Fillon, parfaite incarnation du système qu’il dénonce

Peter Paul Rubens — Banquet d’Achéloüs

Dans un pays dont les dépenses publiques se montent à 56% du PIB, il n’y a guère que les puristes et les innocents qui ne participent pas au banquet de l’Etat. Parlementaire puis ministre, Monsieur Fillon y occupe tout naturellement une place d’honneur, et il serait fort surprenant que la justice lui cherche effectivement des noises quant à l’emploi de sa femme.

Plus gênante, la bêtise ayant consisté, depuis des années, à laisser son épouse clamer dans les médias le caractère fictif de son emploi. Egalement interpellant, l’amateurisme de sa défense. “Elle corrige mes discours” (1.22) : tout qui pratique plusieurs langues sait pertinemment qu’un non “natif” dans une langue ne corrige pas les textes d’un “natif”, et il n’est que d’entendre Penelope parler pour comprendre que le français reste en effet sa deuxième langue. Se revendiquer de la qualité d’avocats de ses deux fils, étudiants au moment de leur rémunération, témoigne du même amateurisme.

Bêtise, amateurisme : bien sûr, cela ne suffit pas à disqualifier un candidat à la présidentielle.

La chute de Monsieur Fillon dans l’opinion a débuté au moment précis de la répudiation de son programme de réforme de la sécurité sociale. Rappelons que, pour réformer une sécurité sociale exsangue qui oblige des Français pas encore nés à financer les dépenses de santé de la France actuelle, Monsieur Fillon se proposait d’introduire une distinction entre “gros risques”, couverts par l’assurance collective, et les petits risques laissés à l’appréciation des contribuables pour ce qui les concerne. Il a suffi d’un clapotis médiatique pour qu’au terme d’une valse-comédie qui nous rappelle pourquoi la droite française est aussi réputée dans le monde, Monsieur Fillon retire ce dispositif essentiel de son programme pour le remplacer par la seule promesse d’une “réforme”.

Le problème, ici, n’est pas de fond. Il est de cette confiance, de ce contrat moral avec le peuple qui sont essentiels à l’élection d’un candidat. Lors de la primaire de la droite, Monsieur Fillon s’est fait élire sur un programme. Altérer sa substance revient à violer la confiance que les classes moyennes avaient commencé de lui témoigner. Entre la primaire “républicaine” et son élection, Monsieur Trump n’a pas changé une virgule aux “policy papers” qui définissaient son programme, en dépit du permanent tsunami médiatique auquel il était confronté.

C’est pourquoi Monsieur Trump est président.