Pourquoi j’ai quitté WhatsApp

Chronique de la dégénérescence d’une amourette mal engagée.

Mal engagée parce que de toutes les applications que j’ai utilisées jusqu’ici (presque 200) c’est celle que j’ai été forcé d’adopter. Et comme presque tout le monde, je n’apprécie que moyennement les coups de pression amoureux. Il fallait partout et en tout temps se retrouver confronté à ces questions: 1- passe-moi ton WhatsApp. 2- QUOI?! T’as pas WhatsApp?

Puis il y a eu une fille. (Il y a toujours une fille, n’est-ce pas?) Et j’ai basculé.

Aujourd’hui, je me suis débarrassé de cette application. Et, purée, je respire!

Il faut dire que dès le départ, je ne trouvais vraiment pas de valeur ajoutée à cette application. J’utilisais déjà plusieurs applications de messagerie instantanée et ils étaient plus que satisfaisants.

Mais s’il y a une chose qu’on doit reconnaître à cette application, c’est la rapidité avec laquelle elle s’est disséminée et est devenue populaire. On finit par succomber, malgré ses réticences, quand on se rend compte que ce qu’on refuse d’adopter est en train de devenir le moyen de communication privilégié tout autour de soi.

Mais ça s’est vite gâté. Bien plus vite que je ne me l’imaginais, d’ailleurs.

  1. Le premier écueil: tous ceux qui ont ton numéro de téléphone dans leur répertoire téléphonique peuvent te retrouver sur WhatsApp, du moment où tu as activé un compte avec ce numéro. Ce qui en soi n’est pas un souci. Mais il devient problème quand
  2. l’un de tes contacts a eu la mauvaise idée de te rajouter dans un groupe dans lequel il y a des gens que tu ne connais pas, mais qui eux, peuvent facilement avoir ton numéro de téléphone, puisqu’il est affiché.

Les groupes sur WhatsApp, quelle plaie!

Je trouve que leur conception souffre de graves insuffisances. D’abord, comme mentionné plus haut, l’ajout se fait sans l’accord des personnes. Un matin, tu te réveilles avec des dizaines de notifications affichées sur ton téléphone et tu te rends compte qu’un maladroit t’a rajouté à un groupe.

Sur WhatsApp, plus que sur toute autre application de messagerie instantanée, les gens écrivent absolument à tout moment du jour ou de la nuit. Et ils écrivent énormément. On se retrouve parfois avec des messages par centaines à lire quand on revient après seulement quelques heures de déconnexion. Bien du courage pour lire toutes ces missives décousues.

Ensuite, tout le monde est alerté quand tu quittes le groupe. Donc quand tu te dis que tu n’as rien à faire là et t’en vas, toute la populasse du groupe, que tu la connaisse dans son entièreté ou non, est instantanément au informée du fait qu’il y a un déserteur.

Et c’est là qu’entre en scène le “facteur humain”.

La manifestation première du facteur humain est généralement celle de la personne qui a crée le groupe / t’a rajouté. Un jour, je suis sorti d’un groupe dans lequel on m’avait rajouté et en lequel je n’avais pas d’intérêt. Quelques minutes après, je reçois un message de la personne qui m’y avait ajouté. “Pourquoi tu as quitté le groupe?” -Pas d’intérêt, je réponds. Le lendemain, je constate que j’ai été rajouté au groupe, que je quitte une nouvelle fois aussitôt. La personne revient en privé. “Pour qui tu te prends? Avec qui tu fais l’arrogant?”

Une autre fois, l’administrateur d’un groupe m’a systématiquement rajouté à un groupe. A au moins quinze reprises. Parce que de manière tout aussi systématique, je quittais le groupe. Face à ma détermination, il a capitulé.

Et WhatsApp est bien le seul endroit, de toute ma vie d’internaute, où j’ai subi ce genre de désagréments.

Facteur humain 2: la qualité, la pertinence et l’utilité des informations échangées dans l’application.

Cet article de Foreign Policy, “Era Of WhatsApp Propaganda Is Upon Us” explique bien un fait: WhatsApp est devenu l’un des principaux canaux de diffusion de la désinformation. Un exemple parmi tant d’autres:

2014: Un message alarmant se propage, via WhatsApp, annonçant que les premiers cas de la fièvre Ebola, qui sévissait alors au Nigéria voisin et dans plusieurs pays de l’Afrique de l’ouest, ont été diagnostiqués dans un hôpital de Douala, au Cameroun. Fake news. Démenti rapide des autorités de la santé. Dans les chaumières, il y avait eu déjà un début de panique.

Gore et inutile

Dans le contexte local, les trucs les plus trash n’apparaissent plus du tout sur Facebook. Tout se passe dans l’underground des réseaux permis par l’application rachetée par Facebook en 2014, qui est devenu le siège de la délation et de la trahison. Le revenge porn y bat son plein. Les notes vocales les plus salaces — et au départ intimes — s’y partagent à une vitesse folle. Il y a aussi une profusion d’images gores. Les photos et les vidéos crues des nombreux accidents qui se produisent dans nos rues ou sur nos routes s’y retrouvent. L’apogée en a été la diffusion des images des victimes de l’accident de train d’Eséka qui a fait 79 morts et 600 blessés en octobre 2016. La semaine dernière encore, les vidéos du passage à tabac public d’un présumé homosexuel ont inondé le réseau.

En plus de cette profusion d’éléments violents, les informations échangées dans les groupes sont au mieux dénuées de pertinence, au pire inutiles. J’ai toujours été éffaré par la facilité avec laquelle les sujets de conversations pouvaient changer sur WhatsApp, y compris dans les groupes supposés les plus sérieux. Comme l’un de ceux dont je me rappelle, où mes camarades et moi devions devrions normalement discuter de nos mémoires de fin d’étude et qui au fil du temps est devenu un lieu de drague et de commerces en tous genres. Le tout par milliers de messages échangés.

On ne s’étendra pas sur ces spams qui sont censés faire rire ou alors sur ceux qui menacent leur destinataire d’être écarté de la grâce divine si jamais il s’avise de ne pas les transférer à ses contacts.

Toutes choses et tant d’autres qui m’ont peu à peu éloigné de l’application. Jusqu’à ce que je perde à la fois le numéro configuré sur WhatsApp et le téléphone sur lequel l’application était installée.

Ce qui reste, c’est cette impression d’être un peu à l’écart de la vie. Quand tu es sur Twitter ou sur Facebook, tu constates les bruissements, quand tout le monde parle d‘une chose ou d’une personne sans vraiment la citer, sans vraiment la montrer, il faut comprendre que des choses se trament sur WhatsApp.

Mais d’un autre côté, ne dit-on pas de plus en plus qu’Internet n’est pas la vraie vie?

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