas réellement l’esprit ni quelquefois le contenu détaillé du contrat passé entre vous et le client (son responsable hiérarchique). Il peut se méfier d’objectifs organisationnels contraires à ses intérêts.

Enfin, le client peut craindre des dérapages contraires à la stratégie ou aux objectifs de l’entreprise, au respect du statut de la hiérarchie, voire au bon déroulement de l’intervention dans le cadre défini par le contrat. Il aura donc besoin de points réguliers et partagés.

Nous préconisons donc :

  • des contrats écrits et partagés entre toutes les parties prenantes.
  • De nombreux “points” de visu, écrits et partagés avec toutes les parties prenantes, effectués tout au long du parcours d’accompagnement.
  • Des objectifs concrets et mesurables qui serviront à assurer le succès de l’apprentissage entre pairs.
Pour résumer le point de vigilance : Il arrive que le client (synonyme de la hiérarchie) identifie un groupe cible comme étant les responsables de dysfonctionnements organisationnels et souhaite engager des actions de formations envers ce groupe. Or, souvent la nature des problèmes est systémique et la responsabilité est beaucoup plus partagée. Il est donc important de bien identifier les vrais enjeux et objectifs quitte à demander à élargir le groupe cible bénéficiaire de l’apprentissage entre pairs.
  • Un objectif aligné aux motivations et préoccupations du groupe cible

L’objectif d’apprentissage doit être nécessairement utile au groupe cible, autrement dit aligné aux préoccupations et enjeux du groupe ainsi qu’au client. L’idéal est que l’objectif soit non seulement important mais aussi motivant, intéressant pour les personnes du groupes.

L’objectif doit être suffisamment spécifique au profil du groupe et suffisamment large pour correspondre aux différentes équipes constitutives du groupe.

Par exemple, l’objectif de l’apprentissage entre pairs au sein d’un groupe de managers était : “Utiliser les outils digitaux dans mon quotidien de manager”
Les sous-groupes se sont créés autour des thématiques suivantes : “Utiliser les outils digitaux … pour mieux collaborer, pour apprendre autrement, pour mutualiser, pour engager.”
  • Un objectif qui s’énonce en une phrase clé (pas de doubles objectifs)

Un bon objectif est celui que l’on peux formuler un en une phrase clé de la manière suivante VERBE D’ACTION A L’INFINITIF + OBJET + COMPLÉMENT.

Evidemment, si vous avez plusieurs objectifs de formation entre pairs, il est préférable de faire deux parcours consécutifs que un parcours WAP avec des objectifs paradoxaux.

Préférez les verbes d’actions qui sont opérationnels, tels que proposés dans la taxonomie de Bloom (modèle pédagogique proposant une classification des niveaux d’acquisition des connaissances).

Exemples d’objectifs à faire et à ne pas faire :

Objectif au sein d’un groupe d’étudiants de promotions 1, 2, 3, 4 : Trouver un stage ou un métier qui m’intéresse

Commentaire : Il y a plusieurs promotions de plusieurs années, au moins 20% des participants ont vécus une expérience professionnelle intéressante, l’objectif est motivant ou du moins important pour tous.

Objectif au sein d’un groupe d’étudiants année Bachelor de retour d’un stage “ouvrier” : Définir mon orientation professionnelle à partir de mon expérience de stage en prospection

Commentaire : 3 problèmes

L’objectif est double “définir son orientation professionnelle” (objectif 1) et “faire une retour de stage” (objectif 2), pour l’objectif 1 le groupe de pairs est trop spécifique, pour l’objectif 2, la thématique de stage était imposée, la plupart du temps les étudiants ont été vendeur en boutique et n’ont pas beaucoup appris sur leur orientation. L’objectif n’est donc pas suffisamment important, ni motivant.

2. Constitution et profil du groupe cible

  • Constitution du groupe de pairs en fonction de l’objectif

Le groupe doit être constitué en fonction de l’objectif. Par exemple, au sein d’une école de vente, l’objectif est d’accompagner des alternants à utiliser un outil de CRM (Customer Relationship Management) afin d’être plus efficace dans leur démarche commerciale. Dans la promotion 2, la plupart des étudiants sont en phase de découverte de l’outil, alors que les alumnis de la promotion 1 l’utilisent quotidiennement. Le groupe de pairs idéal est donc constitué de participants de la promo 1 et d’alumnis de la promo 2.

  • Diversité des pairs en profils et en niveau de connaissance

Un bon groupe cible n’est pas seulement caractérisé par sa parité, mais aussi sa diversité, en terme de rôles ou de nationalités. Ainsi, le groupe cible sera idéalement constitué de plusieurs équipes ou services mélangés, ou encore en inter promotion. De manière plus spécifique, il faut plus de 20% de personnes avec de l’expérience sur le sujet enseigné dans un groupe cible. Par exemple, dans une session entre pairs sur le “Comprendre le fonctionnement technique des applications monétiques” dans une équipe technique, le groupe rassemble 1/3 de développeurs minimum, 1/3 de testers et 1/3 intégrateurs.

Si tous les membres du groupe sont débutants, il faudra concevoir un dispositif “blended” mixé avec d’autres méthodes pédagogiques et surtout la présence d’un facilitateur expert sur sujet ou des personnes ressources (experts).

  • Taille du groupe supérieure à 20

Puisque le groupe cible idéal rassemble plusieurs équipes, la taille du groupe idéale est souvent supérieure à 20 participants.

3. Rôle et profil des facilitateurs

Les facilitateurs sont souvent plusieurs, minimum 2 pour gérer un groupe de 30, et puis minimum 7 pour un groupe supérieur à 100.

Si l’on respecte les conditions de succès d’un groupe divers en niveau, le facilitateur n’a pas besoin d’être expert sur le sujet, il doit seulement appartenir au groupe “pair”.

De préférence, le facilitateur est un pair, un membre du groupe ou de l’équipe. Il a le même langage, il partage les préoccupations, il est respecté des autres, il comprend les besoins.

Dans le cas d’un groupe de pair débutant, Le facilitateur doit avoir une solide expérience sur le sujet pour challenger les participants et donner les bons exemples, voir même se faire accompagner de “personnes ressources.”

Pendant la session, le rôle du facilitateur est de favoriser d’ouverture, l’autorisation, de donner la permission et la motivation, être positif.

« Ex: bien dormir la veille, méditer, trouver sa routine pour atteindre son okness » (Pour aller plus loin, voir techniques d’analyse transactionnelle)

4. La formulation de questions alignées à l’objectif

  • Formulation des questions pertinentes

Les instructions ou “questions” orientent la direction des échanges et donc des apprentissages. Les questions doivent êtres courtes, spécifiques et positives. Les questions peuvent portent sur les expériences passées, les connaissances, ou encore ce qui compte pour les participants. Poser une question au groupe ne suffit pas, le facilitateur enrichit par des exemples issus de son expérience personnelle, il donne ainsi le niveau de détail attendu dans la réponse.

Exemple de questions à poser

  • Des questions sur les experiences des participants marquant et positif sur le sujet
  • Des questions sur les savoir-faire et les savoir-être
  • Des questions sur les aspirations des participants

La clé est de constituer des groupes de pairs avec des participants intéressés et un minimum de personnes qui maîtrisent le sujet. Si aucuns des participants ne maitrisent le sujet, le groupe devra aller chercher des personnes ressources, et des temps de recherches et de pratiques personnels devront être prévus.

  • Critères de match alignés à l’objectif

A partir de leurs réponses, les étudiants vont donc se regrouper autour de sous-thématiques dans le cadre du sujet. Il faut qu’ils puissent travaillent en alignement avec leur thématique de groupe.

Par exemple au sein d’un groupe de techniciens, l’objectif est le suivant : “Utiliser la continuous delivery dans le contexte de l’entreprise”, les participants font émerger des cas d’usage tels que “La continuous delivery pour l’installation et déploiement”, ou encore “La continuous delivery pour le développement & debug” ou enfin “pour améliorer mon efficacité dans mon métier de developer”. Chaque groupe va donc travailler sur son cas spécifique.

5. Bien préparer son introduction

Il est important de donner le ton au début en rappelant la pédagogie de WAP dés le début. L’idéal est d’inviter l’autorité reconnue au début pour expliquer le contexte, donner la légitimité et l’importance de la démarche. Dans l’introduction, parler de la philosophie de l’apprentissage entre pairs, l’intérêt pour les participants.

Le facilitateur donne et incarne l’autorisation de s’ouvrir et partager. Voici les grandes étapes d’introduction de la session :

Je suis XXX, facilitateur We Are Peers, ravi∙e d’être là parmi vous pour cette occasion unique d’apprentissage entre pairs.
(Pause : prends le temps de regarder plusieurs personnes dans la salle)
Problème :Vous êtes peut-être déjà tous ennuyés dans une classe ou avez abandonné un parcours e learning. Pourtant une méthode universelle d’apprentissage qui vous parle tous : apprendre en enseignant aux autres à ses pairs. Dans un groupe de pairs : On parle le même langage/On a les mêmes challenges/On a envie de partager son savoir
(Pause) We Are Peers est né de ce constat. Et permet aujourd’hui aux groupes d’apprendre par eux-mêmes tout en produisant du savoir
(Pause) 1) Tout a démarré par un projet de recherche avec une visite à la design school de Stanford 2) Début 2016, la pédagogie We Are Peers est devenue le premier cours d’apprentissage entre pairs diplômant à emlyon 3) Suite à nos publications sur Harvard Business Review, nous avons été contacté par des RHs pour déployer dans la formation professionnelle
(Pause) Cette pédagogie est opérée par des facilitateurs qui dirigent le processus pendant de courtes sessions. Ils s’assurent de la pertinence des contenus/Atmosphère de Bienveillance/du rythme de la session
Objectifs de cette session : Réfléchir à la nature des savoirs transmis et les dispositifs pédagogiques au sein de nos institutions /Ecrire une tribune collective. A la fin vous aurez produit ça …. Comment se déroule une session d’apprentissage entre pairs ? Vous allez le vivre dans qq minutes
(Pause) Pour cette expérience, nous allons utiliser le 1er peer learning management system. Cet outil nous a aidé à piloter la session : de l’ingénierie à l’évaluation, en passant par l’animation.

6. Une bonne installation de l’espace et et bonne préparation du matériel

Les participants sont placés en cercles (sans tables dans la première étape) en sous-groupes de 6 maximum dans un large espace.

Des espaces ouverts avec beaucoup de lumière naturelle

L’idéal est que la session se déroule dans des lieux avec beaucoup d’espace et de lumière naturelle. Sans fenêtres, les participants se sentent moins libres et ça se ressent tout de suite sur l’atmosphère.

Ces espaces sont très difficiles à trouver car souvent les architectures existantes cloisonnent les espaces en tout petites salles surchargées et occupées par des tables en U.

Salle La Rotonde

Disposition des groupes en ilôts

Il faut disposer les participants en cercle, des vrais cercles, idéalement debout ! Il est donc nécessaire de pouvoir déplacer les chaises et les tables.

Dans cette configuration, l’attention est placée au coeur du groupe dans les interactions, et non vers un expert. Cette configuration facilite d’entrée de jeu les interactions en mode horizontal.

D’ailleurs, la géométrie du cercle est utilisée dans les forums ouverts, une méthode permettant à des groupes de 5 à 2 000 participants de s’assembler et travailler ensemble. Le cercle représente la complétude, l’inclusivité, la complétude et neutralise les conditions de «puissance» créées par d’autres modèles géométriques (carré, triangle, rectangle).

Le facilitateur s’assure donc la disponibilité d’un espace ouvert et des équipements adéquats pour pouvoir bouger les chaises.

Exemples de salles adéquates :

La cafeteria de l’entreprises avec plusieurs petites tables et plusieurs écrans et plusieures baies vitrées

Exemples de salles inadéquats :

Une salle amphithéatre trés sombre sans fenêtres et avec une grande estrade
  • Affichage des instructions sur un grand écran

Les instructions sont aussi toujours affichées sur un grand écran. Dans la classe mutuelle d’autrefois, un des critères de réussites de l’enseignement étaient la clarté des “commandements” délivrés par la voie orale, par des écriteaux présentés à chaque étape et enfin la sonnette, pour annoncer une prochaine étape.

D’après Stanislas Dehaene, professeur au collège de france, le sentiment de progresser et de productivité dans l’apprentissage constitue une récompense en soi. La visualisation des résultats de leurs contributions contribue donc au sentiment d’efficacité personnelle.

Dans un premier temps, le facilitateur peut afficher et relire l’ensemble des contributions mises en commun par les groupes sur un outil digital. Ensuite, il doit s’assurer que les participants aient accès à un lien d’édition afin de pouvoir consulter ou éditer les résultats par la suite.

Il faut donc s’assurer du matériel et des questions techniques : Adaptateurs (HDMI + VGA) + les codes à avoir (Numéro de salle + clef de la salle + Ordinateur + wifi + set up the timer : utiliser le chrome timer)

7. Mettre en oeuvre toutes les étapes de la méthodologie

  • Aller au bout de la méthodologie

2h30, c’est la durée minimale pour dérouler tout le processus wap en accéléré (hors étape de restitution). Il est très difficile de faire plus court. N’essayez pas de faire une partie seulement, cela n’apporte pas suffisamment de valeur. La valeur est dans le processus, les étapes peuvent se dérouler régulièrement en 3 sessions ou encore sous forme de 1,5 jours de séminaire.

Voici donc les étapes nécessaires pour permettre à un groupe de s’enseigner mutuellement :

Programme idéal
Session 1 : Création des groupes thématiques + Construire son programme de formation
1° Discussion autour des questions : Une ou plusieurs questions sont posées aux participants
2° Formulation individuelle de réponses : Chaque participant formule sa réponse individuelle à la question à tour de rôle
3° Regroupement autour de thématiques communes : A partir des réponses, les thématiques similaires émergent et sont regroupées ensembles. Les groupes sont reconstitués par grandes thématiques.
Session 2 : Apprendre dans son groupe et créer du contenu
4° Activité + Production de contenu : Les groupes formés se rejoignent et produisent apprennent en production du contenu ou faisant des activités
Session 3 : Restituer aux autres groupes
5° Enseignement mutuel du contenu : L’enseignement mutuel est le moment pour chaque groupe d’expliquer aux autres ce qu’il a produit.
6° Feedback et récolte des thématiques futures
  • Des étapes rythmées

La méthodologie fait en sorte que les chaque étape dure moins de 30 min. L’objectif est de garder un engagement élevé des participants. Il convient aussi de varier les formats d’activités, entre temps d’échanges, temps de productions, et activités pratiques ou de restitution. Les temps d’échanges peuvent se faire “à tour de rôle” ou “libre”, ou encore organisés selon une répartition des rôles.

Un décompte du temps est affiché en grand sur l’écran, et une signal sonore se déclenche à la fin de chaque étape pour faciliter les transitions. Le rythme est assurée lorsque les participants sont absorbés dans l’exercice, ils ne voient pas le temps passer. Lorsqu’ils oublient la présence du facilitateur est un bon indice de “l’état de flow du groupe”.

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