Brésil Noir

Paru dans #CorseMatin texte augmenté #Settimana

Merci à @TonioAlbertini

Brésil Noir
On se souviendra que c’est un 31 août à 13h35 que le Sénat Brésilien destituât Dilma Rousseff, la première femme élue Présidente de la République Fédérative du Brésil.

Un coup d’état, le mot est posé là, voilà ce qui est arrivé à ce pays continent aux multiples visages et ce dans un silence lourd de la part des autres démocraties.
Le Brésil est dominé par une élite blanche qui détient depuis des lustres les leviers du pouvoir, médias, industrie, agriculture, économie, sans oublier les églises évangéliques.
Ces élites, majoritairement Italo-Brésiliennes mais aussi Allemandes et Portugaises ont toujours vu d’un très mauvais œil l’arrivée d’une gauche au pouvoir et son implantation dans la durée. L’histoire de l’Amérique du Sud est jonchée de cadavres, de fantômes de ces dictatures passées. 
On pensait le Brésil à l’abri d’un retour vers son passé. Qui se souvient de ces 21 ans de fascisme ici, de 1964 à 1985, du premier Président de gauche déchu, Joâo Goulart, pas grand monde.

On parlât plus du Chili, de l’Argentine, mais Le Brésil connut la plus longue et l’une des plus sombres nuits sud américaines

Ce sont déjà ces élites qui portèrent au pouvoir les militaires, avec cette peur bleue de perdre ce qui pour eux était un acquis de classe, de peau: le pays. A cette époque de jeunes étudiants, des paysans, des ouvriers menèrent la lutte contre l’intolérable, Dilma Rousseff en payât le prix fort des dizaines de jours de tortures, la prison et un procès, Lula, métallo, combattait aussi et allait vite devenir la figure émergente de ces mouvements.

Les familles qui se sont appropriées le Brésil, comme les Mariano du groupe de médias Globo portent en eux les germes d’un fascisme brutal, le Brésil aux blancs. 
Ils déversent des heures de programmes à abrutir le peuple aux cotés desquels les télés berlusconiennes ressemblent à Arte. Leurs infos sont partiales et reflètent rarement la vérité du pays. Maintenons le noir, le métisse, le pauvre sous notre joug et qu’il se taise, ne pas apprendre surtout, sauf à faire le jardin ou le ménage dans ces saletés de condominiums qui couvrent les états riches du pays.

Ces petites villes fermées où dorment tranquillement les nouveaux riches blancs dénués de toute culture si ce n’est la culture américaine, entourés de murs physiques et psychiques. Chacun à sa place, ces élites racistes possèdent aussi les églises évangéliques, qui volent les plus pauvres, abrutissent les masses de slogans ésotériques, homophobes et racistes.

La nébuleuse de droite voire d’extrême droite qui a mené ce coup d’état, est connue sous le nom des 3B. Balle les élus liés à la Police Militaire, aux Escadrons de la mort à l’ordre, Boeuf, les grands propriétaires fonciers éleveurs de bétail et Bible pour, les nouveaux évangélistes.

Des leaders de ce coup d’état Eduardo Cunha, ancien Président de l’Assemblée Nationale est le Machiavel de pacotille, démis de ses fonctions, évangéliste dévoyé, il est ce que le Brésil a engendrer de pire et pilote en sous main l’opération en cours. Dieu est partout ici, pas pour les plus pauvres ou ceux qui n’ont pas la bonne couleur de peau.

C’est donc dans ce beau pays que depuis près de 14 ans la gauche, le PT (Parti des Travailleurs ) a pris le pouvoir, Lula pour deux mandats, dont un non achevé, puis Dilma, dans les mêmes conditions.

On ne peut nier la corruption d’une partie du PT, comme de l’ensemble des grands partis de droite et du centre-droit. 
Mais on ne peut que considérer l’amélioration des programmes scolaires et universitaires mis en place par la gauche, l’évolution du système de santé, les acquis éthiques, mariage gay, protection des minorités, enfin le peuple « povo » avait quelque chose à dire… Et des leaders à suivre.

Sans oublier une politique internationale forte, incluant la reconnaissance d’un état Palestinien et l’ouverture d’une ambassade à Brasilia. La suite sera plus tumultueuse, un premier mandat de Lula réussi, des avancées importantes, mais aussi des concessions à ces élites, de plus en plus mal comprises par le peuple, une corruption endémique et la fameuse opération « LavaJato », nettoyage de voitures qui mis à jour une corruption à tous les niveaux du pays.

Lula à mis un visage sur le brésil à défaut de celui de Pelé ou du Corcovado. Malade, Il choisit pour lui succéder, une femme diplômée, dont le père Bulgare communiste vécut à Paris. Diplômée mais jamais élu, elle occupât les fonctions de chef de cabinet puis de Ministre des Mines avant de connaître la plus haute fonction régalienne.

Une femme à la tête d’un pays continent en pleine croissance avec des réserves en pétrole et matières premières uniques… Une femme ! Comment les « propriétaires de droit divin » du pays allaient ils pouvoir supporter cela ? Ces machistes d’une rare violence s’affichant avec des épouses ayant 40 ans de moins qu’eux étalant ce qu’ils connaissent le mieux : la vulgarité et la médiocrité.

Cunha, Renan, Neves, Temer, Bolsonaro et quelques autres organisèrent, avec l’aide des grands médias, des manifestations monstres dont le seul slogan était « Dilma dehors », des vagues auriverde envahirent le pays le temps de quelques jours. Beaucoup de participants venaient de ces fameux condominiums et manifestaient pour la première fois, « So chic », sans oublier ceux que Lula et Dilma avaient fait changer de classe… Et de nombreux mécontents.

Accusée de « pédalage fiscale » avant les élections de 2014, le prétexte était trouvé, restait à mettre en œuvre la mise à mort de Dilma. Un premier vote, d’une rare vulgarité, eut lieu a la chambre des députés en avril, insultes, invocation de dieu permanente, apologie par les terribles Bolsonaro, des tortionnaires de la Présidente, la messe évangélique était dite, même si le Machiavel de série B Cunha se retrouvait au tapis. Il restait l’un des hommes clé. Dilma dut quitter le Planalto pour 180 jours, attendant son ultime procès devant le Sénat en parcourant le pays, découvrant doucement « son » peuple. Technocrate, elle n’avait pas l’âme politique, cet impeachment lui ouvrit les yeux et fit d’elle, très impopulaire, une
sorte d’icône.

C’était sans compter sur ces « golpistas » qui, s’étant concertés, décidèrent un matin d’août de voter sa destitution définitive par 61 votes contre 20, sachant que sur ces 61 votes, 49 sénateurs étaient mis en examen.

Elle fit le choix d’assurer seule sa défense, durant près de 14 heures, pour la seconde fois de sa vie, elle avait à répondre à un tribunal fantôche. Ils n’osèrent pas lui retirer ses droits civiques pour huit ans, d’une certaine manière, elle avait gagné une des parties.

Depuis quelques mois, les nouveaux maîtres du Brésil reviennent peu à peu sur tous les acquis, sociaux, fermeture des aides aux étudiants, des logements sociaux et font même pire la création d’un « tribunal racial » pour les noirs voulant accéder à la fonction publique dans le cadre des quotas.

Quant à la politique internationale, ils opèrent un revirement discret notamment au proche et moyen orient.

Je ne peux que penser à Huxley dans le « meilleur des mondes » :

« La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader, un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. »

Car le peuple des pauvres, majoritairement de couleur et venu du Nordeste, la région la plus pauvre du pays, est tributaire des nouveaux riches, ils courbent le dos, pour le moment, car ils survivent grâce à ces classes et s’étonnent même qu’un blanc comme moi, parlent avec eux, passe son temps avec eux.
 Une partie des classes moyennes, celle ayant accès à la culture, enseignants, étudiants, médecins, une partie du peuple, honnissent ce quarteron de fascistes et protestent chaque soir. Ils sont l’avenir de ce pays où les blancs sont minoritaires, où le racisme social et de peau grandit, je suis convaincu, malgré le très lourd silence des leaders occidentaux que l’avenir verra poindre une nouvelle génération, tolérante, ouverte au monde…

Je parlais un soir du Brésil avec Bernard Lavilliers, « les causes perdues sont les plus belles car on peut les rattraper à condition de ne pas baisser la tête devant les petits marquis ».

L’ambiance est lourde ici, comme si l’on attendait les premiers morts, révolution, résistance, je ne sais pas, j’espère le meilleur, la paix pour ce pays éclaté.

Le Sénat brésilien, comme dans une ultime et mauvaise farce, a voté deux jours seulement après la destitution de Dilma Rousseff, un texte autorisant ce fameux « pédalage fiscal », principal chef d’accusation contre la Présidente, Cunha, lui est toujours libre.

Une partie importante du peuple brésilien est descendu dans la rue, notamment le dimanche 4 septembre à Sao Paulo, réclamant le départ de Temer et des élections immédiates.

Les légendes urbaines, glanées au gré de récits de proches disent que Dilma Rousseff évoquât plusieurs fois Pasquale Paoli, notamment pour sa protection des minorités, l’émancipation des femmes par le vote et notre Bandera avec cette tête de maure, de noir. Gageons qu’aujourd’hui notre drapeau, ressemble bien plus, comme notre île et ses valeurs de tolérance et de combat, au Brésil vrai et profond, que l’ « Auriverde » frappé de ces sinistres mots : Ordre et progrès, plein de relents au gout de peste brune, de peste blanche.

Depuis l’écriture de cet article, plusieurs leaders du “Putsch” ont été arrêtés ou inquiétés dont Temer, les municipales ont vu les grandes métropoles tomber aux mains de personnages troubles, Doria, Trump local à Sao et le terrible Crivella, illuminé et chef de secte à Rio.

Aécio Neves, leader pseudo playboy de la droite dure, impliqué dans le scandale Lava Jato et bien d’autres ne devrait pas peser lourd lors de la course aux prochaines présidentielles.

Le juge Moro (formé au Département d’Etat Américain) est dans la tourmente, le pays aussi.

Et pourtant, je suis convaincu que 2018 verra une victoire de la gauche, Lula ou Dilma, qui sait, devront ne pas commettre les mêmes erreurs que lors de l’arrivée au pouvoir du premier, couper avec les grands groupes, redéfinir la laïcité du pays gangréné par les sectes, faire le ménage partout, y compris chez lui au PT et surtout punir très sévèrement les auteurs et soutiens de la destitution de Dilma…

De jeunes personnalités devront être appelées aux affaires, comme Djamila Ribeiro.

Eric Battistelli