LA TACTIQUE (POLITIQUE) DE LA TERRE BRÛLÉE.

Après la vie de Président de la République, il y a une autre vie. Cela parce que les fonctions de Président de la République sont en principe pour un temps, mandat(s) ou au pire des cas,le temps d’une capacité physique et mentale. Un président devenu impotent et sénile risque d’être déposé, Habib Bourguiba de Tunisie et récemment Robert Mugabe du Zimbabwe en en sont des exemples.Aussi, quand il m’arrive encore de réfléchir sur la vie d’un Chef d’Etat après le pouvoir, ma pensée va au l’homme que fut le Président Senghor, a travers deux situations.
La première, c’est en Juin 1981, quelques mois après avoir démissionné du pouvoir, il était a la Cathédrale du Souvenir Africain de Dakar accompagné de Madame Colette Senghor son épouse.
La circonstance était très douloureuse parce que le couple Senghor était là pour les obsèques de leur fils unique, Philippe Maguliene Senghor décédé tragiquement dans un accident. Je vis non pas un President de la Republique accompagné d’une Première Dame , mais un père et une mère de famille dans la douleur, confortés par les proches et un ministre du culte…
On rapporte alors que lors de ces funérailles le Blondin Diop père serait venu personnellement présenter ses condoléances au couple Senghor…
Je ne sais pas ce qu’ils se sont dit, mais entre ces deux hommes d’une grande sagesse il y a des leçons a retenir : savoir garder le sens de la mesure dans les situations d’adversité. Personnellement, j’ai connu le Docteur Blondin père, médecin dont le cabinet se trouvait dans notre quartier, a Hock-Sans-Fil a la rue Calmette X Avenue Peytavin. Il était apparenté et grand ami d’une de nos grand-mères il passait souvent lui rendre visite. Juste pour dire que de ce que j’ai vu de et cet homme affable et discret, malgré toute la charge émotive liée a mort tragique de son fils Oumar Blondin Diop, je ne pense pas un instant qu’il fût aux obsèques de Philippe M. Senghor pour se réjouir la douleur du couple Senghor.
La seconde situation , après le pouvoir j’ai vu Senghor, qui s’était retiré en Normandie (c’est son choix ) dans les moments où il séjournait au Sénégal, circuler dans Dakar, comme n’importe quel citoyen à bord sa petite Mercedes noire, il est vrai que n’importe qui ne roule pas en « Mercale » , mais enfin. Et mon doyen Mor Ba dans ses numéros humoristiques raillait ces moments lorsque le « Vieux Zeng » faisait un crochet a Soumbédioune pour acheter du poisson…
De ces années-là je me souviens avoir croisé mainte fois Senghor à Dakar…
Je me souviens particulièrement d’un apres-midi a la Fondation Léopold Sedar Senghor, où l’ancien président du Sénégal était venu assister a un récital de ses poèmes déclamés en espagnol et en Français sur fond de Cora…Sur la scène un joueur de cora accompagnait ceux qui récitaient les poèmes.
Ce jour-là Senghor s’évertua a répondre à nos questions, pour la plupart polémistes…
Certes on oublia un moment, sa gestion que je considère comme calamiteuse du Senegal, pour parler de culture avec l’homme de culture…. Je lui demandais par exemple, si la Négritude était encore d’actualité. Il me répondit « Jeune homme, la Negritude est toujours d’actualité, en ajoutant que c’est un courant de pensée a même d’inspirer les auteurs africains et caribéens de la nouvelle génération… »
Et la polémique se poursuivit dans la bonne humeur jusqu’au moment où le Vieux Zeng s’apprêtait a monter dans sa voiture, il était presque 20 heures…
Je me rappelle qu’en ce moment, Monsieur Moustapha Niasse, qui habitait dans les parages, ( surement informé via le téléphone… arabe) arrivait pour présenter ses civilités a un ancien patron.
De rappeler aussi qu’a cette époque Niasse, a l’instar de Djibo Ka et tant d’autres anciens de la vieille garde, avait été débarqué du Parti Socialiste par le Manitou de Nguéniene qui avait déclenché la fameuse « chasse aux barons »…
Juste pour poser que pour un Président de la République, l’exercice du pouvoir est une chose, vouloir se maintenir au pouvoir est autre chose. Meme si c’est un droit, mais a la condition qu’il s’exerce selon l’éthique, les règles et les principes démocratiques.
Et qu’il faut distinguer en politique ce qui est stratégique, c’est-à-dire releve d’une planification intelligente dans le temps et dans l’espace des actions politiques, de ce qui est tactique politicienne, c’est-à-dire d’un déroulement sur fond de roublardise bien souvent, d’actions a gain politicien immédiat.
De cette distinction, nous classons, la politique de la terre brûlée ( au sens institutionnel ) parmi les tactiques.
Justement, par exemple, la tactique de la terre brulée en politique va consister a user de tous les moyens même ceux de nature a saper la confiance des citoyens dans les institutions de la République pour se maintenir au pouvoir.
Ce n’est pas vrai, en politique tous les moyens ne sont pas bons.
Que ceux qui dirigent pensent a ce jour où leur présence au pouvoir ne sera qu’un lointain souvenir.
Qu’ils pensent a ce moment où, en simple citoyen, ils se retrouveront devant leurs semblables, voire, s’ils ont la foi, devant Dieu.
Je disais il y a quelques jours a un ami, qu’il y a le pouvoir originaire , certes diffus, qui appartient au Peuple, lequel Peuple a qualité de Nation et un pouvoir dérivé, confié au Souverain.
Ce dernier doit mesurer l’étendue de ce pouvoir dérivé, et la force du pouvoir originaire du Peuple, en comprenant que les composantes du Peuple sont passées , avec la naissance de la République du statut de simples sujets a un statut de citoyen. Cela s’est fait dans plusieurs pays du monde au prix de sacrifices, tant de vies sacrifiées, tant libertés bafouées tant de sang versé par des hommes et femmes de toutes les races, pour qu’un jour dans leur pays tous accèdent a la dignité la plus élémentaire de citoyen…
Mes pensées vont sur ce point vers Nelson Mandela , ses compagnons et toutes ces victimes anonymes tombées dans la lutte contre l’Apartheid.
A ceux qui nous dirigent : il ne semble pas aisé de domestiquer le cœur du citoyen certes, mais si on agit pas selon l’Ethique et la justice pour poser des actes dont la légitimité souffre du strict minimum de contestation on s’expose très rapidement a l’usure du pouvoir et a impopularité .
Que Dieu veille sur le Sénégal….
Moussa NDIAYE,
Cyber-citoyen
Dakar , Senegal.
