CHARLOTTE BONNET CHAMPIONNE D’EUROPE, CHANGE DE STATURE, FABRICE PELLERIN RETROUVE SON DOIGTE DANTAN

Éric LAHMY

Lundi 7 Août 2018

Charlotte BONNET est devenue championne d’Europe du 200 mètres. On s’attendait à un duel serré avec la Néerlandaise HEEMSKERK, mais la Niçoise a obtenu le verdict plus facilement que prévu. HEEMSKERK a vite été débordée par l’attaque immédiate de la Française qui se portait seule en tête sans attendre. Charlotte se retrouvait au virage en 26s72 et la course s’étirait déjà ; HEEMSKERK, presqu’une mètre derrière (27s27), disposait elle d’une avance équivalente sur la Russe Anastasia GUNZHENKOVA et la Britannique Eleanor FAULKNER, 27s74 et 27s76. BONNET ne fut jamais rattrapée, elle eut la course en main du début à la fin tandis qu’HEEMSKERK eut un mal fou à défendre l’argent que tenta GUZHENKOVA de lui ravir à l’issue d’un retour robuste.

Charlotte accroissait constamment son avance et héritait à la fin de son parcours d’un nouveau record personnel, mais aussi d’un record des championnats, avec 1’54s95. Comme le dit record des championnats était la propriété de Sarah SJÖSTRÖM, avec 1’55s30, depuis Londres 2012, on peut suggérer que Charlotte BONNET, hier soir, venait d’accéder à un niveau qui, malgré des années d’efforts, lui échappait jusqu’ici…

Il est vrai qu’elle n’était vraiment pas loin, en une sorte d’antichambre de la plus haute valeur, en-dessous des PELLEGRINI, FRANKLIN, MUFFAT, SCHMITT et autres LEDECKY (voire, par éclipses, SJÖSTRÖM, qui, par rapport à l’épreuve, passait de phases d’adhésion à d’autres de réluctance — et qui a fini par abandonner la distance pour se recentrer sur le sprint, avec le bonheur qu’on sait.

Avec ses 1’54s95 (26s72, 55s87, 1’25s59) et donc le passage sous les 1’55s, BONNET n’est plus devancée, sur le papier, que par trois filles, les deux premières des Commonwealth Games de Gold Coast, la Canadienne Taylor RUCK, 1’54s81, l’Australienne Ariarne TITMUS, 1’54s85 et, last but not least, Kathy LEDECKY, 1’54s60 aux championnats US d’Irvine. LEDECKY dont le profil de course est très proche de celui de la Française : 26s90, 55s77, 1’25s04…

En attendant les courses des PanPacifics, dont on voit mal ce qu’elles pourraient changer à la hiérarchie, l’élève de Fabrice PELLERIN à Nice entre donc, à 23 ans, dans un Gotha renouvelé de l’épreuve. A condition de garder la santé et de conserver son enthousiasme, elle devient également une concurrente respectée des championnats du monde 2019. Mais n’anticipons pas…

PELLERIN n’en restait pas là puisque le Suisse Jeremy DESPLANCHES, qu’il entraîne, enlevait le 200 quatre nages. C’était prévu, disaient d’aucuns, mais il fallait le faire. Des coaches comme des nageurs, on aimerait croire que le talent ne s’efface pas. Mais il est bon de se le prouver de temps en temps, et Glasgow marque peut-être un GRAND retour!

BONNET COMME LESAFFRE OU ALYS THOMAS: LE TALENT VAGABOND

Le succès de BONNET (née en 1995), comme trois jours plus tôt celui de Fantine LESAFFRE (née elle en 1994) sur 400 mètres quatre nages, mettait en avant un genre de nageuse à éclosion tardive, au rebours d’un schéma classique de talent précoce, parfois de façon phénoménale, illustré chez nous par Laure MANAUDOU ou Camille MUFFAT, ailleurs par Missy FRANKLIN, Ruta MEILUTYTE ou Katie LEDECKY.

Le cas de LESAFFRE est plus frappant, car BONNET était déjà qualifiée aux Jeux de 2012, comme relayeuse, à 17 ans donc, et frappe par sa maturation lente mais régulière, tandis que l’arrivée de LESAFFRE au sommet du quatre nages emprunte à la soudaineté d’un tsunami.

Le phénomène n’est pas QUE français et la meilleure illustration en est Alys THOMAS, Galloise aux yeux pâles, qui a terminé 3e du 200 mètres papillon, hier. THOMAS se révèle au « top » dans sa 28e année, un record dans son genre ! Née le 10 octobre 1990 à Isleworth, dans le Grand Londres, elle a nagé ses 3e Jeux du Commonwealth sous les couleurs du pays de Galles, dont la devise, comme chacun sait, est Y Ddraig Goch Ddyry Cychwyn, Cymru am byth ((le Dragon rouge inspire l’action, pays de Galles pour toujours) !

Jusqu’à 2017, THOMAS ne s’était en rien distinguée, et si elle nageait les Commonwealth de préférence à toutes les autres compétitions, c’est que les particularités de la Grande-Bretagne font surgir à l’occasion de ces Jeux des équipes d’Angleterre, d’Ecosse, etc., et qu’Alys trouvait sa place dans celle du pays de Galles. Cette année, elle est devenue la fille qui a « détruit » Laura TAYLOR et Emma McKEON à Gold Coast aux Commonwealth sur 200 papillon, et en 2’5s45 s’il vous plait. Résumé de sa carrière : première médaille sur 200 papillon à 9 ans. Première médaille internationale sur 200 papillon à 27 ans…

C’est sous les couleurs de la Grande-Bretagne, qu’elle évoluait ce week-end européen à Glasgow.

THOMAS, à Gold Coast, ce jour d’avril dernier, n’a rien vu de la course. Ses lunettes se sont embrumées et c’est dans le brouillard et sans pouvoir se situer dans la course qu’elle a effectué ses deux allers-et-retour de bassin…

Ce qui nous a valu l’expression de surprise, comme une décharge électrique, à l’arrivée, quand Alys découvre qu’elle a gagné ! Elle n’en revient pas, « Ah ! Est-ce possible, » c’est Alys au pays des merveilles !

Pourquoi celle qui fut une bébé nageuse, rattachée ensuite à cinq ans à un club, a-t-elle attendu si longtemps avant d’exploser ?

D’abord, elle a suivi de solides études (psychologie) à l’Université de Swansea, alternant des années dédiées à son cursus, d’autres où elle panache avec le sport, d’autres enfin, pour les Jeux du Commonwealth, où elle a appuyé sur le sport. Ensuite, elle a été blessée (à un bras), ce qui ne l’a pas rendue opérationnelle pendant un certain temps.

L’ENERGIE RUSSE, C’EST UNE ENERGY STANDARD

A Glasgow, elle a nagé en-dessous de sa valeur des Commonwealth et été devancée par Boglarka KAPAS et la Russe Svetlana CHIMROVA. KAPAS est l’antithèse d’Alys. En 2010, elle avait gagné la course des Jeux olympiques de la Jeunesse, à Singapour en un peu plus de 2’8s. Talent précoce, elle a ensuite vagabondé avec talent sur 400 et 800 libre. Là, elle est retournée à ses premières amours.

Les Russes Kliment KOLESNIKOV et Evgueny RYLOV ont réalisé le doublé qu’on attendait d’eux sur 100 dos. KOLESNIKOV s’est déchaîné sur 50 mètres puis il a contrôlé. En 52s53, une fois n’est pas coutume, il n’a battu aucun record, ni du monde junior, ni d’Europe junior, et il a laissé tranquille les sommets mondial de Ryan MURPHY, 51s85 et continental de Camille LACOURT, 52s11. RYLOV chatouille son équipier en fin de course (52s74) et les autres sont plutôt loin derrière.

La Russie se débrouille pas mal, à Glasgow, et au succès de KOLESNIKOV répond en écho le formidable 200 brasse d’Anton CHUPKOV, lequel frôle le record mondial d’Ippei WATANABE, 2’6s80 contre 2’6s67. Encore 5e à mi-course, CHUPKOV foudroie l’adversité. Il y a de l’énergie dans tout ça. De l’énergie… standard !

Le relais mixte quatre nages, l’une des courses les plus bêtes du monde, terminait la journée. On a pu y avoir l’une des plus grandes sprinteuses du monde, KROMOWIDJOJO, se faire reprendre dix mètres et dépasser par Alessandro MIRESSI pour la médaille de bronze. C’est le cirque LEN-FINA… Manque plus que les nains et les dompteurs de phoques.


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