La réforme c’est une méthode, de la clarté, pas une saignée

Depuis dix ans, l’économie française tourne en sous-régime. De 2007 à 2017, le PIB par habitant aura moins augmenté qu’il ne l’a fait en moyenne chaque année entre 1997 et 2007. Pour la première fois depuis 1945, nous venons de vivre une décennie perdue.

Certains nous promettent un avenir à cette image : ils nous disent qu’il faut s’adapter à un monde sans croissance ni création d’emplois. D’autres jurent qu’il faut, pour en sortir, jeter par-dessus bord la stabilité monétaire, la responsabilité budgétaire, et l’ouverture internationale. D’autres encore, que la solution est une purge radicale. Je ne crois ni à la résignation, ni à l’aventure, ni à la saignée. Pour retrouver la prospérité, nous devons miser sur nos atouts et faire des choix clairs. J’en privilégie trois.

Premièrement, des réformes ambitieuses qui débouchent sur des règles lisibles et stables.

Notre pays a besoin de se doter des régulations économiques et sociales de l’âge du numérique : un cadre réglementaire qui fasse place aux innovations et n’entrave pas les énergies, une garantie contre le risque de perte de revenu qui apporte sécurité à tous les actifs, quel que soit leur statut, des protections qui accompagnent les mobilités plutôt que d’enfermer chacun dans son silo. L’Etat aussi doit se transformer pour répondre à la diversité des besoins, au lieu de demander à tous de se couler dans le même moule. Les Français sont fatigués des ajustements incessants auxquels on les a soumis depuis tant d’années, de ces retouches successives qui sont toujours à reprendre parce que trop partielles, trop improvisées ou trop peu ambitieuses, et finissent par ne créer que de l’insécurité.

Ma volonté est tout autre : je veux traiter les problèmes au fond et apporter ainsi la stabilité dont le pays a besoin.

C’est pour cela que je joue cartes sur table en annonçant dès à présent réformes, méthode et calendrier. Si je suis élu, personne ne sera pris par surprise, personne ne pourra nier que les Français m’auront donné le mandat de transformer.

Deuxièmement, nous devons investir.

Pour combler nos retards, d’abord, en particulier de formation, et redonner une chance à celles et ceux qui sont restés au bord du chemin. Le chômage, en France comme ailleurs, est d’abord un problème de compétences.

Voici pourquoi je souhaite donner à 1 million de jeunes et à 1 million de chômeurs de longue durée sans qualification la perspective d’un emploi de qualité en leur offrant des formations qualifiantes. Nous y consacrerons 15 milliards sur le quinquennat, un effort considérable de la nation en direction des laissés-pour-compte de notre système éducatif et des victimes collatérales de la mondialisation.

Il ne s’agira pas d’une rustine, mais d’un investissement qui bénéficiera à l’économie en même temps qu’aux personnes. Il sera accompagné d’une remise à plat de la formation professionnelle et d’un effort de grande portée dans l’éducation. Celui-ci débutera dès la rentrée prochaine avec la division par deux du nombre d’élèves par enseignant dans les classes élémentaires de l’éducation prioritaire. L’apprentissage sera généralisé.

Nous investirons aussi dans la transformation de notre modèle économique. Trop négligée dans cette campagne, la transition écologique est la grande affaire de ce siècle.

D’ici quarante ans à peine, nous devrons avoir atteint la neutralité en carbone, avoir cessé les atteintes à la biodiversité et avoir considérablement réduit l’accumulation des déchets. Ne nous y trompons pas, c’est dans les dix ans à venir que cela se joue. Il faut sans tarder investir dans la construction d’une croissance qualitativement différente.

Nous devons enfin investir pour réduire la dépense publique de 60 milliards à l’horizon 2022. Ceux qui ont géré une organisation le savent : les économies ne se font pas à coups de rabot, mais en changeant les outils et en repensant les procédures. Curieusement, cependant, l’Etat semble ignorer ces préceptes de base. Il faut changer de méthode, et repenser l’action publique — qu’il s’agisse d’administration, de santé ou d’éducation — en investissant aujourd’hui dans leur modernisation pour dépenser moins demain. Les conditions financières nous le permettent, il serait absurde de ne pas en tirer parti.

Troisièmement, nous devons alléger et rationaliser les prélèvements fiscaux et sociaux.

Tout le monde le constate, nos impôts sont lourds, et nous sommes les champions de l’instabilité fiscale. Nous inventons des dispositifs complexes, et puis d’autres pour les simplifier. Nous taxons d’une main et nous détaxons de l’autre, et puis, comme nous ne sommes pas contents du résultat, nous y revenons l’année suivante.

Parce que j’attends qu’elles embauchent et innovent, je veux apporter de la clarté aux entreprises : à la place du CICE, un allégement pérenne de cotisations sociales jusqu’à 2,5 SMIC, lisible, renforcé pour les plus bas salaires ; et un impôt sur les sociétés ramené à 25 %.

Parce que j’attends qu’ils investissent dans notre économie, je veux apporter de la clarté aux épargnants : un prélèvement unique sur les revenus du capital, au taux de l’ordre de 30 % ; et l’exclusion de l’assiette de l’ISF de tout le capital investi dans le développement de l’économie. Parce qu’il faut que le travail paie, je remplacerai 3,1 points de cotisations des salariés par 1,7 point de CSG, et je renforcerai la prime d’activité. Enfin, dans un souci de justice et d’équilibre du territoire, j’exonérerai 80 % des ménages de la taxe d’habitation, qui pèse de façon disproportionnée sur les classes populaires et les classes moyennes. Elles aussi doivent bénéficier de la baisse des prélèvements.


Réformer en profondeur, investir pour l’avenir et pour dépenser moins, alléger et rationaliser les prélèvements : ce seront trois axes majeurs de mon action économique. Parce qu’elle sera ambitieuse, parce qu’elle sera équilibrée, elle créera les conditions d’une nouvelle dynamique. Celle dont notre économie a besoin.

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