Faites gaffe aux affabulateurs 2.0

Photo: Anja - CC0 Public Domain, via Pixabay

Les vendeurs de poudre de perlimpinpin sont légion sur Internet.

Hier, j’ai reçu la visite d’un jeune homme, ma foi totalement inculte des procédés de création de la valeur sonnante et trébuchante sur le web. Je l’ai vite compris quand il m’a affirmé que ce sont les Américains qui “fabriquent” Internet.

Ayant entendu parler du fait que les gens parvenaient à gagner de l’argent par leur activité sur le réseau, il m’a d’emblée posé une colle: je veux savoir comment faire pour gagner de l’argent grâce à Internet. Puis de m’expliquer que l’un de ses amis qui réussirait à gagner 3 fois le salaire minimum local juste en mettant la tête d’un président sur le corps d’un chien…

Je lui ai parlé pendant une heure de référencement, d’AdWords, de contenus sponsorisés, de vente d’espaces publicitaires, de recherche de modèle économique, de développement, de levée de fonds et tutti quanti. Je ne crois pas qu’il ait retenu la moitié de ce que je lui ai dit.

L’entrepreneuriat numérique est la nouvelle mode. On a l’impression d’avoir des webpreneurs à tout bout de champ. Ce n’est pas une mauvaise chose, mais ce que je reprocherai toujours à quelques uns c’est de donner cette image rose bonbon du webpreneuriat. Non, entreprendre sur Internet n’est pas plus facile qu’entreprendre ailleurs. Les grandes success-stories de la Silicon Valley repoussent sous le tapis des échecs retentissants infiniment plus nombreux. De nombreuses start-ups n’ont pas su quitter ce statut, car elles n’ont pas pu trouver un modèle économique leur permettant d’industrialiser leur produit.

Dans le contexte de notre pays, c’est encore plus difficile. Si la qualité de la connexion à Internet s’est grandement améliorée depuis deux ans avec l’arrivée coup sur coup de la 3G puis de la 4G, entraînant dans son sillage l’accroissement du taux de pénétration d’Internet (un bond de dix points en une année), il n’en demeure pas moins que le contexte économique rend à la fois très difficile le fait pour les webpreneurs de capter des fonds à investir (il est toujours plus sécurisant de prêter pour financer l’achat d’un terrain que d’investir dans une chose aussi immatérielle qu’un logiciel) et qu’il demeure très compliqué d’inciter les gens à payer pour acquérir ces produits.

J’ai donné au monsieur quelques conseils:

1- Gagner de l’argent grâce à Internet est désormais une affaire de professionnels.

2- Pour pouvoir rentrer dans ses fonds, il faudra se former et être prêt à ne rien gagner pendant une, deux, voire trois années (comme tout entrepreneur débutant, quel que soit le domaine).

3- Cesser d’écouter ces légendes laissant croire qu’on cueillerait presque l’argent sur les arbres numériques et que pour cela, il suffirait d’avoir une connexion à Internet.