400 QUATRE NAGES À TOKYO : KATINKA HOSSZU A REMIS LE MOTEUR, ET REGARDÉ OHASHI DANS SON RÉTRO

Éric LAHMY

Eric Lahmy

Dimanche 11 Novembre 2018

Katinka HOSSZU a remporté le 400 mètres quatre nages du meeting de Tokyo, et même si Vladimir MOROZOV a réussi un temps épatant sur 100 mètres, la distance reine du programme, il me semble bien que l’événement de la deuxième journée du meeting de Tokyo se situe autour du match de la Hongroise avec sa rivale japonaise.

Il a fallu en effet, pour ce faire dominer Yui HOHASHI, la gracile Japonaise médaillée mondiale en 2017 à Budapest, qu’on voyait venir depuis une ou deux saisons, et qui, avant et pendant l’été dernier, s’était imposée comme la plus rapide du monde cette année sur la distance, aux nationaux du Japon, en avril, avec un temps de 4’30s82, et avait remporté les PanPacifics (à la mi-août en 4’33s77), puis, un week-end plus tard les Jeux asiatiques (en 4’34s58). Autant de courses gagnées par des marges confortables. Aussi trône-t-elle, dans le bilan de la saison 2018, avec une avance considérable sur une certaine Fantine LESAFFRE, surprenante championne d’Europe en 4’34s17.

Quoiqu’on pense de la dextérité “phelpsienne” de Katinka HOSSZU de se sortir neuf fois sur dix par le haut dans les courses les plus hétéroclites dont elle fait son quotidien, des 50 mètres de styles au 800 mètres (et parfois même au 1500 mètres libre), vous aurez du mal à me convaincre que sa course signature n’est pas le 400 mètres quatre nages! HOSSZU en forme ne gagne pas le 400 quatre nages, elle l’écrabouille…

Les événements de 2018, sa rupture avec son coach, mari, homme d’affaires et à tout faire, supposé Pygmalion (pas mal fêlé de la cafetière), et la destruction, consécutive à la bruyante scène de ménage qui s’ensuivit, du cocon dans lequel HOSSZU avait sculpté, dès après l’échec des Jeux de Londres, sa stature de meilleure nageuse d’Europe — et, LEDECKY exceptée, du monde — ; ces événements, donc, eurent tôt fait de rendre HOSSZU beaucoup plus fragile. Elle traversa la saison 2018 telle un avion, dont les moteurs ont été coupés, glissant dans les airs et sur son erre, de moins en moins vite, de moins en moins portée par la vitesse acquise, en attendant l’inévitable (?) crash final.

Il n’en fallut pas plus pour que quelques donzelles bien placées se partagent les dépouilles avant même que la carcasse ne se mette à fumer et alors même que l’aéronef tenait encore l’air (quoique péniblement, au coeur des perturbations). Et à ce jeu-là, Yui OHASHI, médaillée d’argent de Budapest, qui était déjà prête, et Fantine LESAFFRE, qui ne l’était pas du tout, mais effectua un rapt assez bluffant lors des championnats d’Europe de Glasgow, furent les mieux-disantes…

Ayant choisi un coach à sa mesure et l’ayant engagé, HOSSZU a repris le chemin du « hard labour » qui bâtit les grands nageurs de distances moyennes à coups de centaines de kilomètres effectuées dans une recherche permanente d’améliorations techniques.

QUAND KATINKA SE MET À ÊTRE INSAISISSABLE, C’EST DANS TOUS LES STYLES !

Le problème, pour HOHASHI, que représente une HOSSZU en pleine forme, c’est tout simplement que la Magyare est imprenable dans tous les styles. La Japonaise a bien tenté quelque chose, et si c’est une erreur, c’est une erreur qui est tout à son honneur. Après que HOSSZU l’ait devancée en papillon, HOHASHI s’employa férocement, dans le parcours de dos, au point de lui reprendre une demi-longueur de corps ; il est fort possible qu’en se laissant ainsi reprendre, HOSSZU était en train de gagner, car, médaillée d’argent olympique du 100 dos et médaillée d’argent mondiale du 200 dos, elle ne devait pas se fouler, ventre à l’air, pendant qu’OHASHI mettait les gaz en grand.

Il est vain de tenter de distinguer, dans les quatre nages, les moments où le nageur appuie de ceux où il temporise, car les efforts ne peuvent se mesurer qu’en fonction de ses points forts ou de ses points faibles dans chaque style, le jour même de l’épreuve, et non tout simplement par rapport à la performance finale, comme dans toute course mono-technique.

Mais on peut sans craindre de se tromper parier qu’HOSSZU s’est promenée dans son parcours de dos, tandis qu’OHASHI appuyait furieusement sur l’accélérateur. HOSSZU reprit l’avantage en brasse (répondant ainsi du tac au tac à la Japonaise, qui l’avait devancée sur son style préféré, le dos, en lui coupant sa chique en brasse, le style où HOHASHI marque des points : voilà ce que j’appelle une belle bagarre ! — Je ne puis d’ailleurs m’empêcher de soupçonner que chacune a essayé d’impressionner l’autre en tentant de l’éreinter dans meilleur style, ce qui ferait de cette rencontre une sorte de bras de fer psychologique entre deux conquérantes).

HOSSZU conclut en crawl en 1’0s05, sept centièmes moins vite que HEEMSKERK dans les cent derniers mètres de son 400 mètres nage libre, la veille, à Tokyo !

Les 4’21s91 d’HOSSZU la laissent à distance respectueuse du record mondial en petit bassin de Mireia BELMONTE, 4’18s94, voire de son record de Hongrie, 4’19s46, ce qui fut un record du monde quand il fut établi, en décembre 2015 à Netanya. Mais on imagine, pour elle, que la bonne nouvelle n’est pas tant qu’elle est arrivée, mais bien qu’elle a retrouvé le chemin des sommets…

…VLADIMIR MOROZOV À 0s22 DES 44s94 POLYURÉTHANE D’AMAURY LEVEAUX…

Avec 45s16, Vladimir MOROZOV a établi un nouveau record de Russie en petit bassin du 100 mètres nage libre. Précédemment, le sprinteur russe avait nagé 45s23 (à Berlin le 6 août 2017). Le voici qui se rapproche des 44s94 polyuréthane d’Amaury Leveaux, qu’il a en valeur pure probablement battu… Course intéressante aussi, en ce que le second de l’épreuve n’est autre que le jeune champion olympique australien, Kyle CHALMERS, devancé d’un mètre ; CHALMERS lui-même laissait presque Blake PIERONI dans son battement de jambes

Sur 100 mètres brasse, la recordwoman du monde jamaïcaine Alia ATKINSON a réussi à dominer Yulia EFIMOVA dans une course tendue où la Russe s’est efforcée en vain de prendre la main. Les deux nageuses, en respectivement 1’3s09 et 1’3s42, restent en-dessous de leurs meilleurs, 1’2s36 et 1’2s91…

A défaut de battre des records, l’Australienne Minna ATHERTON ne cesse de s’imposer dans les courses de meetings de fin de saison comme la patronne du 100 dos en petit bassin. Elle l’a une nouvelle fois emporté devant Kira TOUSSAINT, également en forme, mais surtout deux grands noms, Katinka HOSSZU et Emily SEEBOHM, un peu inférieures à leurs meilleurs… C’est une bonne nouvelle pour l’ondine, élève diplômée de l’école secondaire (Grammar School) de Brisbane, aujourd’hui étudiante en bio-médecine de Bond University, ex-recordwoman du monde junior (59s58 et 59s37 en 2015) qui n’avait guère trop brillé après février 2016. On la croyait perdue, mais elle digérait à son rythme ses succès pré-olympiques et, surtout, se concentrait sur ses études. Née à Auchenflower, dans le Queensland, le 17 mai 2000, grande, 1,81m, surpuissante (75kg), exhibant la largeur d’épaules qui distingue la nageuse de race, la fille, néo-zélandaise par un de ses grands-parents, annonce la couleur: elle veut être championne olympique. C’est bon à savoir…

Femke HEEMSKERK a battu d’un poil SJÖSTRÖM sur 200 libre, ajoutant le 200 au 400! Voilà qu’après dix années dans les bassins la Néerlandaise, qui paraissait ne pas pouvoir s’évader de son cocon de relayeuse, se met à gagner des courses… et elle y prend goût. A suivre en présence de LEDECKY et autres féroces de l’épreuve…

A deux secondes de son record du Japon, Kosuke HAGINO s’est fait devancer par le Chinois WANG Shun sur 200 quatre nages. Le « Phelps japonais » n’a plus rien de triomphant depuis un an, qui accumule les défaites, sans qu’on puisse dire s’il s’agit d’un chant du cygne ou d’un passage à vide. Maintenant, il ne s’agit ici que d’un meeting et WANG n’est pas n’importe qui, formidable nageur protée qui avait enlevé le bronze des Jeux olympiques, derrière Michael PHELPS et… Kosuke HAGINO, et l’or aux Jeux asiatiques 2018 devant… Kosuke HAGINO, 1’56s52 contre 1’56s75.

MESSIEURS.- 100 libre : 1. Vladimir MOROZOV, Russie, 45s16 ; 2. Kyle CHALMERS, Australie, 45s78 ; 3. Blake PIERONI, USA, 46s79.

1500 libre : 1. Mykhailo ROMANCHUK, Ukraine, 14’27s93 ; 2. Syogo TAKEDA, Japon, 14’33s26; 3. Sergi FROLOV, Ukraine, 14’39s22;

50 dos : 1. XU Jayu, Chine, 22s87 ; 2. Michael ANDREW, USA, 23s17.

50 brasse : 1. Peter STEVENS, Slovaquie, 26s03 ; 2. Kiril PRIGODA, Russie, 26s19; 3. Yasuhiro KOSEKI, Japon, 26s20; 4. Ilya SHYMANOVICH, Biélorussie, 26s26.

200 papillon : 1. LI Zhuhao, Chine, 1’50s92 ; 2. Takumi TERADA, Japon, 1’52s ; 3. Nao HOROMURA, Japon, 1’52s04 ; 4. Masato SAKAI, Japon, 1’52s24 ; 5. Yuuya YAJIMA, Japon,

200 4 nages : 1. WANG Shun, Chine, 1’51s45; 2. Kosuke HAGINO, Japon, 1’52s50; 3. Keita SUNAMA, Japon, 1’53s96; 4. Ippei WATANABE, Japon, 1’54s34.

DAMES.- 200 libre : 1. Femke HEEMSKERK, Pays-Bas, 1’51s91; 2. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 1’51s92; 3. Rio SHIRAI, 1’54s67; 4. Tomomi AOKI, Japon, 1’55s11.

Passages d’HEEMSKERK, 25s97, 54s48, 1’23s26, 1’51s91

Passages de SJÖSTRÖM, 26s62, 55s17, 1’23s73, 1’51s92.

100 dos : 1. Minna ATHERTON, Australie, 56s04; 2. Kira TOUSSAINT, Pays-Bas, 56s24 ; 3. Katinka HOSSZU, Hongrie, 56s47 ; 4. Emily SEEBOHM, Australie, 56s59 ; 5. Rio SHIRAI, Japon, 57s48 ; 6. Miyuki TAKEMURA, Japon, 57s56.

100 brasse : 1. Alia ATKINSON, Jamaïque, 1’3s09 ; 2. Yuliya EFIMOVA, Russie, 1’3s42 ; 3. Siobhan O’CONNOR, Grande-Bretagne, 1’5s07.

50 papillon : 1. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 24s51; 2. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 24s58 ; 3. Rikako IKEE, 24s80.

400 4 nages : 1. Katinka HOSSZU, Hongrie, 4’21s91; 2. Yui HOHASHI, Japon, 4’22s73; 3. Sakiko SHIMIZU, Japon, 4’28s62; 4. Miho TAKAHASHI, Japon, 4’31s19.

Passages d’HOSSZU, 59s96, 2’6s49, 3’21s86, 4’21s91

Passages d’HOHASHI, 1’0s24, 2’5s91, 3’21s89, 4’22s73.


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