CATHERINE PLEWINSKI : « PENDANT TOUTE MA CARRIERE, JE ME SUIS BATTUE POUR OUBLIER QUE LES MEILLEURES ETAIENT SOUVENT DOPEES »

Vendredi 13 Janvier 2017

Catherine Plewinski était présente récemment à Genève à l’occasion d’une réunion au club suisse de la presse, dont le prétexte était le 100ème anniversaire du plus grand club de natation de la cité helvète.

Inévitablement, où qu’elle soit, les questions qui viennent à l’esprit en face de Catherine, concernent le dopage de ses adversaires, est-allemandes et chinoises. Elle fut loin d’être la seule confrontée à ce challenge, mais elle est l’une de celles (et sans doute la seule française de l’époque) à en être lésée au niveau des médailles !

C’est pour répondre à de telles interrogations qu’elle a tenté d’écrire au fil de sa pensée sur le sujet ce qui donne le texte ci-dessous. Texte émouvant en ce qu’il restitue l’obstination avec laquelle l’une des meilleures nageuses du monde s’interdit le moindre doute, le moindre état d’âme concernant le dopage organisé et étatique de ses déloyales concurrentes. Ce refus entêté d’admettre ce qui se déroulait, Catherine en donne la raison, simple et douloureuse. Si elle avait cru un seul instant au dopage de ses adversaires, elle aurait immédiatement abandonné la compétition.

Née à Courrières, dans le Pas-de-Calais, le 12 juillet 1968, Catherine se distinguait par sa considérable vitesse de base, malgré des dimensions seulement moyennes, 1,64 et demi pour 58 kg, grâce à d’excellentes qualités neuromusculaires, une envergure de 1,75m, un physique qui apparaissait, finalement, bâti pour la natation, mais précise-t-elle, alors qu’elle était au départ petite et fluette, ses épaules assez larges étant dues à un travail, hors de l’eau, de renforcement musculaire; elle comptait aussi sur un mental peu banal autant à l’entraînement qu’en compétition. Elle pouvait se médailler autant sur 50, 100 et 200 mètres. Entraînée dans un lieu fort isolé, Abbeville, avec Claude Fauquet, durant l’année des championnats d’Europe de Sheffield, mais, pour l’essentiel de sa carrière, au Fayet par Marc Begotti, sans doute d’une des tous meilleurs entraîneurs « techniques » avant que Fabrice Pellerin (Yannick Agnel et Camille Muffat) n’entre en scène, elle remporta, durant son assez longue carrière internationale, débutant en 1985 aux Européens de Sofia, en Bulgarie, les titres de championne européenne du 100 mètres papillon et du 50 mètres libre à Bonn (Allemagne) en 1989. Médaillée de bronze olympique du 100 mètres (55s49) à Séoul (Corée), en 1988, et du 100 mètres papillon (59s01) à Barcelone (Espagne) en 1992, elle accéda à quatre autres finales olympiques, sur 50, 100 mètres et 100 mètres papillon (deux 4e places, une cinquième, une septième). Elle fut aussi médaillée d’argent des 50 et 100 mètres et 3e du 100 mètres papillon des mondiaux de Perth, Australie, en 1991. Elle fut aussi 3e du 100 mètres papillon européen en 1987 à Strasbourg.

Catherine Plewinski fut l’une des nageuses les moins chanceuses de l’histoire, en ce qu’elle fut confrontée à deux systèmes de dopage massif, celui des Allemandes de l’Est et celui des Chinoises, dont on sait maintenant qu’ils furent dirigées sous une gouverne de l’Etat.

Q: Catherine, vous avez nagé à une époque troublée par les affaires de dopage. Face aux nageuses de l’ex-RDA, puis face aux Chinoises, qui avaient repris leurs douteuses méthodes, vous sentiez-vous désarmée ?

CATHERINE PLEWINSKI.- Est-ce que les seules armes possibles étaient le dopage. Je ne crois pas. Ce sont les journalistes et les gens qui doutaient qui pensaient que je me battais sans armes. Alors que moi, je pensais avoir les meilleurs armes avec moi, le travail et le mental.

Je n’ai jamais cru un instant que ces filles étaient dopés. Pour moi la natation se serait arrêtée immédiatement si cela avait été le cas.

Q: Ressentiez-vous l’injustice de votre situation ?

CATHERINE PLEWINSKI: Non je ne pouvais pas être une victime d’une injustice et je ne voulais pas être une victime d’une injustice.

Lors des Jeux Olympiques de Séoul en 1988, lorsque nous avons pris possessions de notre appartement avec les nageuses de l’équipe. Après une visite des lieux extasiés de l’appartement nous avons tout naturellement abordé la compétition et les possibilités d’entrer en finale. J’ai été choquée des propos tenus. Moi, j’arrivais avec mes ambitions, mon envie de bien faire et d’aller le plus loin possible et j’étais persuadée que l’on était toutes avec cette envie de réussite mais mes copines, elles, arrivaient persuadés de ne pas pouvoir passer le stade des séries parce qu’elles étaient persuadés que les nageuses des pays de l’est étaient dopés. Leur participation aux Jeux s’arrêtait là, dans cette chambre. Rien n’était envisageable et le plus fou c’était de les voir me mettre sur un piédestal en me rejetant et en me disant : non, mais pour moi ce n’était pas pareil c’était facile……

Non, je ne me préoccupais pas de ce qui se disait et de ce qui s’écrivait. Je n’avais pas de temps à perdre avec ces rumeurs. Il y avait suffisamment de personnes autour de moi qui se posaient des questions pour que je me consacre entièrement à mes ambitions.

Q: Aviez-vous fait connaître vos doutes ?

CATHERINE PLEWINSKI: Ce sujet ne m’intéressait pas. Vous savez, il y avait suffisamment de mauvaises langues pour dénigrer ces filles. Je partageais les mêmes vestiaires, les mêmes sanitaires. Pour ma part, je n’ai jamais rien vu ni trouvé quoique ce soit de suspect. Alors les gens qui trouvaient des seringues ou je ne sais quoi d’autres ne m’ont jamais rien rapporté. Pour ma part je pense que beaucoup de rumeurs ont circulées autour des bassins. Pour certains ça servait d’excuses pour ne pas performer.

Q: Comment avez-vous vécu cette situation ?

CATHERINE PLEWINSKI: Pendant ma carrière, j’ai occulté toutes formes de dopage. J’ai fait confiance aux instances dirigeantes pour me consacrer uniquement à ma carrière. Je me suis battue contre moi-même pour ne pas me laissé embarquer contre cette folie dont tout le monde parlait. Vous savez l’objectif de ma carrière était de rester au plus haut niveau le plus longtemps possible. 10 ans me paraissaient un critère de réussite raisonnable. Michaël Gross était un exemple à suivre remarquable. L’injustice je la vivais à ce moment de la compétition ou je me rendais compte que plus j’augmentais mon niveau de performance plus ces filles étaient capable de nager vite. Et où je me posais des questions auxquels j’étais obligés de me répondre, ne lâche rien, elles n’ont pas été contrôlé positif, accroche toi, ne te laisse pas piégé comme les autres continue à y croire, travaille soit forte. Un jour ce sera possible.

En 1996, ma carrière était terminée depuis 3 ans mais je m’étais remise à nager un peu tous les jours sans ambition aucune, pour le plaisir de nager. En quelques semaines j’étais qualifiée pour les Championnats de France. Mon entraineur Marc m’a proposé d’y participer, j’ai répondu que si j’arrivais à m’entrainer régulièrement je ferais partie du voyage et c’est ce que j’ai fait. Je suis arrivée aux Championnats de France en toute décontraction et en me rendant compte sur place que c’était les qualifications pour les Jeux Olympiques d’Atlanta et que le monde de la natation Française m’attendait, mais que pour ma part ce ne faisait pas partie de mes ambitions.

Enfin, contrairement à ce que je pensais, j’ai nagé à un niveau très convenable ne passant pas si loin des qualifications. La question sur le chemin du retour s’est naturellement posée. Mon entraineur me l’a posé. Pourquoi ne pas reprendre le chemin des bassins ? En quelques mois, en nageant une fois par jour j’avais retrouvé un niveau convenable. L’envie me démangeait réellement de dire oui, ce monde là me manquait cruellement mais je n’avais plus la force morale de fermer les yeux et de croire que le dopage n’existait pas. Je ne pouvais plus occulter le dopage comme j’avais su le faire toute ma carrière. J’étais usée moralement d’avoir fourni tant d’effort pour croire que les filles contre lesquels je m’étais battue étaient comme moi. Et je peux vous dire que ce jour, lorsque j’ai dû faire l’effort de répondre à cette question, je me suis rendu compte des efforts que j’avais du fournir pour ne pas baisser les bras et mener la carrière que j’ai menée et je suis assez fière de ce que j’ai pu réaliser.

Et la réponse c’est imposée d’elle-même. J’avais su faire face aux Allemandes de l’est, puis aux Chinoises. Je n’avais plus la force nécessaire ni les armes suffisantes pour devoir me confronter aux dopages si cela devait être le cas. J’ai arrêté de nager définitivement en rentrant de cette compétition. Je le regrette et le regretterai définitivement. C’est tellement beau d’être maitre de son destin, de se donner les moyens de créer de la performance et du rêve.

Q: Avez-vous songé comme certaines nageuses, appuyées par des média, à réclamer vos titres et médailles volées ?

CATHERINE PLEWINSKI.- Non, je ne crois pas que ce soit à moi de le faire. J’aurais aimé croire que nos instances, fédérales et olympiques aient le courage de rétablir l’ordre des choses mais ce n’est pas le cas.

Ce que j’aurais aimé réclamer — mais qu’un titre et une médaille, même rendus, ne me donneront jamais — c’est de savoir quelle carrière j’aurais pu avoir. Si dés mes premiers championnats du Monde en 1986 j’avais été médaillée, comment j’aurais réagi, est-ce que l’année d’après, j’aurais été championne d’Europe puis Championne Olympique en 1988? Ce qui me hantera jusqu’à la fin de mes jours, c’est de me douter que j’aurais pu faire une carrière encore plus brillante.

On ne m’a laissé aucune chance de découvrir quelle athlète et quelle femme je serais devenue réellement. Les médailles et les titres rendus n’y changeront rien. Ce n’était pas le plus important.

3) Les instances doivent-elles plus se mobiliser pour sauver une pratique sportive, et les médias dénoncer ces pratiques illicites ?

CATHERINE PLEWINSKI.- Je crois qu’effectivement les instances doivent continuer à se battre pour lutter contre le dopage. Mais pas que les instances sportives. Les instances sportives doivent être intransigeantes. On ne peut pas avoir de seconde chance après s’âtre dopé. Les sportifs doivent être responsable de leurs actes et en assumer toutes les conséquences. Il y a des règles à respecter, elles sont les mêmes pour tout le monde et franchement ce n’est pas si compliqué. Il y a aussi un travail de fond à faire dans les clubs. Les entraîneurs doivent montrer l’exemple. Ils sont avant tout éducateurs. C’est à eux d’éduquer les nageurs dès leur plus jeune âge et de leur démontrer que l’important, c’est d’aller au bout de soi même. C’est comme cela que l’on devient un champion en dépassant ses propres limites avec ce que l’on est réellement.

Les médias doivent être un outil pédagogique pour l’éducation des sportifs et non pas un outil de « commérages »

Quel « message » aimeriez-vous faire passer aux jeunes générations ?

CATHERINE PLEWINSKI.- On ne vit qu’une seule fois, prenez soin de vous. Le sport n’est qu’une infime partie de votre vie et les choix que vous faites pendant votre carrière auront une incidence sur votre après carrière. Faites des études, investissez-vous dans le sport qui est une magnifique aventure. Vous serez le seul maître à bord. Votre investissement vous permettra de découvrir le monde, la vie et vous apprendrez à vous connaître et à dépasser vos limites.

Tous cela c’est magnifique et les médias doivent se battre pour défendre un sport sain.

Votre expérience de championne n’est-elle pas finalement une victoire en soi ?

CATHERINE PLEWINSKI.- Mais à quel prix ? Je ne sais pas ce que j’aurais pu devenir réellement. Et une victoire apporte satisfaction et apaisement. Ce n’est pas le cas pour moi. Ce n’est que questions, et pas de réponses. Des filles ont subi un dopage d’état systématique et en subissent pour certaines encore les conséquences au niveau de la santé. Elles ont subi des pressions familiales pendant toutes leurs carrières et étaient sous surveillance permanente.

Et pour avoir échangé avec Kornelia Ender, je sais que la plupart d’entre elles ne savaient même pas ce qu’elles prenaient.

Je suis finalement victime du dopage, mais je n’en perdrai pas la santé, et c’est le plus important !


Originally published at Galaxie Natation.

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