L’ISSUE


il fait si froid

l’amour est ce dont nous avons besoin, simplement, nous cherchons là, le creux de nos enfances, mais nous nous heurtons à des mirages….

Dans chaque amour, il y a l’amour unique et impossible, celui qui est dans ce que nous sommes, celui de nos mères et parfois et si tendrement de nos pères qui n’ont jamais su nous le montrer, ni même le ressentir, puisque comme nous ils le cherchaient si loin, si mal, mais si fortement.

La place de la ville se vide, elle est là, comme une statue, et j’ai, nous avons envie de lui dire, ne vieillis pas d’une seconde, ne change pas ce regard, qui sera si dur et froid dans quelques autres secondes, ce que nous cherchons, n’existe que dans ces espaces temps si courts, j’ai, nous avons envie de la tuer, pour son bien, pour qu’elle reste pure avec ce regard, ce sourire, pour lui dire

Ne t’abîme pas, la vie est trop violente pour toi, tu es une proie, une enfant, reste ou part, mais ne bouge plus.

Elle a fait un pas et comme toutes les mères, les femmes que nous avons pensé aimer, elle a disparu, pas elle, ni son corps, mais cet instant de grâce, d’éternité, ces secondes d’or, qui nous font rester ici, là, l’infiniment petit, ridicule, cet instant qui devrait durer, mais qui s’éteint si vite, qu’il nous replonge dans la pire des obscurités, celle du vide de nos âmes, celle de la lâcheté de nos vies, à la lâcheté de nos choix de “déjà-morts”.

Il y dans chaque amour, cette parcelle de nos terres d’enfance, ce gout sucré puis amer, nos peurs, nous passons nos pauvres vies à le chercher, ou plus honnêtement à le retrouver, ne serait ce qu’un instant, mais nous ne le pouvons pas, car il n’est qu’instants, il rode comme la mort, il a parfois son visage, il se cache derrière un sourire, au creux d’un regard, sur les lèvres parlantes, dans un corps qui vous ment, car il ne peut aimer.

C’est dans l’absence que nous nous mentons lâchement, cette sensation d’avoir besoin d’un autre, d’une autre, des autres, cette part manquante à chaque amour, celle de Bobin, comme celle de Pavese, de Camus, ces instants magiques qui font de nos passages, des tunnels éclairés quelques secondes, puis le noir, la peur, le froid reviennent et avec eux nos coeurs lourds entrant en hiver.

Je pense à vous, je pense à elles, j’ai froid, pourtant le soleil est là, la lumière, le temps, mais rien ne m’importe plus, il est temps, il est le temps, nous sommes le temps, ou plutôt ce que nous en faisons, il est comme l’amour, le creux et le tombeau de nos enfances, de notre insouciance, de cette quête douloureuse, qui nous conduit à l’issue, la seule, celle de la lucidité blanche, celle du manque, de la part manquante, l’issue bleue, radieuse, car ici bas dieu n’est point.

Eric Battistelli

Sao Paulo / SP Brasil /2017

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