J.B. Harold Murder Club

J.B Harold Murder Club est le premier épisode de la série J.B Harold où on suit les aventures du détective à travers plusieurs enquêtes corsées. Le premier épisode de la série reste le plus populaire, car l’un des seuls qui a été traduit en anglais et sur plusieurs supports. L’histoire de la série J.B Harold est au bord de l’extinction car cette série s’est surtout déclinée sur des consoles qui n’ont pas fait long feu comme la 3DO et la Turbografx-CD. Murder Club a eu la chance d’avoir plusieurs versions qui ont gardé la base de l’histoire mais ont surtout eu de nombreux changements graphiques dont plusieurs en anglais. La version testée est la version MS-DOS portée par Kyodai Marketing Software.

Titre : J.B. Harold Murder Club

Développeur : Riverhill Software

Genre : Aventure

“Hey J.B., comment va l’enquête ? Tu sais, tu es le seul qui peut résoudre cette enquête sans que ce soit la pagaille” dit Catherine avec un sourire.

Voici la première chose que le jeu vous présente. D’abord, qui est Catherine ? Vous ne le saurez jamais, probablement une collègue. “Comment va l’enquête ?” Mais quelle enquête ? Vous ne savez rien, vous n’avez aucune idée de ce qui se passe. Vous devez carrément essayer de trouver par vous-même où se trouve la scène du crime sans aucune indication et Catherine vous répondra toujours la même chose avec le sourire. Merci Catherine. Après une belle randonnée autour de la ville de Liberty, vous avez enfin trouvé votre scène du crime pour pouvoir enfin savoir de quel genre d’enquête il s’agit. Un meurtre. Celui de Bill Robbins, un homme riche et influent dans ce coin de l’Amérique. Vous avez trouvé votre macchabée, il est maintenant temps de trouver des indices dans la scène du crime…absolument rien. Ça valait le coup de chercher dans toute la ville. Vous rentrez au poste et NON CATHERINE NON, ARRÊTE DE SOURIRE CATHERINE J’EN PEUX DÉJÀ PLUS CATHERINE.

Murder Club ne rigole pas, ne vous aide pas, et ne vous aime pas. Vous décidez de sortir dans la ville afin de questionner les proches de Bill Robbins. Vous avez le choix entre plusieurs options : “Questionner une personne” vous permet d’apprendre plus sur la personne en question, le nom, l’âge, l’occupation, ses hobbys ; “Demander à propos d’autres personnes” vous permet de glaner des informations à propos des connaissances, ou non, de la personne interrogée ; “Demander des informations” vous permet de poser des questions détaillés sur des sujets qui peuvent aider pour l’enquête. Vous décidez d’interroger la première personne qui viens vers vous, et vous vous rendez compte que vous lui posez des questions sur une liste de DIX personnes. Vous avez encore de la peine à retenir le prénom de Catherine que vous devez déjà poser des questions sur dix autres personnes que vous n’avez même pas encore rencontré ! Mais nulle inquiétude, car vous allez très vite les retenir. La base même de l’enquête est de poser des questions sur tout le monde, encore et encore. Une liste de 10 personnes deviendra 20 personnes et vous allez demandez à chacune des 20 personnes ce qu’ils pensent des 19 autres. Murder Club, c’est ça. Six mois plus tard, je connais encore le nom de Bill Robbins, Joe Carrington, Russel Throp, Sara Shields et bien sûr cette chère, chère Catherine.

Doug et son magnifique costard rose

Murder Club est la preuve que la mémoire musculaire n’est pas un mythe et tant mieux pour vous car il sera nécessaire de connaitre tout le monde sur le bout des doigts pour venir à bout de l’enquête. Vous devez savoir ce que Shelly McDonald faisait la nuit du crime, alors vous allez demander à Steven Beckert, Michael Carson et Fred Robbins. Ce dernier va vous dire qu’il a vu Ken Scott à l’université le soir, vous allez donc demander à Ken Scott ce qu’il faisait à l’université, il vous dira qu’il était parti voir son professeur Brian Eheler, vous allez alors voir Brian Eheler qui vous dira que Suzie McNally avait un comportement suspicieux au bar et qu’elle est peut-être connectée au crime. Ni une, ni deux, vous allez ennuyer le procureur jusqu’à qu’il vous file un mandat de perquisition qui vous permettra de fouiller la résidence de Suzie. Vous allez alors trouver un foulard ensanglanté sous le lit de Suzie. Vous demandez donc à la jeune femme tout ce que cela veut dire, elle ne répond pas. Vous foncez alors au labo pour savoir à qui appartient le sang, le médecin ne sait pas hormis que le groupe sanguin est AB. AB ? Il est alors temps de faire un tour et de demander aux 20 personnes leurs groupes sanguins et ainsi de suite.

Il s’agit d’une enquête minutieuse que vous menez, sauf que l’enquête elle-même est bien plus compliquée qu’elle n’en a l’air. Si retenir une vingtaine de noms ainsi que leurs groupes sanguins vous parait être un calvaire, la victime ne vous arrange pas la tâche jusqu’au point où vous allez vous demander si le criminel n’a pas fait un service au monde et qu’il devrait peut-être être décoré avez les honneurs. En effet, Bill Robbins n’avait pas qu’un seul ennemi, il en avait même plusieurs. En vérité, vous allez vite vous rendre compte que les trois-quarts de la ville en voulaient à sa vie. Robbins venait à peine de se marier mais il restait un grand coureur de jupons, il allait séduire plusieurs femmes pour ensuite briser leurs coeurs et ainsi ces femmes en voulaient à Robbins, les frères de ces femmes en voulaient à Robbins, les maris de ces femmes en voulaient à Robbins, bref tout le monde en voulait à Robbins. En plus de sa promiscuité, il était aussi un homme d’affaires qui n’hésitait pas à détruire les carrières de plusieurs personnes pour arriver à ses fins. Les habitants n’avaient aucun doute sur les raisons de son meurtre, ils étaient même surpris que cela ne s’était pas produit plus tôt.

La ville est divisé en trois quartiers

Tout cela ne rend pas votre tâche facile, elle devient même extrêmement compliquée. Vous pensez avoir une piste, un suspect ? Vous allez vous rendre compte qu’il n’en est rien. Avant d’arriver au fond de l’affaire, il va vous falloir enlever plusieurs couches de tous les problèmes que Bill Robbins a causé dans cette ville. La ville est délimitée en plusieurs quartiers : le quartier des affaires, le quartier résidentiel, et le quartier urbain. Dans le premier, vous allez surtout avoir affaire aux différentes compagnies qui opèrent dans la ville de Liberty ainsi qu’un bar ; dans le deuxième, les habitations des familles les plus influentes ; dans le troisième, des familles des plus modestes ainsi que la location de l’université, d’une église et d’un cimetière. Vous allez très souvent devoir toquer aux portes pour poser des questions aux résidents, demander des mandats de perquisition quand vous avez des doutes raisonnables pour le faire jusqu’au mandat d’arrêt où vous allez devoir interroger le suspect et lui présenter des preuves jusqu’à qu’il craque…et que vous vous rendez compte que ce n’est pas vraiment la personne que vous cherchez.

L’une des forces de la version MS-DOS de Murder Club est que tout se fait immédiatement. Avec les flèches du clavier et la touche entrée, vous pouvez filer à travers les différentes commandes de manière très rapide. Ceci est très utile car il permet par exemple de traverser la liste des personnes à interroger de manière très rapide. En une minute, vous pourrez savoir ce qu’une personne pense des vingts autres, une chose qui aurait été d’une lenteur incroyable d’habitude devient assez rapide à traverser. Cela est particulièrement utile s’il vous arrive d’être bloqué car Murder Club a aussi un vilain cas de logique assez dysfonctionnelle. Vous avez tout cherché, tout fouillé, discuté avec tout le monde ? Alors subitement, vous aurez accès à un fichier dans les archives qui vous aident dans votre enquête, comme ça. Ce fichier débloque subitement la possibilité de trouver une pièce à conviction dans une maison…que vous avez déjà fouillé par le passé. Vous comprenez alors pourquoi il s’agit d’une véritable bénédiction de filer à travers les commandes rapidement, il arrive quelque fois que la seule solution est d’user de la manière brute, c’est à dire de passer par tous les commandes jusqu’à que vous ayez un indice qui vous remet dans le droit chemin où que quelque chose se débloque de cette manière. Et on parle de passer sur plus de 400 options…

Ah, Catherine…

J.B. Harold Murder Club n’est donc pas un jeu qui vous tiens par la main, et c’est tant mieux. Le strict nécessaire vous est offert, il y a vraiment une construction dans le jeu autour d’une certaine facilité d’utilisation, qui vous aide à mieux vous concentrer dans l’enquête, il n’y a même aucune musique hormis pour la conclusion et l’introduction. De toute manière, entendre plusieurs heures une musique aux sonorités 8-bits aurait très vite rendu la tâche invivable et il n’était pas possible de faire plusieurs musiques pour chaque zone car le but du jeu est de pouvoir changer immédiatement de zones sans attente, ce qui aurait fourni des transitions de musiques qui se solderont très vite au mal de crâne. Murder Club s’apprécie alors mieux avec vos propres musiques de votre propre crû, probablement du jazz afin de coller à l’ambiance des années 70 de cette ville fictionnelle des États-Unis. Toutefois, Murder Club garde tout de même un certain cachet indéniable car le jeu se dore d’une teinte rose qui le rend assez unique en son genre, couplé à du bleu assez criard avec certains décors, vêtements et mêmes cheveux ornés avec ces couleurs. Le tout donne une vision d’ensemble qui reste assez crédible (on sait pertinemment qu’ils ne portent pas du rose) et offre au jeu un côté assez chatoyant qui dénote assez avec l’enquête. Il faut aussi reconnaitre que les décors et personnages sont très bien dessinés.

Les quelques phases assez frustrantes de Murder Club ne surpassent pas ses nombreuses qualités. Vous n’aurez pas à affaire à un narrateur, J.B Harold lui-même ne s’exprime pratiquement jamais ce qui rend encore plus surprenant la qualité de l’histoire très prenante du jeu qui se dévoile par les dires de chaque personne que vous interrogez et de par votre fouille minutieuse. L’histoire prends la peine de pousser le vice assez loin, poussant le joueur à chercher encore et encore. Il s’agit véritablement d’une aventure bien remplie, qui ne se termine pas trop tôt et qui est à la hauteur des efforts que vous avez fournis. Le jeu possède une grande aura et montre la maitrise de Riverhill Soft et de sa scénariste, Rika Suzuki dans le genre du jeu d’aventure. Il est assez étonnant de voir à quel point Riverhill Soft a pu offrir un jeu de cette qualité qui donna naissance à une véritable série de plusieurs opus qui rend hommage aux États-Unis des années 70. On comprends très vite pourquoi cette série est devenue populaire au Japon. Il y a une satisfaction incroyable à terminer Murder Club, après tant d’efforts fournis, de voir le criminel changer d’expression, le seul personnage à le faire dans un jeu où tout le monde garde la même pose, la même expression du début à la fin. Son expression change, il baisse les yeux et avoue son crime devant l’implacabilité des preuves que vous avez déniché au fil des heures. La marque d’un grand jeu d’aventure.


Originally published at www.artcorekirbies.fr.

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