La limite et l’autorisation

Quelle est votre plus grande limite ? Dans quel domaine et comment vous débrouillez-vous toujours pour vous limiter, quels pas n’osez vous pas franchir ? Quelles (fausses ?) bonnes raisons vous donnez-vous pour renoncer à vos aspirations profondes ? Et pourquoi ?

Nous sommes ce que nous nous autorisons à être et notre vie ressemble toujours à ce que nous en faisons…

Heureux oui, mais pas trop !

Et encore, où se situe la réussite ? Parfois on est en pleine réussite professionnelle et là, oui on s’autorise à prendre la place qui est la notre. Et en même temps, bah, comme on dit, on ne peut pas tout avoir et à la maison… comment dire, c’est le fiasco ou presque…

Il y a aussi les partisans du « vivre d’amour et d’eau fraîche », dont la vie sentimentale est un poème (parfois ceux de Baudelaire…) et qui reste à végéter dans une vie professionnelle dont, à force, ils se sont détournés.

Et puis, il y a tous ceux qui, souvent inconsciemment, estiment ne pas “mériter” de réussir, quel que soit le domaine. Leur vie est une succession de difficultés sans fin, d’épreuves en tout genre, aussi bien sur le plan professionnel que sentimental et/ou celui de la santé.

Mettant en place, sans vraiment le savoir, les conditions de l’échec, mués par des croyances marquées au fer rouge de l’histoire familiale. Ils luttent sans cesse pour obtenir ce dont ils ont envie, sans jamais réellement réussir à l’obtenir. Ils se maintiennent souvent un, deux ou dix crans en dessous de leurs capacités, par peur et manque d’estime de soi.

L’auto-sabotage

L’auto-sabotage peut prendre beaucoup de formes, entre le fait de toujours voir le verre à moitié vide, n’étant satisfait de rien ou étant sans cesse à la recherche de la perfection… qu’ils n’atteindront jamais d’ailleurs vu que, d’un côté elle n’existe pas, et de l’autre ils ne sont jamais satisfaits.

Certains vont même jusqu’à tomber malade la veille d’un entretien hyper important pour leur carrière ou se casse la jambe avant LE diner galant qu’ils ont mis des mois à obtenir. La crainte de l’avenir est le meilleur moyen de rester dans un contexte rassurant même s’il n’est pas satisfaisant. Et surtout de réussir à ne jamais réussir…

Mon père est de ce genre de personne qui ont brillamment réussi, mais qui ont toujours vécu dans la douleur : il a réussi à reconstruire une société en perdition et à la mener à être cotée en bourse, pendant que son frère montait une usine de production qui avait deux fois la valeur de sa société. 1–0 pour son frère. Tous les deux dans des domaines d’activité qu’ils détestaient, sinon c’est trop facile : match nul.

Ils ont tous les deux lamentablement raté leur premier mariage : 0–0 la balle au centre.

Coté santé, mon père : 1er infractus à 36 ans, second à 39, triple pontage cardiaque à 45 ans. Son frère ? bah pendant ce temps là, il passait son brevet de pilote aux commandes d’un jet privé dont il avait toujours rêvé… Bon j’arrête là, car je pourrais en faire un roman.

Il y a ces gens qui ont toujours systématiquement imaginé le pire qui puisse arriver et mis leur attention à se protéger et à tout prévoir pour que cela n’arrive pas. Pendant ce temps ils n’ont jamais mis leur énergie au service de ce qui pourrait les rendre heureux ou accomplis. Dans cette peur constante, ils se prémunissaient d’un avenir angoissant sans jamais penser à vivre ce qui pouvait y avoir de beau et de joyeux dans leur vie de tous les jours.

Dans certains cas le mental fait barrage au bonheur. Et dans ce contexte ils pensent qu’ils ne peuvent tout simplement pas être heureux. Ce verdict est purement individuel, puisque d’autres dans la même situation (ou pire) connaissent de vrais moments de bonheur.

Le conditionnement

Par ricochet, j’ai été élevé dans l’ombre de mon frère ainé. Ayant plus de facilités dans les études et d’avantage d’aisance relationnelle, mes parents m’ont laissé « m’élever toute seule », mon frère ayant d’avantage besoin d’attention et de soutien. Mon enfance et mon adolescence ont été bercées de réflexions a priori bienveillantes du type : « on ne se fait aucun soucis pour toi, tu y arriveras quoi qu’il arrive », tout en me laissant totalement seule face à mes doutes et mes peurs. Je n’ai aucun souvenir de soutient ou de réconfort de leur part et quand j’en demandais, je me voyais répondre : « tu ne devrais pas te plaindre de la sorte devant ton frère, tu sais très bien qu’il a plus de mal que toi, tu devrais faire attention et être plus discrète, ce n’est pas facile pour lui », ou lorsque je voulais fêter un de mes succès : « ne sois pas ridicule, tu ne devrais pas te réjouir autant, c’est facile pour toi, ce n’est d’ailleurs pas un exploit, fais attention à ne pas être si imbue de toi-même ». Bref, d’un côté comme de l’autre, je ne devais tirer aucun avantage ni ferté de mes capacités, qui passaient pour de la vanité au mieux, et au pire pour de la vantardise. Encore aujourd’hui, il m’arrive de me débattre avec mon vieux démon du syndrome de l’imposteur…

Quant à mon père, je vous fais l’économie des détails sordides de son enfance, dont les parents, vous l’aurez compris, l’ont toujours considéré comme un raté face à une frère qu’ils admiraient.

Comme la plupart des êtres humains, il rêvait d’une vie conforme à ses désirs sans pour autant s’accorder le droit d’y accéder. Il avait fait d’excellentes études mais n’avait jamais osé les mettre en avant et décrocher les postes auxquels il pouvait prétendre. Il avait une angoisse sourde de l’échec tout en sachant qu’il avait largement les capacités d’accéder au succès, qu’il a atteint, sans aucun plaisir, et sans jamais se sentir en sécurité.

Je ne vous parlerai pas non plus ici de sa vie sentimentale, ni des 40 premières années de la mienne…

Bien sûr, chacun de nos succès (il y en a eu, quand-même !), a été vécu avec un vague sentiment de honte, attribuant celui-ci plus à la chance, aux autres, aux circonstances…, qu’à nous même. Et quand ceux-ci arrivaient à durer, une sourde culpabilité venait hanter la petite part de plaisir que nous pouvions en tirer.

Bref, il reproduisait, je reproduisais, nous reproduisions…

Nous étions victime des comportements, lois implicites et croyances dans lesquelles se sont forgées nos vies au fur et à mesure des générations.

La source : déloyauté au programme

La culpabilité ? Nous connaissons tous l’effet pervers de ce poison insidieux capable de nous gâcher nos meilleurs moments de bien-être.

La culpabilité vient du fait que, lorsque par hasard, ou en se faisant violence, on réussit, on se retrouve en déloyauté envers tout ce qui nous a été inculqué. On est déloyal au programme, à ce que nos parents attendent de nous sans le dire, sans même en avoir conscience. Ma mère m’a toujours dit : « ma chérie, une femme ne peut pas réussir sans un homme, regarde, j’ai essayé, j’ai échoué, tu vois bien que j’ai raison… ». Et en même temps : « Ma chérie, les hommes sont égoïstes et sans cœur, mieux vaux être seule que mal accompagnée ». Même si ça partait d’un bon sentiment, d’un élan de protection, cela sabotait mes chances de réussite professionnelle et personnelle pour les quelques années à venir. Mon célibat de longue durée a été un sujet d’anxiété permanent, et aussi considéré comme le « secret » de ma médiocrité. Malgré cela, en étant seule, je restais fidèle au programme familial : je ne pouvais pas trouver ma place professionnelle puisqu’ « on ne réussit pas sans un homme », et j’ai tout fait pour surtout ne pas réussir ma vie personnelle non plus puisque « mieux vaut être seule que mal accompagnée »…

J’ai toujours été une élève attentive et respectueuse…

Jusqu’à ce que mon système nerveux craque entre mes désirs et mes croyances, fondamentalement opposés. J’en voulais à la terre entière, aux hommes d’abord (bizarre non ??), et à mon père en premier, puis ensuite à ma mère… la rébellion classique en somme.

J’ai tout envoyé valser, mon boulot minable, mes relations instables et souffreteuses (je ne vous ai jamais parlé de mon mariage ?), mon frère, mes parents…

J’ai poussé les murs, foulé les conventions, fait explosé mes croyances, et j’ai commencé à m’autoriser.

Le remède : l’autorisation

La décision la plus importante que l’on puisse prendre dans la vie est de se donner le droit au bonheur.

Je dis bien « m’autoriser » : ça passe par ce moment où l’on prend conscience qu’on a passé notre vie à chercher l’approbation et la reconnaissance des autres, alors que la seule personne de qui on doit être reconnu, c’est nous-même.

Comme en amour, on court après celle ou celui qui pourra nous apporter cet amour dont on manque, alors que la seule personne à pouvoir nous le donner, c’est nous-même.

L’autorisation passe par l’amour de soi, la reconnaissance de nous-même comme un être digne d’aimer et d’être aimé au même niveau, digne de réussir quel que soit le domaine, la forme et le niveau de réussite.

J’ai commencé un chemin vers moi-même qui ne s’arrêtera jamais. J’y ai trouvé une certaine paix, une joie intense et aussi tout l’amour de mes parents. En faisant le premier pas en les aimant tels qu’ils sont, je les ai autorisés à en faire autant et nous apprenons à nous connaître.

Tout ce que je cherchais à forcer chez eux, je l’ai trouvé en commençant par le leur donner. Et la culpabilité s’est envolée.

S’autoriser responsabilise et rend à la fois plus conscient et plus confiant. C’est un travail acharné et ardu, qui demande vigilance, détermination et patience.

J’ai repris des études pour m’orienter vers ce en quoi je crois, ce pour quoi je sais maintenant que je suis faite, ce qui me rend heureuse. Je me suis lancée, la peur au ventre je l’avoue, mais fière, dans l’aventure de l’entreprenariat.

En fait, lorsque l’on s’autorise, peu importe que l’on ait peur, le plus important est de savoir s’ouvrir à ce que cela nous fait vivre quotidiennement, et à saisir les opportunités de changements qui se présentent.

Et au lieu d’être dans la répétition, on se retrouve soudainement dans l‘évolution.

Dès que la culpabilité s’estompe, on s’aperçoit qu’on est capable de réussir, on arrive enfin à s’y autoriser.

Modifier ses mécanismes et schémas est un apprentissage lent qui demande beaucoup de persévérance. Il faut surveiller ses pensées et ses émotions, les choisir jusqu’à ce que les croyances qui nous servent remplacent celles qui nous nuisent, et deviennent les nouvelles références de bases de notre fonctionnement.

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