Globe terrestre avec inscription sur les perles · Vincenzo Coronelli · 1681–1683

A+B+C+…

Nouvelles d’une itinérance redécouvrant une sensibilité oubliée.

Une lettre puis d’autres, représentations au détour d’une vie, chaque personnalité entame un lexique.

Chaque rencontre vécue exhorte à exprimer le ressenti, dans ses différences, ses métamorphoses. 
Ce recueil de rencontres est au service d’un sensible en re-découverte.

Comme des occasions, telles des convergences, ces rencontres sont des entrevues avec moi-même…


Statue d’Athéna portant un casque corinthien, l’égide et la Gorgone · 180­-190 CE ·Liebieghaus Frankfurt am Main.

S

Dérouté & enthousiaste, je deviens apaisé et consciencieux, la facétie tournant autour de mon esprit.

Dans un morceau de ville, sous l’ombrage d’un arbre naissant, contrarié par un avenir où il est synonyme de calme, je me rends à une rencontre où je ne contrôle que mon pas.
Exempte de nervosités, l’empire érigé par son contrôle reflète sa volonté de ne pas être troublé. Son étonnement est synonyme de distinction.

Elle est sobre; elle est une protectrice; à la fois sur la retenue et attentive à ses intérêts. 
Curieuse, elle se méfie, avance à découvert en toute puissance, ses intimités sont en alerte.

Elle est prudente.


Panthère noire oreilles couchées · 1928 · François Pompon

C

Un sentiment de gâchis témoigne d’une journée où je me suis perdu dans un désert d’incertitudes. Les cordes sont tendues, je me méprends même quant au destin de mes clés… à tort. 
Désorienté, je me perds… Débordé, je me restreins.

Je me souviens d’un raffinement et d’une curiosité palpable.
Dans un coin face à la ville, nos inclinations sont jumelles.
Nous nous surprenons. Nos enthousiasmes communs s’emparent de cette journée.

Elle est une présente certaine saisissant l’être et à la voir, elle a la connaissance de ce qui s’accorde à elle. Fine, elle est habile par sa pugnacité.
Elle est un miroir dont je connais la forme.

Elle est généreuse, elle donne pour recevoir.


Représentation fantastique de la Voie Appienne · Gravure de Giovanni Battista Piranesi, 1756

D

Sujet à la mélancolie, je me remémore les gouts d’une nuit d’hiver, en la vivant.
Contrarié par le froid et le bruit, j’ancre ma patience dans l’attente.

Un débit de boissons et sa faune nous servent d’occasion.
La sévérité d’une brise d’hiver ne nous rend pas insensible à une écoute mutuelle. 
Nos parcours respectifs sont sujets aux interrogations. Nous rions de nos ensembles, formant chacun un réseau complexe d’expériences dans lequel il est possible de se perdre.

Elle est fragile. Persécutée entre l’ennui et la douleur, elle compose son chemin en rompant le pas de ceux qui la précèdent…
Perdue, elle n’est pas sans défense. Son intelligence repose sur son instinct, la fraîcheur de ses envies ne se reflétant pas chez ses pairs.

Elle cherche à écouter, à apprendre du monde.


Brünnhilde à la rencontre de Siegmund · Arthur Rackham · 1910

C

Epuisé par les aléas d’une pensée sans mouvements, un pas léger me porte.
L’embarras me gagne brièvement au regard d’un salon ne garantissant guère son rôle.

L’incrédulité face à une bien-pensance telle une revendication basée sur un modèle erroné nous a rapproché. 
Une rencontre dénuée de visages où la correspondance nous a amenée à l’exigence du mot. 
Notre incompréhension des échauffourées mondains exhortant leur sujet au sacré a fini par nous rencontrer.

Elle est sensible, alerte aux sensations offertes par le monde.
Cachée par sa vertu, sa réserve est à la portée de chacun mais peu décèlent sa force. Sa pudeur, reflet d’une honnêteté fait trépigner son bouillonnement.

Elle est accrocheuse, son opiniâtreté n’ayant d’égal que sa détermination.


Sphinx d’Ephèse reconstituée · Illustrations extraites de Delcourt · 1944

E

Engourdi par un froid naissant, je me presse d’une foulée emplie de gratitudes. Aux détours d’une journée où les réponses exigeaient de la précision, elle est un frisson.

Ces énigmes loin d’être un supplice sont la saynète d’une découverte par l’esprit et par l’imagination.
Crispés par le froid et la curiosité, nous nous épions, découvrant lentement nos aspirations. Les portes d’une rencontre s’ouvrent sur nos inspirations.
Nous nous questionnons, nous nous répondons.

Elle me touche… Ma traduction cherche son interprétation.
Mes réponses soulèvent ses questions. Je la touche.
Nous sommes vaincus mais emplis d’une allégresse restant discrète…

Elle est délicate, sensible à la réaction de l’autre, esseulée face à la provocation de la vie.
Généreuse souhaitant aller selon le vent, elle se retourne sans cesse.


Rondache · Sous l’égide de Mars · Musée de l’armée · Paris

M

Je n’ai fait preuve que de prudence, mon attention se portant sur le détail.
Ce chemin sans révélations me revient à l’esprit. Le crépuscule accompagne mon alerte ascension. 
Une peur m’inquiétait et m’a quitté.

Telle une posture qui s’exprime avec insistance, elle attire la distance.
Une ouïe avec distinction, une parole toute en précaution.
Harmonisés, distingués par tant d’autres, omis à dessein, certains mots font pointer un visage.

Nous nous distinguons autant que nous nous comprenons. 
Nous communions par nos véhémences aussi intensément que nos différences se craquellent.
Elle est proche, néanmoins absorbée par son intention. 
Elle est encline, portée par une stabilité semblant se dérober sous ses pieds.


Sculpture représentant Le dieu Hermès, dieu des voyages et de la langue et un de ses attributs, les talaria

F

La passivité m’a envahi, peu à peu libéré de ma sacro-sainte exigence.
Je suis caressé par une tranquillité dont je connais la timidité.
A l’heure où la lumière peine à s’affranchir de ces ombres, je suis assuré.

Nos expressions dans l’à peu près, un jargon interfère dans nos idées, nous servant malgré tout de messager.
L’ordinaire sans prétention révèle toute sa grandeur, les interactions se faisant en toute candeur.

Elle est spontanée dans notre incompréhension. Guidée par l’attention, l’envie de savoir comme apparente exaltation.
Sans le paraître, sa naïveté la couvre d’apparats. Ce faste inné perdant la mesure, finissant les pieds dans le plat.

Délivrée par les inusités, elle s’oriente vers ce qui va la métamorphoser.
Guidée par la fraîcheur d’un regard habitué, elle dépend d’un vulnérable intérêt.


L‘antilope von die Tierbilder · Jean-Baptiste Oudry · Staatliches Museum Schwerin

L

Ce qui m’est sensible m’offre une nouvelle respiration. 
Ancré dans la maîtrise, j’en avais oublié de redresser la tête, de considérer l’horizon.
Mes épaules en rébellion, mon insurrection me heurte, me laissant à mon corps furibond.

Un scepticisme excusé, une attention accordée, la gratitude produit son effet.
Derrière un rideau ébranlé par les années, triste allégorie d‘une timide discrétion devenue décoration, nous pistons nos trajets.
Nous nous écoutons, nous nous félicitons.

Eveillée par son élan, son allure se dessine à la cadence du labeur. 
Je saisis une intention toute dévouée à l’esprit, un instinct gourmand comme avidité.
Au hasard des découvertes, nous nous retrouvons dans l’inhabité.

Elle est déterminée, s’attachant à un chemin au diapason de ses grains de beauté.
Elle nous murmure d’un regard la passion qui l’éprend, armée d’une bienveillance, parée de pugnacité.


à suivre