De l’Assemblée nationale aux ministères, si le costume est de rigueur, l’originalité ne l’est pas. Bleu ou gris, parfois même noir, c’est un bien triste costume souvent mal porté que nous offrent à voir nos dirigeants.

Il est temps cependant de montrer, par l’exemple, que cela n’est pas une fatalité et que nos vêtements peuvent faire passer des messages considérables ! Petit guide pratique à l’usage d’hommes ambitieux souhaitant se démarquer.


De la couleur bon sang !

Pour lutter contre l’austérité vestimentaire, certains osent tout et on les reconnait bien.

Les couleurs pour être vu

En réunion, en hémicycle, c’est extrêmement lassant d’être présent mais invisible. Il existe une méthode infaillible :

  • Portez vos vêtements les plus visibles et indigestes
  • Repérez sur l’ordre du jour votre collègue qui parlera
  • Collez-vous à lui
  • Dites bonjour à la caméra

Le jaune est parfaitement adapté à ce type de combine, Lucien Degauchy (à gauche sur la photo) en étant un grand ambassadeur à l’Assemblée.

Lucien Degauchy et Jean-Marie Le Pen

Les couleurs portant un message

Si les hommes politiques français commencent à intégrer la force évocatrice des couleurs, les américains l’utilisent depuis déjà longtemps. Adaptant la couleur de leurs cravates à la mesure du message et de l’image qu’ils veulent transmettre, ils sont passés maître dans l’art subtil de la couleur. Nombre d’entre eux restent néanmoins fichtrement mal vêtus, le bon goût étant, comme chacun le sait, impropre aux États-Unis.

En France, on parvient à comprendre l’utilisation des vêtements dans la construction de l’image publique. On cumule même parfois d’ailleurs la visibilité et le message, preuve en est avec le plus métal des députés de la Vème République, le regretté Patrick Roy (à gauche sur la photo) décédé d’un cancer en mai 2011.

Le rouge est idéal pour se donner un aspect iconoclaste, différent. De l’écharpe de Christophe Barbier aux cravates de Jean-Luc Mélenchon, tous se l’approprient… Même Laurent Wauquiez, révolutionnaire s’il en est.

Patrick Roy et Laurent Wauquiez

De l’audace sacrebleu !

Pour se différencier de la masse politique, il faut oser. Parfois perçue à tort comme de l’excentricité, l’audace vestimentaire est incontournable, même lorsqu’elle semble anodine.

Une audace stylistique

Parfois commentée, parfois à peine remarquée, l’observateur sait reconnaître l’audace utile. Elle est utile quand elle casse une image négative ou imparfaite pour laisser place à quelque chose d’autre.

C’est ici l’exemple de la fameuse Forestière Arnys de François Fillon, homme souvent élégant ayant magnifiquement rappelé la période estivale par cette veste classique, terriblement efficace. Ce vêtement de la maison des frères Grimbert, aujourd’hui réalisé par Berluti a rendu un peu moins austère le Premier Ministre de l’époque.

Si l’exemple fillonien a été largement commenté, il en est un récent et discret qui fonctionne tout autant. En effet, Bernard Cazeneuve que je considère personnellement comme meilleur représentant politique de l’élégance française a su mettre à profit l’exemple cité supra.

Ministre de l’Intérieur, il semblait trop froid et distant. Il a alors troqué certains de ses manteaux classiques pour une superbe veste dite Husky aux couches de tissus reliées par coutures croisées. Adieu froid glacial, bonjour personnage chaleureux !

Forestière contre Husky

Une audace dans la simplicité

Oser s’habiller différemment en politique, c’est aussi oser s’habiller plus simplement. A l’étranger, ce sont les jeunes élus espagnols de Podemos qui font parler de leurs looks au Parlement où se côtoient désormais dreadlocks et calvitie, chemise ouverte et costume triste.

En France il y a différentes écoles et puisque je ne peux me résoudre à oublier la Vendée, voici un exemple courant sur notre littoral atlantique : la parka Vendée Globe des élus locaux. Mélange de simplicité et d’ancrage territorial, elle est portée ici par Bruno Retailleau, président de la région Pays de la Loire et président du groupe Les Républicains au Sénat.

Parka Vendée Globe par Vicomte Arthur

Pour réussir à se différencier dans la simplicité, le secret c’est l’adaptation.

Costume Cifonelli et chemise Charvet à l’Assemblée, tenue décontractée sur le terrain et face aux caméras, la recette paraît simple mais demande de la maîtrise.

C’est en tout cas une ligne que semble en partie adopter Bruno Le Maire, député de l’Eure et ancien ministre, n’hésitant plus à laisser ses costumes au vestiaire lors de ses déplacements. Un choix réussi, idéal pour briser la barrière indésirable avec les citoyens sans abaisser la fonction.

Bruno Le Maire par Eddy Duluc

Vous l’avez compris, ces quelques exemples nous montrent à quel point l’image que l’on renvoie peut être modifiée par notre accoutrement.

Alors chaussettes colorées, veste casual, vêtements criards : osez, on s’en souviendra.