Avant de faire le choix de transitionner, j’ai fait le choix d’être heureux.

Ce que ceux qui m’aiment, mes futures rencontres et le monde entier devraient savoir.

Nous sommes en été, j’écoute les albums de Sixto Rodriguez en boucle et celui du groupe Suicide ( Alan Vega, membre du duo américain, pionnier et visionnaire du genre punk-rock est mort ce 16 juillet 2016. )


La plupart des gens ne font qu’exister, moi je veux vivre.

Vivre est la chose la plus rare du monde. La plupart des gens ne font qu’exister.
Oscar Wilde.

Il y a maintenant déjà deux ans que j’ai réalisé être transgenre FTM (FemaleToMale). D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été un garçon dans mon identité profonde. Et je n’ai jamais eu aucun doute là-dessus. Pourtant, il est évident que j’ai un corps de femme.

Aujourd’hui je me demande comment j’ai fait pour survivre, en tant que garçon prisonnier d’un corps de femme.

Comment est-ce possible que le moi enfant ait vécu avec une telle dysphorie de genre, sans que personne ne puisse me venir en aide ?

Comment est-ce possible que je me sois senti obligé de me contenter d’exister en silence ? 
Quand est-ce que j’ai décidé qu’il était temps de faire mon coming out ? Celui du reste de ma vie.

C’est en écrivant ce tout premier article sur Medium, que je vais essayer de répondre à tout ça de la manière la plus juste possible.


1. L’imagination est la clef de ma survie.

La principale raison au fait que j’ai réussi à survivre en tant que garçon dans le corps d’une fille puis celui d’une femme, est que j’ai toujours eu une imagination plutôt fertile.

Si le monde m’empêchait d’être qui je suis, mon esprit lui, 
n’a jamais eu de limites.

Notre esprit n’a pour limites que celles que nous lui reconnaissons.

Le pouvoir que l’imagination, la visualisation peuvent nous apporter n’est pas à négliger. Pour moi tout était très clair. Certes mon corps et la société me montraient le contraire, mais je n’ai jamais douté de mon identité. J’étais bien seul contre le monde entier à savoir que j’étais un garçon.

C’est à partir de ce moment là qu’il a fallu chercher des solutions.
 
J’ai vite compris que ce n’était pas papa, maman, ni le reste du monde qui m’aideraient.

J’allais devoir me débrouiller seul.

Tout le monde sait que je suis un garçon. Tout le monde… 
Sauf papa et maman.
Justin_ Bande dessinée de Gauthier éditée par Delcourt

J’ai donc commencé à me représenter ou visualiser au masculin partout et avec tous les moyens que j’avais à disposition. 
( Et ça je n’en manquais pas: jeux imaginaires, dessins, journal intime, jeux vidéos en ligne, lecture, cinéma… ).

Je crois que cet exutoire m’a bien aidé. C’est d’ailleurs surement et uniquement pour cela que je n’ai pas totalement sombré, dans le rejet total de qui je suis.

Après j’ai découvert la musique et l’art.

Mais ça, c’est encore autre chose. Nous en reparlerons plus bas dans l’article.

2. Comment le punk, le milieu queer et underground m’ont libéré.

D’abord le rock’n’roll, puis l’esprit punk et le queer m’ont donné un nouveau souffle de vie. C’est pourquoi je suis personnellement convaincu que la culture et plus particulièrement le fait d’avoir un mouvement, une communauté à laquelle on peut s’identifier peut sauver une vie.

En tout cas ça a sauvé la mienne.

Peut importe le mouvement ou la communauté choisie, tant qu’elle apporte le réconfort et l’exutoire. J’ai bien compris qu’il ne fallait pas que je reste seul, que je devais chercher et trouver par moi-même, faire preuve de curiosité et d’ouverture d’esprit.

Opter pour la diversité et sortir de ma zone de confort. Je ne devais surtout pas devenir sectaire ( ce qui est malheureusement le problème des milieux marginaux qui peuvent vite le devenir… ) et surtout je devais éteindre la télé ( les médias de masse n’ont jamais aider les marginaux, en plus d’être souvent mal informés… Tout ce passe ailleurs. Dehors dans ta rue, sur internet, dans les événements culturels… ).

La musique et les modes de vie alternatifs ou underground, ont totalement changé ma façon de voir les choses.

Des artistes comme Mick Jagger, David Bowie, Iggy Pop, Patti Smith… m’ont prouvé que être un “vrai homme” n’a aucun sens. Que notre société est basé sur des schémas binaires très limités.

J’effleure le sujet mais je pense que le punk peut être une très bonne base d’éducation ( bien-sûr je ne parle pas de ce que diffusent les médias de masse… Le punk ce n’est pas la violence et un look rebelle pour se donner un genre, c’est un état d’esprit. )

Je peux dire aujourd’hui que 50% de mon éducation est due à mes références.

Si j’ai fait le choix de transitionner c’est pour pouvoir me reconnaître face au miroir. Pour pouvoir aimer sans devoir me cacher à celle que j’aime, aimer sans souffrir de ne pas être. Pour que mes parents sachent qu’ils ont toujours eu un garçon.

Accepter et vivre avec la complexité de mon identité.

3. Le plus dur au final ce n’est pas tellement la société mais plutôt notre entourage.

Le problème c’est que des obstacles il y en aura toujours. Croyez-moi, ce n’est jamais le bon moment pour faire un coming out transgenre.

Personne n’est préparé à une telle annonce de votre part.

C’est bien là que le plus gros problème se pose. Comprendre son identité est une chose, l’expliquer aux autres en est une autre.

99% des Français•es sont mal informé•es sur tout ce qui touche au genre, même si le féminisme et la lutte contre les LGBT-phobies permettent déjà d’aborder le sujet ! — Vis ma vie d’homme trans, de la prise de conscience à la transition.

Soudain une évidence se présentait à moi: si je n’avais plus de problèmes avec moi-même, j’avais le sentiment de devoir tout recommencer à zéro pour les autres.

le sentiment d’être passé dej’ai un problème avec moi-même” à “les autres ont un problème avec moi / j’ai un problème avec les autres”.__ Vis ma vie d’homme trans, de la prise de conscience à la transition.
En tant que personne transgenre, je fais face aux mêmes problèmes que l’on pouvait rencontrer à l’époque, quand annoncer son homosexualité était tabou et synonyme de drame familial.

Après avoir utilisé l’étiquette de lesbienne pour correspondre aux cases que la société m’imposait, à moi et mon sexe de naissance féminin. 
Je me retrouve à faire un bond radical en arrière… Quelle ironie !

Quand je dis que le plus dur c’est l’entourage et pas tellement la société, je souligne que c’est ce qui peut le plus blesser. Le rejet de la part de notre entourage et de ceux qu’on aime peut être très violent à vivre. Malgré que le plus gros problème d’une personne transgenre reste bien l’administration, les papiers… ( mais je ne vais pas en parler ici, d’autres en parlent bien mieux que je ne le ferais. ).

4. Nous avons toujours le choix.

Quand j’ai découvert ma transidentité, j’ai eu le sentiment de ne pas avoir le choix. Je croyais à tort que je n’avais pas le pouvoir de voir les choses autrement, je pensais être condamné.

Ce qui était complètement faux puisque en réalité j’avais bien un choix à faire.

Celui de renier mon identité par peur de blesser et perdre mon entourage, par peur de devoir me confronter au reste du monde. Ou celui d’assumer ma transidentité et de faire le choix d’arrêter de faire semblant, pour commencer enfin à vivre ma vie.

On ne vit qu’une seule fois , ne perdons pas notre temps à “faire au mieux”.
Devenons la meilleure version de nous même.

On commence réellement à vivre quand on comprends qu’on ne vit qu’une seule fois et que le temps n’attends pas.

Je ne dis pas que c’est facile, mais me réconcilier avec mon identité pour profiter pleinement de mon existence, me parait être un bon argument.

Des amis partirons, toute ma famille ne comprendra pas forcément mais moi je serais plus que jamais vivant.

Maintenant il s’agit uniquement de commencer à vivre le premier jour du reste de ma vie.

Transgenre FTM, J’ai hésité longuement à documenter ma transition mais après réflexion je pense que c’est important.

Documenter ma transition est un acte militant.

J’aimerais aider d’autres trans à trouver la force d’être eux-même. Toutes les personnes transgenres qui ont le courage de témoigner sur leur parcours de transition permettent un peu plus la visibilité des transidentités chaque jour.

Egon.