Je marche pour que le marine devienne ciel

Ce sont nos amis. Nos voisins. Des connaissances. Notre famille parfois. Quelque part à la campagne. Bourgogne, Loir et Cher, Cantal, hauts de France, Alsace.

C’est un couple de quinquas sympas, qui approche de la retraite. Enfin,la retraite… façon de parler. Artisans commerçants en nom propre ils travaillent tous les jours de l’année pour joindre difficilement les deux bouts. Ou pas. Bourreaux de travail. Ils avaient fêté la victoire de Mitterrand en 1981. Ils ont voté le Pen en s’en cachant depuis le mandat Sarkozy. Ils ne s’en cachent plus. Marre de ramer, marre de ne pas compter dans ce pays où le salariat des grandes entreprises et les fonctionnaires sont devenus seuls audibles. Marre de ces politiques pourris qui se goinfrent à Paris pendant qu’on s’amaigrit à Firminy, à Frangy, à Viry. Marre de la radio, marre de la télé, des journaleux qui tutoient les pourris, se foutent ouvertement des bobos qui se foutent des prolos qui peuvent pas bosser à cause des enfantd immigrés flemmards qui brûlent des bagnoles, des fainéants venus profiter de la caf et de la sécu et qui occupent la une du 20 heures avec leurs histoires de religion à la con. Et nous. On la ferme, on bosse, on s’accroche et puis quoi, rien. Même pas le paradis, tu parles ! Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras . Alors au moins Marine, ça leur fera les pieds. De toutes façons en 5 ans elle ne pourra pas faire grand chose. Pas grand mal. Mais ça les secouera une bonne fois… Et au moins elle, on n’a jamais essayé.

Une voix en résonance

Mais récemment ils ont tendu l’oreille à une nouvelle voix, entendue au JT, aux émissions de radio qu’ils écoutent en bossant. Les constats sont justes, sans ressentiment. Sans rancoeur. Ca s’entend. Et pourtant elle est sans concession cette voix. Elle met des mots sur leur présent insoutenable et injuste, mais c’est pour aspirer à demain. Librement. Ca s’entend. Elle les a surpris, à présent ils la guettent, pour percevoir dans les interstices si elle vient vraiment à leurs côtés. Pour l’instant elle semble raconter un projet sincère, pour eux. En résonance. Fin du RSI. Chômage pour tous. Congé maternité pour toutes. Décentralisation, confiance en ceux qui font. Non pas un projet pour eux seulement, ils n’en demandent pas tant. Mais pour eux aussi. Un projet pour la France, dont ils feraient partie ? Vraiment ?

Emmanuel Macron a tourné le dos aux socialistes. Comme eux. Il renvoie dos à dos les partis et leurs partisans. Comme eux. Et il trace sa route en leur tenant à tous le même langage. Il dénonce cette Europe en ronds de cuir qui bloque la France, comme eux. Et il a une autre idée d’une Europe qui pourrait tenter leurs petits enfants dans pas si longtemps que ça, ils grandissent si vite…

Ils sont là, tout près, derrière la porte à écouter, prêts au fond à abandonner la haine qui les maintient debout mais qui les assèche. Et dans leur soif de voir enfin se produire un changement, ils voudraient être sûrs, s’il devient président , qu’il ne s’entourera que de gens comme lui pour gouverner. Pas question de voir ressurgir les barons, les politicards de tous bords accrochés à leurs bancs en rond qu’ils occupent si rarement. En oubliant pour qui ils bossent. Quand ils bossent.

Le renouvellement par la vie civile ? Ils n’osent pas encore y croire. C’est quoi, c’est qui ? C’est trop lointain, trop impossible trop pourri. Trop incroyable . Ça va le rattraper tôt ou tard. Attendons pour voir.

L’espoir de ressembler un peu au monde

Et moi qui marche, je vous se rapprocher ces amis ces voisins, tout près et je suis très émue du chemin qu’ils viennent de faire. Un petit pas qui fait bouger tout le système. Il me reste le plus difficile à accomplir. Prendre mien leur désespoir. Me mettre à côté d’eux, prendre leur pas pour marcher.

Mes voisins, mes connaissances, des membres de ma famille, les vôtres ? ne sont pas haineux. Pas racistes. Pas eux. Ils sont fatigués. Ils réclament d’être entendus, de compter pour ce qu’ils sont. Alors ils seront prêts, dans un monde qui enfin, leur ressemblera un peu, à s’ouvrir avec lui et à lui ressembler un peu en retour. Juste assez pour ringardiser le repli. Plus besoin d’avoir peur. Et prêts à léguer à leurs petits enfants un monde agrandi et solidaire. Le marine pâlit..

Moi, c’est pour eux que je marche. Pour ma famille, pour mes voisins. Pas contre le FN, finissons en avec cette méprise qui nous piège à chaque élection. Il a transformé leurs traits pour qu’ils ne ressemblent plus à rien. A rien d’aimable, mais c’est une méprise. Je marche pour la réconciliation. Je veux leur tendre un miroir et réinvestir à leurs côtés la liberté, l’égalité et la fraternité d’une France en projet vers son progrès. Pour qu’on se re-connaisse dans nos reflets enfin de nouveau ressemblants, sur fond de ciel bleu clair.

Il nous reste une poignée de jours . Une poignée de mains. Marchons.

Fabienne, adhérente En Marche ! Paris 13