DE L’ÉGALITÉ DE TRAIN À L’EXIGENCE DE MAITRISES D’ALLURES VARIABLES

UN CHAMPION DE CRAWL DOIT- IL POSSÉDER PLUSIEURS TECHNIQUES DE NAGE ?

Éric LAHMY

Vendredi 28 décembre 2018

Que peut suggérer une thèse qui prendrait en compte la complexité de la natation ? C’est la question que je me posais lorsque au mois de février dernier, un jeune doctorant équatorien installé en France, David Napoléon Simbana Escobar, présenta sous la direction de David Seifert, enseignant et directeur de recherches de l’Université de Rouen et l’encadrement de Philippe Hellard, un sujet de thèse de doctorat, intitulée « variabilité de la technique de nage : adaptabilité aux contraintes et performance en natation. »

L’analyse du mouvement, en référence aux sciences de la complexité, constitue aujourd’hui une des directions dans lesquelles la recherche sportive tente des percées.

Or la natation se distingue, sous son apparente simplicité de reptation aquatique, par la complexité des mouvements qu’elle exige. Cette complexité n’est apparue qu’assez récemment. Jusqu’à ce qu’on puisse filmer de dessous la surface de l’eau le nageur en mouvement, ce qu’il faisait pour avancer évoquait pour ceux qui l’observaient d’en haut une devinette posée sur un rébus, ou la face cachée de la lune.
 Mais cette complexité ne tient pas à l’ignorance initiale qu’on pouvait en avoir. C’est tout autre chose qui la distingue. L’humain est bâti pour la cueillette et la course terrestre ; rien ne le prédispose à nager… Nos débuts intra-utérins ne font pas de nous des êtres aquatiques, ce ne sont que la récapitulation par l’embryon, dans sa formation, de l’histoire évolutive de l’espèce, et donc, en l’occurrence, de son ancêtre aquatique. Comme le dit la science : l’ontogénèse récapitule la phylogénèse.

A la naissance, dès le cri primal, ses poumons se déploient et l’ultime représentant des primates n’est pas plus aquatique que le papillon n’est chenille en son envol.

Donc, l’humain ne nait pas nageur, il le devient… plus ou moins. Il s’y débrouille. L’élément liquide représente pour lui un défi important. Le mouvement de la nage s’effectue dans une position qui lui est étrangère, couché, allongé, dans un élément, l’eau, où respirer pose problème. L’homme ne dispose ni d’un corps fusiforme, ni de nageoires, et pour des raisons anatomiques, son effort privilégie, dans les techniques les plus efficaces qu’il a su développer, l’action des bras, qui sont deux fois moins forts que ses jambes.

D’autres particularités du milieu aquatique pourront en revanche paraître relativement avantageuses: ce sport est le seul qui, en course, provoque une fatigue première asphyxique et non cardiaque (a priori du moins) ; l’homme plongé pèse une fraction de son poids aérien, l’immersion provoque une reposante bradycardie. En sens inverse, l’élément liquide ne prête à ses actions motrices que des appuis incertains, voire fuyants, et le freine 800 fois plus que l’air. Si l’action verticale du battement de jambes, dans l’axe du corps, ne dérange pas la position posée sur l’eau, le travail des bras, conjugué avec l’obligation de respirer, exige un fort roulis des épaules, qui rend aléatoire le parcours de la main dans l’eau et exige un constant réalignement des surfaces propulsives. Le coureur à pied s’appuie sur la terre ferme et traverse l’air. Le nageur est doublement pénalisé dans son mouvement aquatique, dont la fluidité rend les appuis incertains, et la résistance contraint à produire, pour la vaincre, une forte action mécanique. Nager est un art différent de la course à pied ou du cyclisme. Tout, dans la nage, se conjugue pour exiger des adaptations particulières.

Assorti à la marche et à la course terrestre par un ou plusieurs millions d’années d’acclimatation, l’homme n’a découvert que par hasard les meilleures propulsions aquatiques. Ce marcheur, ce coureur programmé n’est nageur que par raccroc. Son premier mouvement naturel dans l’eau, panique mise à part, bras en avant comme pour conjurer une menaçante noyade, a pu ressembler à la brasse, plutôt celle de la grenouille d’ailleurs, que son acception moderne de technique de course: plus “pitié” que PEATY, si vous préférez. Certains nageurs développèrent aussi une technique où l’homme se posait dans l’eau sur le côté (l’indienne) ou sur le dos.

Si je puis me permettre d’avancer une hypothèse personnelle, je dirai que le style le plus adapté à la vitesse, le crawl, ne fut conçu que de façon indirecte, et presqu’accidentelle, par les Egyptiens, qui l’ont peut-être découvert, comme semble l’indiquer l’hiéroglyphe « nager », et les indigènes des mers du sud du Pacifique, qui l’ont imposé.

Pourquoi ces deux peuples et non pas d’autres? Le retour aérien des bras du crawl, aussi « naturel » peut-il paraître, n’est guère aisé à enseigner…

Or le point commun entre les anciens Egyptiens et les naturels des mers du Sud était que les premiers, pour enseigner la nage, posaient le corps des jeunes élèves sur une planche de papyrus, afin de les libérer du souci de respirer et de flotter, chose qui leur permettait de tirer sous l’eau et d’effectuer un ramener aérien des bras. Et que l’adaptation à l’eau des seconds se faisait sur des planches de surf, et donc exactement de la même façon. Il ne restait plus ensuite qu’à reproduire spontanément ce mouvement, une fois maîtrisé, cette fois sans la planche. Or, le reproduire, c’était crawler.

Certes, il s’agit d’une thèse très personnelle, indémontrable, mais qui me parait défendable.

LE RECORD, UN MOTEUR QUE MENACE LA PANNE SECHE ?

Pendant près d’un siècle et demi, le record a été le moteur de l’évolution de la natation. Aujourd’hui, ce moteur est menacé de panne sèche. Il devient de plus en plus difficile d’aller plus vite ; ces dernières décennies la plupart des avancées chronométriques se sont faites sur des innovations non nagées, ondulations sous-marines et virages acrobatiques. Les entraîneurs du haut niveau, qu’obsède à juste titre la question de l’efficacité motrice maximale, et face à la résistance grandissante des records à l’approche possible de limites humaines, cherchent à briser cette résistance et de trouver la faille dans « les aspects multiples [mis] en relation » dans la performance.

C’est là qu’une étude menée sur cette multiplicité, cette complexité qui tiendrait compte de la multitude de facteurs mis en jeu pouvait avoir quelque chose d’alléchant.

COMMENT NE PAS RATER LE TRAIN ET CONSERVER UNE BELLE ALLURE

L’étude du train (anglais: pace) en natation a ses lettres de noblesse. Elle a été depuis fort longtemps à la base des analyses de course. En France, voici plus d’un demi-siècle, l’entraîneur et journaliste François Oppenheim, avait collationné un grand nombre d’informations et aussi pas mal théorisé autour de la notion d’égalité d’allure. Il en avait fait, technicien averti qu’il était (il avait entraîné au Cercle des Nageurs de Marseille) l’un des secrets de la performance…

La notion a été affinée. En juillet dernier (donc en 2017), nous dit M. Simbana, quatre auteurs anglo-saxons (Kathy E. McGibbon, D.B. Pyne, M.E. Shephard et K.G. Thompson), effectuaient une recension des travaux sur le sujet (Pacing in Swimming : A Systematic Review) et sélectionnaient 23 études publiées jusqu’au 1er août 2017. Ils tentaient de mettre en lumière les stratégies les plus efficientes, course par course. Par exemple, ils concluaient que la stratégie la plus efficace en quatre nages est de conserver de l’énergie dans le parcours en papillon afin d’optimiser les performances dans les autres parcours, ou encore que la clé de la performance est de réserver la possibilité d’une accélération finale dans les courses du 200 au 1500 mètres. L’un des risques de ce genre de préceptes est de présenter un profil de course victorieux comme exemplaire d’une stratégie gagnante. On ne peut avoir plus tort.

M.SIMBANA a suivi dans son gros travail ce qu’il appelle des axes thématiques de recherche, lesquels se trouvent être :

1) l’analyse du mouvement en natation, la nage, les virages et les départs ;

2) la modélisation des effets de l’entraînement sur les réponses immunitaires, inflammatoires et neuro-végétatives. Toutes les études, relève-t-il, font apparaitre que si « l’exercice modéré renforce les défenses neurovégétatives et immunitaires […] l’activité excessive conduit à un dysfonctionnement de ces mêmes fonctions » ;

3) l’étude des relations entre l’entraînement et la performance : il tente donc, à partir de l’observation menée pendant vingt ans, de 150 nageurs, de dégager les modèles de préparation les plus performants « en terme de progressivité, de polarisation et de concentration », sachant que jusqu’ici, c’est dans ce qu’il appelle le seuil de nage que l’efficience de nage parait la plus élevée ;

4) l’étude sur les adaptations biologiques à l’entraînement, et en fait, la recherche de la prévention du surentraînement ;

5) l’étude de l’expérience et des conceptions des cadres en situation de conception du processus d’entraînement : plus simplement, il s’agit ici d’interroger les entraîneurs afin de mieux comprendre les facteurs de leur compétence…

Il y a du fourre-tout là-dessous, et parfois un jargon d’une inutile complication. Faut-il croire qu’on ne peut évoquer simplement la complexité ?

M. Simbana semble défendre l’idée que la recherche à prétention scientifique a permis une évolution de la natation. Il cite ainsi un travail d’Alain Catteau sur le 100 mètres nage libre s’étendant sur trois finales olympiques [dont on peut d’ailleurs dire qu’il n’avait pas été effectué, comme il le suggère, sur les Jeux de Munich, de Montréal et de Moscou, mais sur ceux de Mexico, de Munich et de Montréal (détail on ne peut moins indifférent)].

Discuter d’un tel « apport » (celui de M. Catteau) exigerait de trop longs développements, mais s’il peut être intéressant, c’est plus sur un plan anecdotique ou journalistique que scientifique.

Alain Bernard aux Europe 2010 de Budapest, raconte-t-il encore, visionne sa course de série et note qu’il n’a respiré que deux fois, donc pas assez, dans le premier 50. Il rectifie le tir en finale et gagne de 0s03, devant le Russe qui l’a dominé en série comme en demi-finale. Je ne suis pas contre, mais là encore, on peut raconter l’histoire d’une autre façon !

Des entraîneurs, ajoute M. Simbana, tissant sa problématique, ont suggéré que « la baisse de la fréquence gestuelle en entrée et en sortie de virage entraînait une réalisation non optimale de cette partie de la course… et que les meilleurs nageurs étaient caractérisés par la capacité de changer de stratégie technique au cours même d’une course pour s’adapter aux modifications de leur état physiologique et au déroulé stratégique de l’épreuve. »

Ces constats, continue-t-il, appuient ceux obtenus dans diverses études : les meilleurs nageurs étaient ceux qui étaient à la fois stables et adaptatifs dans leurs mouvements. Ces éléments sont capables de mettre en place des changements de stratégie instantanés devant les diverses contraintes liées à la course, dont la fatigue n’est certes pas la moindre.

Dès lors, il émet l’hypothèse que la COMPÉTENCE DU NAGEUR DE HAUT NIVEAU est la capacité à créer de la vitesse horizontale en exerçant des forces propulsives élevées et en réduisant les résistances à l’avancement, et ce pour une gamme étendue de vitesses et de fréquences de nage (c’est moi qui souligne, E.L.).

Cette dernière précision est assez frappante dans la mesure où elle semble contrarier l’exigence d’égalité de train au nom d’une exigence opposée, celle d’une maîtrise d’allures variables.

Cette variabilité, continue-t-il, a amené les entraîneurs à « mettre en place des situations d’entraînement permettant aux nageurs d’acquérir des compétences visant à créer le maximum de vitesse dans des conditions de fréquences gestuelles et de coordinations élargies… » Cela pouvait être de « nager à des vitesses élevées stables avec des fréquences variables, élevées ou faibles ; ou nager à des fréquences stables avec des vitesses variables.

M. Simbana cite une séance demandée à ses nageurs niçois par Fabrice Pellerin, dont je soupçonne fort qu’il a, par sa curiosité et sa créativité, inspiré pas mal d’avancées actuelles d’entraîneurs et de théories de chercheurs : il s’agit d’une série (10 fois 25 mètres) à « vitesse progressive sans fatigue », pour observer les liens entre les évolutions des vitesses et des fréquences gestuelles, qui sont, pense-t-il, « des indicateurs des qualités sensorimotrices du répertoire comportemental et des compétences techniques des nageurs. » M. Simbana rappelle alors que, selon Seyfried et Van Hoocke, 1993, « la seule prise en compte du nombre d’actions motrices, le nombre de coups de bras, pour des vitesses de nage variables, de sous-maximales à maximales, risquait d’induire des modifications des modèles de locomotion cycliques efficaces sur le plan du rendement propulsif mais non économiques sur le plan du coût énergétique et du contrôle moteur — coût attentionnel élevé pour contrôler la coordination motrice. »

Phrase assez sibylline, comme souvent dans ce genre de travaux, qui pourrait signifier, en clair : compter les mouvements de bras et ne s’appuyer que sur ce comptage pouvait être défavorable à l’efficacité du nageur, et donc contre-performant.

Comme tout un pan de l’école française s’est appuyé sur le comptage des coups de bras, je verrai là une pierre dans son jardin…

…Avec la fatigue intervenant, continue M. Simbana, « ces auteurs jugeaient problématique de demander à des nageurs le même nombre de coups de bras » tout le long d’une course. Le risque de travailler dans la même gestuelle dans une recherche d’une excellente maîtrise du cycle de nage aboutit, dit-il, à des stéréotypes.

J’ajouterai qu’il pourrait aboutir aussi à des défaites en course comme celle, à mes yeux emblématique, aux championnats du monde 2013, sur le 200 mètres brasse dames, de la Danoise PEDERSEN face à la Russe Julia EFIMOVA. Pedersen ayant battu le record mondial en qualifications, fut, dans la finale, devancée par Efimova. La Russe, après le virage des 150 mètres, changea complètement de rythme, raccourcissant sa nage et accélérant son mouvement, et parut y trouver une manière de se relancer. Pedersen sembla, en face, sans réaction ; elle continua à nager long dans d’immenses brassées de moins en moins toniques, parut s’éteindre, et perdit la course.

L’allongement de la nage, et donc l’efficacité maximale de chaque mouvement, qui est recherchée à travers le comptage, peut donc dans certains cas être défavorable à la réalisation de la meilleure performance possible, ou par exemple coûter la victoire dans une course serrée. Passer d’une nage longue à une nage plus courte, en fin de course, quand la fatigue atteint des niveaux panique, permet aussi d’accélérer le rythme respiratoire et donc d’améliorer l’oxygénation.

Il faudrait donc, soutient M. Simbana, barder le nageur d’un choix de gestuelles diverses, parmi lesquelles il pourra, selon la situation, mais aussi l’état de fatigue dans lesquels il se trouve, choisir l’outil technique opportun. On sait qu’entre autres, Guennadi TOURETSKI, l’entraîneur d’Alexandr POPOV, aimait faire nager ses élèves à des fréquences diverses et leur demandait parfois même d’effectuer des parcours à des fréquences « panique », style j’ai un requin qui me poursuit.

Ces expériences avaient, pour ce coach extrêmement inventif, un caractère empirique. Analysant les courbes de la vitesse de nage, de la fréquence gestuelle et de leurs relations, Fabrice Pellerin, mettant en lumière des « paliers non efficients » dans lesquels « l’augmentation de la vitesse est associée à une très importante augmentation de la vitesse gestuelle et donc à une diminution de l’efficience de nage » inférait que les dits paliers « pouvaient indiquer une phase de transition entre deux modes de coordination ou alors un mauvais couplage entre les registres sensoriel et moteur. »

« Des plateaux de fréquences gestuelles associées à une stagnation de la vitesse dans les derniers plateaux du test » pouvaient « témoigner d’une impossibilité à générer une fréquence de mouvement élevée » voire « d’un déficit de force propulsive à fréquence gestuelle élevée. »

MODÈLE DE FONCTIONNEMENT DU NAGEUR, VALEUR, INFLUENCE, LIMITES.

Le nageur tel qu’il a été défini par Raymond Catteau selon une formule célèbre, « est un corps projectile qui doit s’orienter, s’allonger, s’aligner, se rendre indéformable ; un corps propulseur qui doit pousser la plus grande masse d’eau possible, en sens contraire du déplacement, en profondeur, au moyen de forces d’intensité croissante. »

« Les limites de ce schéma, relève M. SIMBANA, étaient que les modalités d’adaptation des nageurs n’étaient pas interprétées. » La nage devenait un exercice figé.

Je suppose qu’elles n’étaient pas interprétées parce que là n’était pas le propos de Raymond Catteau, qui ne prétendait pas définir son nageur dans le cadre de la haute compétition, mais dans celui, plus général, d’un savoir nager. Si l’enseignement de M. Catteau est critiquable à plus d’un titre, il ne l’est pas dans cette définition.

Ce savoir nager va être enseigné par un maître de nage. Il restera ensuite à l’entraîneur, Bob Bowman, Lionel Horter ou Fabrice Pellerin, à lui enseigner les « tours » de la compétition… Comme le professeur d’université ne remet pas en cause l’enseignement de l’institutrice, mais l’élargit en le dépassant…

Dans ce qui ressemble assez à un long rappel des apports qui assoient son sujet, M. Simbana expose ensuite par le menu les modalités de l’analyse de course en France. Ces modalités permettent de découper la course en phases : temps de réaction, temps d’envol, distance coulée de départ, temps de coulée, temps de passage aux 15, 25, 50, 75 mètres, fréquence moyenne (cycles par minute), distance moyenne par cycle, nombre de mouvements, temps 5 mètres avant le virage, temps 5 mètres après le virage, distances de coulées…

…Il en va ainsi de la science. Loin de nous offrir une approche holistique, elle tronçonne constamment les problèmes. C’est une approche réductionniste, finalement assez exténuantes, sans doute indispensable. Qui a prétendu que le Diable est dans les détails ?

C’est un peu le sentiment qui m’étreint, en tant que lecteur de tels travaux. On parait vous proposer une thèse et vous vous retrouvez dans une problématique hérissée d’incidentes…

M. Simbana nous propose ainsi d’étudier le « pacing », si vous préférez l’équilibre d’allure ou encore le train en course.

L’auteur relève ce qu’il appelle une « complexité ‘’psychologique’’ » du pacing : « il est complexe de déterminer si le mode de pacing reflète une performance spontanée ou une stratégie prédéterminée et délibérée, » note-t-il. Au sens strict, il ne s’agit pas d’une complexité, mais d’une ignorance des choix (ou des absences de choix) des nageurs d’une course. L’idée qu’on a d’une performance peut être faussée par l’ignorance de ce que le nageur a voulu faire… comme rien ne dit qu’il a fait ce qu’il a voulu !

Il peut être frappant de voir comment, sorti de son attirail de mesures, le scientifique peut devenir incertain dans l’analyse, au point d’en oublier ses outils statistiques.

LA COURSE DU SIÈCLE, THORPE-VDH-PHELPS, AU FILTRE D’INTERPRÉTATIONS DIVERSES

Dès le début de son travail (page 25), M. SIMBANA donne l’exemple du 200 mètres nage libre des Jeux olympiques d’Athènes, en 2004, qu’il appelle la « course du siècle ». Or son commentaire me parait très discutable, et je me dis que nous n’avons pas vu la même course.

Comparant les temps des deux dernières longueurs de bassin que le vainqueur, Ian Thorpe, effectue en 26s88 et 26s79, il estime que Thorpe a accéléré. Bien sûr, puisque deux et deux font quatre? Eh! bien non, l’Australien n’a pas maintenu sa vitesse, et a perdu une demi-seconde. Finir en 26s79 du 150 au 200, c’est nager moins vite qu’en 26s88 du 100 au 150! En effet le 3e 50 mètres d’un 200 est chronométré de la touche du pied au mur des cent mètres à la touche du pied au mur des 150, alors que le temps du 4e 50 mètres est celui qui va de la touche au pied des 150 mètres à la touche finale du 200, à la main, donc avec un virage en moins.

Le temps d’un virage étant estimé à six dixièmes, on constate que Thorpe n’a pas accéléré dans sa dernière longueur, mais a perdu un peu de vitesse. S’il avait dû virer au 200, son temps eut été retardé de 0s6, soit 27s39. Élémentaire, mon cher Watson.

Trois années plus tôt, au Japon, lors des championnats du monde de Fukuoka, Thorpe avait établi le record du monde (1’44s06). Là, il avait fini en bolide, en 25s80, une seconde plus vite qu’à Athènes, après un passage plus lent. Aux Jeux olympiques, dans la course qu’analyse M. Simbana, il semble appuyer plus résolument afin de maintenir ses adversaires hors de leur zone de confort. Mais ce n’est pas tout: on peut noter que le Thorpe de 2004, à vitesse sur 100 mètres égale, nageait le 400 mètres trois secondes moins vite qu’en 2001. Ce fait avait dû le rendre moins confiant sur 200 mètres.

Une autre analyse fautive qui concerne la vitesse de nage peut être inférée, me signale Robin Pla, quand on explique, dans le parcours en dos d’un 400 mètres quatre nages, par une accélération le fait que le 2e 50 mètres du parcours en dos est plus rapide que le premier, alors que c’est l’effet de la différence entre le virage de papillon, touche à la main avec obligation de se tourner avant de se relancer au début du parcours en dos du 4 nages, et le virage en dos extrêmement propulsif avec touche au pied qui relance le nageur dans son 2e 50 mètres dos.

LA COURSE VUE DE PROFIL ET LE COMPROMIS DISTANCE FRÉQUENCE

Pour en revenir à Thorpe, il gagne à Athènes non pas parce qu’il accélère, mais parce que Van Den Hoogenband qui a lancé la course à une vitesse folle s’effondre épuisé. M. Simbana note par ailleurs les « dégâts » que provoquent dans la course les virages de Thorpe, qui, écrit-il, domine totalement VDH dans ce secteur. Dès lors pourrait-on dire que Thorpe a gagné ce 200 sur les virages? Le vu de la course, qu’on trouve facilement sur You Tube, n’est pas aussi évident, Thorpe ne distance VDH que dans le dernier virage, incident indicateur de l’épuisement du Hollandais, qui va se faire reprendre un mètre par Phelps dans la dernière longueur, et sauve de justesse la médaille d’argent.

Les chercheurs se sont amusés à élaborer des profils de train baptisés pacing négatif, positif, décroissant, stable, parabolique, en forme de J. La rapidité de la première longueur est provoquée par le plongeon, elle est moindre en dos, en raison du départ aquatique, ce qui donne des profils de courses différents.

En sprint, généralement, la stratégie est limitée. La « gestion » d’un sprint consiste à ne jamais oublier d’appuyer et de ne pas faire de faute technique.

La vitesse de nage est le produit de la fréquence gestuelle et de la distance de nage, note encore l’auteur, truisme utile et répétitif qui permet d’affronter pour les renvoyer dos à dos les tenants de la fréquence et ceux de la distance de nage.

L’ÉQUILIBRE INSTABLE DE LA COURSE DE CENT MÈTRES

On peut cependant noter que les sprinteurs modernes équilibrent mieux leur course. On a pu voir cette tentative de nager un 100 mètres en égalité d’allure aux derniers championnats du monde en petit bassin de Hangzhou, en Chine, où le vainqueur, l’Américain Caeleb DRESSEL, gagne la course en alignant ses deux moitiés de course en 21s86 et 23s76, et devance, 45s62 contre 45s64, le Russe David MOROZOV, 21s39 et 24s25. Un autre finaliste de ce 100, le Russe GRINEV, 4e en 45s92, effectue également une course très équilibrée : 22s09 plus 23s83. Le champion olympique de Rio, l’Australien CHALMERS, observe lui aussi de telles données…

LA RELATION CONFLICTUELLE DE LA FRÉQUENCE GESTUELLE ET DE LA DISTANCE PAR CYCLE

L’auteur professe, expériences à l’appui, insiste-t-il, que le nageur adopte des profils de course assez similaires dans le temps, ce qui donne à penser qu’il « choisi sa stratégie de pacing en fonction d’une expérience antérieure indépendante de la compétition et du type de course. » Cette fidélité à une stratégie peut résulter, j’imagine, d’une qualité musculaire et nerveuse, d’un tempérament, d’un sentiment de confiance né d’un souvenir de succès obtenu avec cette stratégie, d’une directive d’entraîneur, de la façon dont celui-ci a conduit la préparation, etc., bref d’un grand nombre d’influences …

Si deux éléments participent à la vitesse de nage, la fréquence gestuelle et la distance par cycle, leur relation n’est pas simple. On ne peut sans difficulté augmenter les deux paramètres conjointement, d’où la nécessité pour les entraîneurs de rechercher d’inévitables compromis. Pour M. Simbana, le nageur dispose de cinq possibilités. Un peu comme une voiture qui utiliserait un boîtier à cinq vitesses.

QUAND LE BATTEMENT DE PIED SE TRAITE PAR-DESSUS LA JAMBE

Malgré le caractère poussé de l’analyse, je dois admettre une certaine déception. Nul ne semble se risquer en-dehors, dans l’étude de la nage, de l’analyse du travail des bras. Pourquoi négliger ainsi les jambes ? Est-ce parce qu’on ne peut pas mesurer leur apport essentiel dans les accélérations ou le maintien de la vitesse de nage chez le crawleur, est-ce qu’elles ne répondent pas à de possibles améliorations techniques dans leur forme, ou a-t-on entériné une fois pour toutes le mantra selon lequel les jambes ne sont pas propulsives, toujours est-il que les jambes du nageur restent terra incognita, la face cachée de la Lune.

Dès lors je soupçonne des raccourcis, des erreurs par omission. Est-il sérieux, par exemple, d’analyser la fatigue comme le produit de la diminution de la cadence des bras quand, en fait, l’accélération du rythme cardiaque est provoquée par l’accélération de son battement de jambes, afin de maintenir sa vitesse alors qu’il ralentit son rythme de bras ?

C’est un petit peu comme si vous disiez d’un marcheur qui stoppe son mouvement pour griller une cigarette que d’arrêter sa marche produit un nuage de fumée.

Toujours est-il qu’on en restera là, un peu frustré par cette impression de fuite en face de la vraie complexité, quand, tout en admettant que « des performances de nage similaires se caractérisent par une plus grande variabilité de la distance par cycle que de la fréquence gestuelle », on ne tentera pas sérieusement d’aller plus loin que des « accélérations produites par les membres supérieurs du bassin » en passant une nouvelle fois sous silence le rôle du battement.

ÉQUILIBRE SON EFFORT OU S’ÉTALER À L’ARRIVÉE

Varier sa vitesse de nage, le fait a été établi et vérifié mille fois dans le cas classique des départs de course trop rapides, demande un effort supplémentaire au nageur, et, donc, nuit à sa performance. Si certains auteurs ne sont parvenus que récemment à quantifier de façon assez précise ce supplément de travail, les effets négatifs de la fatigue provoquée par un début de course trop rapide ont été mis en lumière assez tôt : François Oppenheim, dans son ouvrage La Natation, paru en 1965, insistait sur l’importance de l’égalité d’allure, surtout en demi-fond. Il citait des exemples d’équilibre de train respecté par des nageurs de demi-fond japonais (précurseurs) des années 1930 et 1940, et proposait de suivre une telle tendance.

J’ai oublié qui professait, voici fort longtemps, qu’une première moitié de course nagée une seconde trop vite était payée de deux (ou trois) secondes perdues dans la seconde moitié.

L’avenir a donné raison à ces précurseurs empiriques. De plus en plus souvent, les meilleurs nageurs ont eu tendance à étaler leur effort, puis à en mesurer les bénéfices, avant que l’idée selon laquelle cette régularité de nage permettait de nager plus vite ne se généralise.

QUAND DAVID WOTTLE MÈNE SA COURSE COMME ON CONDUIT UN TRAIN

L’égalité d’allure était défendue plus ou moins mollement aussi en athlétisme, et connut son apothéose aux Jeux olympiques de Munich, en 1972, quand l’Américain Dave Wottle, dernier et attardé aux 500 mètres de son 800, remonta tous ses adversaires et enleva le titre, pour trois centièmes de seconde, devant le Soviétique Arzhanov. Dans une autre occasion, Wottle égala le record du monde de l’épreuve en 1’44s3, courant chacun de ses huit 100 mètres en 13 secondes. Il fallait un certain courage et une foi profonde dans les vertus de l’égalité d’allure pour agir ainsi, et il est possible qu’elle mit du temps à être pratiquée parce qu’il se trouvait toujours dans une course un concurrent qui se précipitait en avant et entraînait tous ceux qui craignaient de se laisser larguer, dans la crainte de ne jamais « revenir ».

En natation, l’avantage d’une course menée de façon étale s’accroit en raison de la résistance de l’eau, 800 fois supérieure à celle de l’air, et qui s’accroit au carré de l’augmentation de la vitesse. Partir trop vite, c’est non seulement comme sur terre sprinter précocement et brûler ses réserves anaérobies, mais aussi se heurter à un élément, l’eau, comme durci par le surcroit de vitesse. C’est ainsi que des variations de 10% dans la vitesse de course demanderaient un travail additionnel de 3% à 4% au nageur.

La difficulté est de marier ces considérations d’économie d’effort avec les nécessités de la course. Au plan physiologique, il semble pourtant, la course idéale reviendrait à respecter une vitesse linéaire, constante, sans le moindre à coup. Mais une course n’est pas que ça, et le jour où elle ne sera que ça n’est pas près d’arriver.

Pour la même raison, prétend notre auteur, il serait avantageux de minimiser la glisse, afin d’éviter les décélérations relativement fortes des temps de glisse. De vous à moi, je me demande ce qui lui permet d’écrire cela…

Par moments, on a l’impression que l’auteur se satisfait d’avoir élaboré une belle doctrine. Dire ainsi que l’expertise en natation est la capacité à interagir avec les contraintes pour exploiter au mieux les possibilités de l’environnement, a un côté écologique qui nous fait nous demander s’il (le nageur, pas l’auteur) est en train de remonter la Seine.

L’environnement d’un bassin olympique, aujourd’hui, a tellement été arrêté dans tous les détails que les conditions de l’effort du nageur sont totalement répétitives. On ne trouvera dans le bassin ni courants, ni nénuphars. En revanche, je saisis mieux la proposition qui suit : la capacité d’adaptation consiste à être stable quand il faut et flexible quand il faut. Un mode de coordination peut être stable sans être stéréotypé et rigide, soit flexible.

Quelquefois, cependant, certaines sentences du travail de M. Simbana me figent un peu. Par exemple, « la variabilité comportementale intra et inter individuelle peut jouer un rôle fonctionnel dans la performance en natation » est du genre de propositions qui, sans paraître le moins du monde fautive, me laisse pantois.

Un tel jargon, utilisé trop souvent, me donne l’impression, sans doute fausse, de me trouver en face d’une sorte de répertoire, plutôt sympathique d’ailleurs, des idées reçues sur la question, un empilage de problématiques qui finit par étouffer l’attention par trop de questions sans réponse.

Quelquefois, je m’inquiète. N’est-ce pas là une présentation trop timide ou paresseuse, trop simple de la complexité ? L’auteur (page 137) insiste par exemple sur la question de la durée du virage, et le ralentissement — que les entraîneurs, nous dit-il, ont mesuré — de tous les nageurs avant le virage. A-t-on trouvé là une niche de progrès non encore explorée ? Je retrouvelà comme l’écho d’un développement de Fabrice Pellerin, dans son ouvrage (de 2013) au sujet d’une innovation d’Yannick Agnel qui virait en mode sous-marin.

M. Simbana ne nous en dira rien de plus et nous laissera sur notre faim. Ses « nageurs de grande valeur internationale » qui freinent malencontreusement au virage ne sont pas nommés, donc pas individualisés, on ne donne pas leurs tailles, leur valeur. Et au lieu d’approfondir, on perd tout à coup ce sujet dans les sables. On n’en saura guère plus…

PLONGÉE À RISQUES DANS LA FRÉQUENCE GESTUELLE, LES BATTEMENTS, LES BRAS TENDUS ET AUTRES NOTIONS

Un exemple de paradoxes apparents qui surgissent dans la nage : M. Simbana rappelle que « plusieurs études se sont penchées sur les manipulations de la fréquence gestuelle. Selon McLean (2010) à vitesse égale, la consommation d’oxygène, la fréquence cardiaque et la perception de l’effort augmentent de façon significative uniquement quand la fréquence gestuelle est réduite, et non pas augmentée. Pourquoi ? Parce que pendant que les bras ralentissent leur cadence, les battements, passent de 2,6 à 3,8 par seconde. Qui dit fréquence élevée de jambes dit dépense énergétique élevée. Des tests mesurés de nageurs à une vitesse constante représentant 80% de leur vitesse maximale aérobie, ont montré qu’à vitesses égales, la réduction de vitesse gestuelle des bras s’accompagne d’une élévation du coût énergétique de leur locomotion, et du nombre de battements (jusqu’à huit ou dix temps). »

Bien entendu, le résultat n’étonnera personne : quand vous mettez les jambes, vous activez les plus grosses masses musculaires du corps, avec les effets physiologiques qu’on imagine.

… Ce que M. SIMBANA ne nous dit pas, en l’occurrence (sans doute parce que cela n’entre pas dans son propos), c’est qu’en son temps, l’entraîneur russe Guennadi TOURETSKI, installé en Australie, avait déjà mis en lumière ce phénomène qu’un accroissement du battement de jambes conduisait le nageur au réflexe de ralentir sa cadence de bras. Pour neutraliser cette réaction instinctive, il avait greffé chez certains nageurs un retour aérien des bras tendus (technique Janet Evans, en quelque sorte). Le changement avait permis à Michael KLIM de conserver un rythme de bras élevé en poussant sur les jambes (et d’établir quelques records du monde !)… Bien que je n’aie rien trouvé sur ce sujet concernant Kristin Otto, connue surtout pour sa technique originale de plongeon départ (avec flexion-extension des jambes pendant l’envol), elle utilisait elle aussi le retour bras tendu en crawl, et il est possible que cette technique lui était enseignée. A noter également qu’Otto, nageuse très versatile, était une championne du monde en dos, en papillon et en crawl, et que le retour des bras en dos comme en papillon s’effectue bras tendus, chose qui peut aider au bouturage de cette technique en crawl.

NAGER MOINS VITE, C’EST RATTRAPER : IL FAUDRAIT EN PARLER À IAN THORPE…

Le projet sous-tendu par cet empilage d’études que nous propose M. Simbana revient à enseigner aux nageurs à diversifier leur forme de nage, à les « adapter à des fréquences gestuelles variées », par « un entraînement à long terme de la fréquence gestuelle » alors que les expériences qui ont été poursuivies dans ce domaine n’ont pas donné jusqu’ici de résultats positifs.

Manifestement, l’auteur n’aime pas que le nageur rattrape. « Nager moins vite, c’est rattraper », dit-il, preuve qu’il n’a pas vu nager Ian Thorpe, et que ce constat descriptif n’apporte pas grand’ chose. Découvrir qu’à certaines allures, la nage se dégrade n’est pas une découverte, mais la mise en lumière des raisons pour lesquelles l’efficience diminue et la nage se « désorganise » pourrait être intéressante..

L’ART D’EMBRASSER UN SUJET JUSQU’À L’ÉTOUFFER

La tendance (mortifère) des auteurs à négliger voire à passer à la trappe les battements de jambes a quelque chose de frappant. Dans tous les travaux mis en avant par Simbana, tout se focalise sur le bras, voire la main. Maglischo se base sur cinq points clés pour décomposer le « cycle de nage » : entrée, prise d’appui, point le plus profond, balayage intérieur, balayage extérieur… Alain Catteau se focalise sur les variations de position de la main : entrée, point le plus en avant, point le plus profond, fin de poussée (quand la vitesse horizontale est maximale), point le plus arrière et point de sortie. Chollet, lui, découpe le cycle de nage en quatre phases distinctes, entrée et glisse, traction, poussée et retour aérien (en différenciant les phases propulsives et non propulsives).

M. Simbana ne nous épargne aucun modèle. La capacité de compiler des doctorants est extraordinaire… Et avec les autres études qui sortent, ça n’ira qu’en s’aggravant.

Quelquefois, le travail mis en exergue ne me parait pas signifier grand-chose, mais c’est sans doute que je ne suis pas armé pour avaler tout ça.. Prenez la notion bizarre (à mes yeux) de fréquence de nage préférentielle qui est mise en avant dans une série d’études que M. Simbana reprend à son compte.

De quoi s’agit-il ? On demande au nageur de choisir sa fréquence de nage préférentielle. Chocolat? Vanille? Pistache? Puis on lui demande de nager plus vite et on note le moment où sa coordination, mesurée par un “index” (de coordination), s’effrite. Et on découvre que les femmes perdent plus vite de leur coordination au-delà de cette fréquence.

Or, pour commencer, la notion de fréquence de nage préférentielle telle qu’elle est présentée est subjective, donc sujette à caution. Selon que j’opte pour une fréquence de nage préférentielle peinarde ou andante, mon test va se présenter différemment.

Si, comme tous s’accordent à le dire, les femmes réussissent moins bien à ce test, qu’est-ce que cela signifie ? C’est, supposent les testeurs, que leur moindre puissance musculaire d’épaules ne leur permet pas de contrôler leur coordination aussi bien que les hommes.

Mais peut-être s’avère-t-il que les femmes ont tendance à jouer plus sincèrement le jeu proposé, ce qui ne m’étonnera guère, et qu’elles choisissent une fréquence préférentielle plus proche de leur maximum que les hommes.

Si c’est le cas, que conclure ? Que le résultat de la recherche est à jeter au panier,…

Je songe aussi à autre chose. La femme est bâtie plus en force au niveau pelvien, l’homme au niveau scapulaire… Dès lors un travail qui se fait autour des épaules n’aboutirait-il pas inévitablement à de tels résultats ?

Pour appuyer, semble-t-il, sa thèse issue de la zone préférentielle, M. Simbana, suggère que le « plus grand différentiel de vitesse » entre 400 mètres et 50 mètres chez les hommes (0,45m/s) que chez les femmes (0,33m/s) met en évidence une plus grande capacité de vitesse chez les hommes des distances les plus longues aux plus courtes. En outre (Seifert) les hommes montrent un “index” de coordination plus élevé que les femmes pour un niveau de performance équivalent quelles que soient les différentes allures de course. La combinaison de ces deux études, qui semble fasciner nos chercheurs, me semble modestement intéressante, dans l’attente qu’on m’en dise plus.

En effet, que signifie ce différentiel de vitesse ?

Les records masculins du 50 mètres et du 400 mètres sont, respectivement de 20s91 et de 3’40s07 (soit huit fois 27s51). Les records féminins correspondants de 23s67 et 3’56s46 (soit huit fois 29s66). La perte de vitesse que représentent ces records est donc plus élevée chez les hommes (6s60, entre 20s91 à 27s51) que chez les femmes (5s99 entre 23s67 et 29s66).

Tirer de cette statistique la conclusion que les femmes ont moins de capacité, toutes choses étant égales par ailleurs, à nager vite, est peut-être intéressant. Mais on peut aussi voir le phénomène en sens contraire, et supposer que LES FEMMES ONT UN INDEX DE RESISTANCE SUPERIEUR A CELUI DES HOMMES DES DISTANCES LES PLUS COURTES AU DISTANCES LES PLUS LONGUES. Par ailleurs, toute cette gymnastique chiffrée ne tient pas compte du phénoménal talent de Katie LEDECKY, qui devrait décourager un peu toute utilisation abusive du différentiel en question !

Vu que pour faire la différence, Katie, elle sait!

Et j’ajouterai que j’émettrais certains doutes sur l’intérêt de l’index de coordination pour une raison très simple. Si bien nager était nager en opposition et en opposition seulement, ça se saurait.


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