Le surf c’est déjà le sport des dieux, bande de connards.

Du surf aux JO? J’avais presque oublié la nouvelle tombée l’été dernier, jusqu’à que je découvre une photo de Christian Fletcher postée par sa mère sur Instragram. Dans un légende du genre olympic bashing, elle dit qu’il avait pressenti le truc… Fletcher aux JO? il n’en fallait pas plus pour que ça me revienne.

Entre non événement et question existentielle, il m’aura fallu quelques mois pour me faire un avis sur la question. Cerveau lent, plus gavage quotidien, ça n’explique pas tout, mais ça n’aide pas non plus. Et puis c’est toujours plus prudent de laisser l’engouement collectif se retourner sur lui-même dans une sorte de dégout permanent. Les mecs se réjouissent pour tout et n’importe quoi aujourd’hui. Des bombes pètent en Irak ouaaaiss, Monsanto devient suisse ouaaaaiiis, le surf devient olympique ouaaaaais.

Du surf aux JO, le paroxysme du néant.

Nous, la société de paranoïaques en mal de spectacle, on est servi. Plus le temps de se retourner. Tout est déjà avalé, vomi, dégluti. Vous avez vu la bande de baltringues en cravate qui ont voté l’entrée du surf au JO, au milieu des valises de cash et autres promesses de voyages organisés tous frais payés. Et tout ça pour le bon plaisir de Fernando. Ca fait des années qu’il les supplie, lui, le président de l’ISA depuis 50 ans!! Au nom de la communauté mondiale des surfeurs tant qu’à faire, alors que l’écrasante majorité des surfeurs n’a jamais pris une licence dans un club! On est vachement avancé maintenant, le surf sport olympique… La belle affaire.

Aussi insignifiant que ça puisse paraître, on n’avait pas besoin de ça. Nous, les 99%, les surfeurs du dimanche, du mardi soir et de la pause entre midi et deux, on a déjà assez à faire pour éviter le bain de foule. Idem pour les barouds de tous poils, moniteurs de surf, prof tout court, webmasters, branleurs pro comme toutes les feignasses de métropole, qui trainent leur boardshort crado de Java au Nicaragua, aux frais de pôle emploi. Les surfeurs s’en battent les couilles des JO, c’est clair? La médaille, ils se la mangent au pti dej.

Il y en a un qui a demandé à Christian Fletcher ce qu’il pensait de l’arrivée du surf aux JO. “ Ne parle pas de ce que tu ne connais pas ”… Le mec s’est fait défoncer. C’est un peu la règle dans la famille Fletcher de se faire défoncer, et si c’est Christian qui le dit… il aurait pu s’en douter le mec, encore un pauvre journaliste qui part en trip à la queue leu leu du world tour et qui est de retour à son desk le lundi matin pour raconter que le surf en eau glacée c’est le truc le plus super du monde.

Héros inconditionnel des années 80/90, Christian a toujours fait planer un malaise sur les champions du monde officiels. Quelque part, les JO apportent eux aussi le malaise dans la civilisation, un grand n’importe quoi servi à une population qui a tellement de mal à se trouver, qu’elle a besoin des repères du passés pour continuer à exister. MacDo et COCA s’occupent de la bouffe des Jeux en exclu!??… on nous parle de valeurs là???

Les JO c’est encore plus naze que Koh Lanta. C’est à savoir qui aura les chiottes les plus bouchés de toutes les nations. Mais c’est pas grave, ça fait tourner l’industrie du bâtiment, de la godasse, du drapeau et peut-être celle du surf qui s’imagine déjà en plein revival des années 80, à la conquête de pays ou le surf ne se trouve même pas au rayon des illusions perdues. Un mal pour un bien, et ils sont déjà tout en train de bosser dur sur le prochain épisode WTF Tokyo 2020.

Donc nous y voilà, le sport des dieux élevé au rang de l’Olympe. Comme d’habitude la suprématie de la vision gréco-romaine du monde est en train de la mettre aux barbares du Pacifique. (Selon wikipédia: “les Jeux du Pacifique Sud étaient à l’origine une initiative des puissances de tutelle dans la région, USA, FR, NZ ,GB, AUS visant à assurer leurs zones d’influence respectives dans le Pacifique”.) Quand même!! JE suis hors-sujet…évidemment? Ouais, ouais, bon ce n’est pas de ça qu’il s’agit. Heureusement on peut compter sur les hawaiiens pour conserver les valeurs de leur héritage. (ndlr: Christian est né à Oahu pour ceux qui ne le savaient pas..-)

Le truc c’est qu’on ne sait pas bien pourquoi le surf à besoin de l’olympisme… Maintenant que le rêve a été vendu sous toutes ses coutures, que l’on a servi le surf à toutes les sauces, il faut encore à certains une médaille autour du cou pour se prouver que vraiment sans eux l’histoire ne se serait pas écrite de la même manière?

Le mainstream des JO aseptisera un peu plus l’image du surf, comme il l’a fait pour le snowboard… Le culte de la performance étouffera les derniers aléas des stylistes?… Une chose est certaine, la ménagère de 50 ans va enfin pouvoir regarder dans le cul des surfeurs. Voici le surf. Ce qui reste de la presse fera le portrait du chien du prochain champion. Et les annonceurs prestigieux de l’agroalimentaire et de l’électronique feront leurs choux gras sur le dos des prochains rois de la vague? C’est ça le plan? $$$$$$URF

En fait, le futur est déjà là. Surfeurs normalisés, piscine à vague, grosse fiesta (à Lacanau??), course aux subventions et avalanche d’enveloppes, constructions éphémères qui durent 100 ans, gouffre à pognon. Les Russes et les Coréens vont enfin avoir une chance de dominer la galaxie du roller à midi. Les ISA en grand. C’est magnifique. Le distributeur de médaille qui prétend régir le surf dans le monde trouve enfin sa consécration en se faisant copain avec l’autre distributeur de médailles.

On va donc avoir le droit au spectacle du grand bateau olympique qui essaye de se racheter une jeunesse avec des sports un peu moins con que le lancer de marteau ou le 100m aux hormones… vive le skate et le karaté (nouveaux venus eux aussi)! On va aussi avoir le droit à l’étalage de matos des photographes accrédités, armés comme des légionnaires pour tout mitrailler, pour ne pas en louper une miette… et les mêmes qui pleurnichent parce qu’ils se sont tout fait piquer!!

Sauf que tout ça finira inexorablement dans la grande fosse du web au même titre que tout le reste… à peine entamé, déjà oublié.

Encore une louche et je sors… Le surf ne sait vraiment plus comment creuser sa propre tombe! Depuis quelques années, on a l’impression que la population de surfeurs double toutes les 5 minutes. Et ce n’est pas que de la faute des IGers. Un jour, on viendra te sortir de l’eau pour que tu laisses la place à une bande de zazous en route pour Tokyo. Faudrait quand même pas qu’on empêche les surfeurs PRO d’aller bosser!!

Vagues privatisées, course au médaillon, barrez-vous en 2020, moi je reste ici, love it hate it, fun is not dead. Et c’est pas ça qui va empêcher le plus grand styliste de tous les temps de fumer des clopes dans son bain (34:25)… Malgré ses airs de métalleu et un passé sulfureux, à 46 ans, Christian Fletcher reste fidèle à lui-même, il bosse toujours au stock chez AstroDeck, et continue d’inspirer son monde avec ce qu’il sait faire de mieux, SURFER, sur des bons vieux airs de punk rock toujours aussi brainded. L’histoire du surf c’est lui, son père, son frangin, son fils aussi… à côté les JO c’est de la soupe… même si avec son niveau stratosphérique, Greyson pourrait bien tout rafler en skate!!

(Pour les fans l’interview de Christian dans WhatYouth en 2015 est une mine d’or)

SR


A propos de l’auteur:

Stéphane Robin, journaliste en boardshort. Résident du bord de mer, je commente l’actualité du surf de très près et de très loin à la fois. Si vous avez un truc à me dire mon mail est là pour ça, sinon, vous pouvez aussi soutenir ce blog, soit en me payant une bière, soit en me filant du fric directement, ou alors en me lisant régulièrement, ça sera déjà pas mal!