Wanderlust

Un pas. Puis un autre. Aussi régulier qu’un métronome, le bruit de ses propres pas estompés par la poussière constituait à la fois son unique partenaire et son unique adversaire. Il lui tenait compagnie dans l’immensité de la Route et ne lui avait jamais fait défaut. Mais il lui rappelait aussi encore et encore que ce qui lui restait à parcourir s’étendait jusqu’au-delà du point de non-retour. Il n’avait jamais été question de faire marche arrière: c’était impensable. Un bref coup d’oeil par-dessus son épaule aurait presque pu lui donner le vertige, tant le paysage était en tout point identique à celui qui lui faisait face. La Route se poursuivait à perte de vue. Sûrement. Implacablement. Une large trace noire, faite de goudron et de certitude, distinguable malgré la lourde couche de sable et de poussière accumulée par les multiples passages des voyageurs. Autour, rien, sinon la steppe déserte qui, elle non plus, ne semblait pas avoir de fin tangible, visible, voire même imaginable. Non, reculer serait inutile désormais. Sa marche se fit plus résolue. Sa destination, quant à elle, était toute tracée ; la Route devait être suivie, sous peine de se perdre dans les ténèbres de l’inconnu sans laisser de traces. Il en était ainsi, tout comme il en avait toujours été ainsi, et il en serait toujours ainsi. Tel était le paradigme doux-amer de Wanderlust.