[Révélations] Des munitions de canons Caesar expédiées vers l’Arabie saoudite depuis Marseille

Dans quelques heures, un cargo saoudien devrait embarquer des munitions au port de Marseille-Fos. Ces charges explosives équipent des canons français accusés de faire feu sur des populations civiles au Yémen.

Le gouvernement français n’entend pas renoncer à ses livraisons d’armes en direction de l’Arabie saoudite. Alors qu’un cargo de la société saoudienne Bahri a été empêché de charger huit canons Caesar au port du Havre début mai, Disclose révèle qu’un nouveau chargement d’armes doit avoir lieu en toute discrétion ce mardi 28 mai.

Cette fois, c’est le port de Fos-sur-Mer qui reçoit la visite d’un cargo battant pavillon saoudien. Le Bahri Tabuk doit entrer en rade dans l’après-midi, dans le secteur de la Darse 3, selon la capitainerie du Grand port maritime de Marseille-Fos.

Selon nos informations, des munitions pour les canons Caesar français devraient y être chargées. Destination finale : le port de Jeddah, en Arabie saoudite. Fabriquées par la société Eurenco, sous-traitant de l’entreprise d’armement Nexter, ces munitions sont en fait des charges modulaires BMC/TCM produites dans les usines de Bergerac en Dordogne. Ces charges explosives sont indispensables à la propulsion des obus de 155mm tirés par les canons Caesar de l’armée saoudienne, accusée de crimes de guerre au Yémen. "Les canons, c'est bien de les vendre, mais pour qu'ils tirent, il leur faut des munitions", note un salarié de Nexter, précisant que les charges explosives constitue "la partie la plus problématique" des obus tirés par les canons Caesar.

Cette livraison est la première du contrat « OASIS 6 » — un contrat prolongé depuis plusieurs années par l’Arabie saoudite pour se fournir en munitions « made in France ». Dans son documentaire « Crime de guerre au Yemen, les complicités européennes » diffusé en avril dernier sur Arte, la journaliste Alexandra Jousset révélait que près de 170 000 charges explosives, soit environ 35 000 obus devaient être livrées d’ici fin 2020 au royaume saoudien.

Depuis les révélations de Disclose sur l’utilisation massives d’armes françaises par la coalition saoudienne au Yémen, Nexter aurait pressé son partenaire Eurenco d’accélérer les cadences de production afin de livrer l’ensemble de la commande d’ici à la fin de l’année.

Une précipitation qui n’étonne guère en interne. « La sérénité affichée par le président de la République et les industriels est une sérénité de façade, croit savoir un salarié qui a requis l’anonymat. Ils craignent tous le risque d’un embargo sur les exportations d’armes ».

Le Bahri Tabuk doit lever l’ancre jeudi en fin de matinée et prendre la direction de l’Italie.

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