Airbnb et les villes africaines: entre ravissement et inquiétudes

Le quartier du Plateau, Abidjan — Wikimedia Commons

J’ai testé le service. Un excellent séjour et certaines interrogations.

Il y a quelques semaines, alors que je devais préparer un voyage à Abidjan en Côte d’Ivoire, je me suis retrouvé face au tracas du choix du lieu d’hébergement. Avec le budget prévu pour ce poste de dépense, je ne pouvais pas me permettre de réserver dans un hôtel, qui sont hors de prix dans cette ville. Pendant plusieurs jours, j’ai fureté partout sur la toile, à la recherche de la bonne affaire. Jusqu’au moment où j’ai eu l’idée d’aller rechercher du côté de la célèbre application de mise en relation de propriétaires de logements avec les voyageurs.

Après la lectures des blogs et des sites webs spécialisés qui devaient m’aider à en savoir plus sur le service et sa fiabilité, je me suis lancé et j’ai réservé. Un beau petit studio situé dans un quartier tranquille, à deux minutes de voiture de l’aéroport international d’Abidjan. J’y ai passé un séjour agréable, avec un hôte à disposition à toute heure (que j‘ai évité autant que possible de solliciter) et des commodités qui rendaient la vie dans le logement très agréable.

Pendant la visite les locaux, je souffle à mon hôte que j’avais remarqué lors de la réservation qu’il mettait à la disposition des internautes plusieurs logements (6 en tout) à travers la ville. Il l’a reconnu et m’a fait une annonce surprenante, photos à l’appui: ils venaient d’inaugurer un immeuble dans la ville dont tous les appartements étaient destinés à la réservation sur Airbnb!

Vivre ailleurs comme-à-la-maison et pour pas cher

Les avantages de ce service ne sont plus à démontrer. Bien moins chers que les hôtels, les appartements mis en location sur Airbnb offrent un autre atout : celui de permettre au touriste de vivre comme-à-la-maison et de socialiser (ce qui est plutôt compliqué avec les hôtels). On adopte mieux une ville quand on se balade avec les clés de la maison dans la poche, quand on doit aller au marché pour faire sa cuisine, quand on peut inviter des gens à passer un moment chez “soi”, quand on peut demander au voisin quels sont les coins sympas du quartier…

Tout ceci représente une opportunité pour le tourisme, car entre autres contraintes, le logement des voyageurs et des touristes représente un vrai casse-tête, qui est vite réglé en passant par l’application. Et ce à moindre coût, en évitant le confort ouaté et très impersonnel des hôtels. Le tout conduisant à l’attractivité des villes (notamment africaines) dont on déplore souvent l’insuffisance des structures d’hébergement de passage. Et de l’autre côté, cela donne l’opportunité aux locaux de se constituer un revenu supplémentaire en mettant en location une chambre inoccupée ou un appartement laissé vacant.

Mais il y a à mon sens un revers important à cette médaille: la constitution de ce que j’appellerais des “entreprises Airbnb”.

Je reviens sur l’exemple de mon logeur à Abidjan. J’ai fait estimer le coût du logement que j’occupais par un ami, en tenant compte du quartier et d’après lui, s’il fallait le mettre en location ordinaire, le locataire n’aurait pas à payer plus de 75000 francs CFA par mois. Mais sur Airbnb, il était à 24€ la journée et pouvait rapporter jusqu’à 400000 francs CFA à son propriétaire chaque mois. Ce qui représente un gain supplémentaire de plus de 400%! C’est un filon qui peut rapporter très très gros. Tellement gros que mon proprio a fait construire une résidence destinée uniquement à son business sur Airbnb!

Bien que le phénomène de la mise en relation touristiques du style Airbnb soit, je l’imagine, encore marginal pour une ville comme Abidjan, le danger de la gentrification de nos espaces urbains est réel. Et il deviendra problématique quand de plus en plus de propriétaires se rendront compte de l’opportunité. La principale conséquence étant que certains quartiers seront désertés par les habitants de la ville, les loyers y étant devenus trop chers.

D’autres villes en font déjà les frais. La plus emblématique étant Barcelone en Espagne, où l’offre de location par des particuliers dépasse celle des hôtels. Provoquant une tension immobilière et sociale sur la ville et poussant la municipalité à adopter des mesures de durcissement visant la société californienne.

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