Le chou Romanesco ou l’illustration de la suite de Fibonacci

Rencontrer ou la volonté de sortir de l’ornière

Sous-titres des 3 conditions sine qua non d’une expérience sensible

S’est révélé au matin d’une journée sans enjeux que ma pratique de la communication, loin d’être ennuyante et morose, me plongeait dans un tourbillon de pensées et d’idées d’une ressemblance anxiogène. 
Comme un cycle perpétuel s’amplifiant, le quotidien vous aspire, nous menant à devenir tatillon sur des détails, nous demandant une concentration dont l’objectif disparaît aussi rapidement que la cohérence avec son ensemble.
Un réel paradoxe : le détail est devenu une aiguille perdue dans une meule de foin…

En cherchant à perfectionner ma maîtrise de la communication, j’en ai oublié ce qui forge la communication : la rencontre. 
Pourquoi bien communiquer perd son sens sans la rencontre ? Être bon communiquant nécessite-t-il forcément d’être à l’écoute ? Comment communiquer peut s’avèrer difficile voir impossible quand les idées sont confuses ?

La prise de conscience d’un oubli…

Certaines personnes approuvent mes capacités de communiquant. Cependant, je me suis rendu compte qu’à force de croire en ces capacités · peut-être à juste titre, de les optimiser, j’en avais perdu le sens que je leur avais donné : Découvrir l’autre et échanger avec nos altérités, garder son oeil critique, se tempérer par une pensée objective.

Comment redécouvrir ses intérêts avec des personnalités partageant les vôtres, ou en grande partie ?

Comment faire en sorte de continuer à bien écouter, à tirer les bénéfices d’une écoute active quand vous faites cela automatiquement ?

Comment pouvons-nous nous rencontrer quand notre intellect n’est pas disponible ? Ne pas avoir la tête à cela…
Et encore moins si nous ne nous autorisons pas le temps d’une rencontre ?
Il est tellement aisé d’accuser le manque de temps quand notre volonté est indisposée…

J’ai donc décidé de rencontrer l’autre… et un autre en dehors de mon cercle proche ou identifié : Et si je rencontrais des personnes qui me sont réellement inconnues… J’utilise donc l’application Shapr et Facebook, avec parcimonie.
Je m’aperçois que la recette d’une bonne rencontre est simple : Elle nécessite 3 ingrédients : l’écoute active, un intérêt commun et la disponibilité.

Qui parle sème… Qui écoute récolte.

Écouter…

Être entendu est une chose; nous nous entendons tous… du jeune garçon ravi de sa construction en lego à la vieille voisine aigrie dont le balai est devenu l’instrument de revendication.
Mais se confronter à l’autre, son altérité, recevoir ce qui l’a à dire sans jugement.

L’homme et le macrocosme · Planche tirée du De utriusque cosmi maioris et minoris historia de Robert Fludd_1619

L’écoute, active ou pas, est un travail, un exercice épuisant dont la gymnastique est exigeante. Nos réflexes, nos spontanéités naturelles et culturelles vont nous empêcher de bien écouter. Nos organisations nous distraient continuellement : nous sommes soumis à 5 fois plus d’informations qu’en 1995 soit l’équivalent de 100 000 mots par jour.
Notre attention est mise à l’épreuve perpétuellement. 
Imaginez pratiquer l’écoute avec assiduité comme la respiration durant la méditation, notre pensée voulant régulièrement être sur le devant de la scène comme un enfant de 8 ans à la table des convives.

Pour comprendre le monde qui nous entoure, s’intéresser à différents points de vue est essentiel. Écouter, c’est créer un espace et un temps où les émotions & les ressentis à travers les mots génère de la confiance; simplement car elle n’est ni jugée, ni simplifiée. La parole cherche juste à être comprise, servant à nourrir les interlocuteurs.

L’intérêt en commun

Je ne suis pas le meilleur prêcheur du désintéressement. Je considère que nos actions sont intéressées, consciemment et inconsciemment. 
Je n’ai aucun mal à dire mon intérêt pour une situation, pour une parole ou pour un résultat. Cette vision peut-être décomplexée de l’intérêt me pousse à penser que l’on ne rencontre pas autrui sans un intérêt commun.
Intérêt “commun” ne signifie pas intérêt collectif, ni intérêt général; j’insiste sur l’intérêt partagé, celui qui peut exister de manière fugace entre deux personnes.

J’entends la rencontre comme un moment d’échange où l’écoute n’est pas désabusée ou contrariée.

Détail de l’étude des proportions · Leonardo da Vinci

Du moment où nous montrons un réel intérêt, l’écoute est confortable pour les protagonistes : elle instaure un climat de curiosité, une entente & une confiance réciproque. Dans mon cas, elle était de fouiller dans la connaissance et les émotions de l’autre, comme un miroir. 
Il n’est pas rare d’être agacé par la parole d’autrui si le climat y est hostile, la confiance rompue ou inexistante… Encore moins si l’intérêt commun n’existe pas.

Nous cherchons tous à comprendre les forces qui motivent autrui, qui les amène à faire telle ou telle chose. Tel un miroir, ce sont ces leviers qui nous rendent capable de penser comme l’autre; De voir les choses à travers sa manière de pensée; de ressentir les émotions, les sentiments, les expériences d’une autre personne : la définition même de l’empathie.

“… on se donne en donnant et, si on se donne, c’est qu’on se “doit” — soi et son bien — aux autres.” Marcel Mauss · Sociologie et anthropologie

Être disponible est sa capacité à recevoir

La rencontre n’est pas si simple : d’une part car elle nécessite d’être face à l’altérité et d’autre part de choisir de la recevoir ou non. 
La disponibilité ne désigne pas simplement le fait d’analyser, de savoir reformuler ou de comprendre ce qui est dit mais bien d’être concentré sur ce qui est dit. 
Parmi les protagonistes d’une rencontre, c’est l’émetteur d’un message qui mène la danse.

Concours de Castells · Tarragone

Ne nous mentons pas : Qui n’a pas refoulé une discussion en prétextant que “ce n’était pas le moment” ?
Pour des raisons qui nous sont propres, nous ne sommes pas disponibles tout le temps, loin de là. Être disponible signifie donc d’être présent à un temps et dans un espace où les conditions sont réunies; où un contrat implicite entre des protagonistes vient clairement expliciter le moment opportun.

Être disponible pourrait donc se définir par la disposition de quelqu’un envers une autre, par l’esprit, par le corps ou les deux n’étant pas occupé, engagé ou autre.

“Qui, n’étant pas déterminé par des engagements intellectuels ou affectifs, reste ouvert à toutes les sollicitations. Attention, conscience, esprit disponible” · CNRTL

“Être disponible”, serait-ce la clé pour comprendre l’ouverture d’esprit ?

On n’écoute pas pour répondre, on écoute pour comprendre

Après presqu’un an de rencontres, j’ai découvert des personnalités mais surtout des altérités. Des différences et des points communs réunis par nos disponibilités, nos intérêts réciproques, similaires ou non ainsi que nos écoutes, plus ou moins attentives.

À l’aube de nouvelles évolutions technologiques où apprendre sera le maître-mot, les technologies de communication permettent de communiquer avec davantage de personnes, offrent la possibilité de découvrir de nouvelles personnalités. Cependant, je doute de leurs utilisations dans un but de rencontre. 
Nous communiquons davantage entre groupes et endo-groupes : nous échangeons des messages avec nos amis, nos collègues, nos proches, nos groupes d’appartenances.

La rencontre pourrait donc, être redéfini par un socle de 3 conditions sine qua non : l’exercice de l’écoute, une compréhension commune d’un intérêt partagé et le questionnement en amont de notre disponibilité.

Ne nous enclavons-nous pas dans une rencontre avec autrui dont nous connaissons déjà les intérêts ? Sommes-nous toujours aussi disponibles pour ceux qui partagent nos quotidiens ? Sommes-nous à l’écoute de nous-même et des autres en étant en continuelle communication ?

Je m‘emploie à sortir d’un cercle vicieux où communiquer avec force et méthodes en fait oublier l’essentiel, notre sensibilité. 
Je m’evertue à veiller à ces trois conditions; elles sont les pare-feux d’une communication, essentielle à mes capacités mais surtout, un équilibre de vie dont le quotidien se fait le témoin impartial.

Recevoir c’est donner