Zerkalo
Chacune de nos rencontres
Telle l’Epiphanie…
Nous sommes tous seuls au monde
Tu étais plus légère qu’une aile d’oiseau
Tu descendais les marches
Et m’emmenais par les lilas fluides
Dans un ailleurs, chez toi.
De l’autre côté du miroir.
La nuit venue me fut donnée la grâce.
L’autel luisait dans l’ombre
Et la nudité s’inclinait doucement.
En me réveillant, sois bénis, disais-je.
Pourtant je me savais indigne.
Mais tu dormais, et les lilas
Te bleuissaient du bleu de l’univers.
Chaude et paisible…
Dans le cristal, se déversaient des fleuves,
Fumaient des monts et scintillaient des mers.
Et sur ta paume une sphère de cristal.
Toi, sur un trône, tu dormais…
Mon Dieu ! Et tu étais à moi.
A ton réveil, tu transposas
Les mots du quotidien.
Tu les rendis intenses.
Ton tutoiement avait un sens royal :
Un autre monde naissait.
Même les objets courants, le pot et la cuvette
Montaient la garde entre nous
De même que l’eau dure et stratifiée.
Nous étions entraînés au loin, dans l’inconnu.
Et sous nos pas naissaient des villes-mirages.
Docile, ployait la menthe obéissante.
Et les oiseaux étaient nos compagnons
Et les poissons remontaient le fleuve…
Le ciel se déroulait devat nos yeux…
Mais le destin déjà nous poursuivait,
Tel un dément un rasoir à la main.
