HONG-KONG : SJÖSTRÖM CONTRE HOSSZU, LE CLOS CONTRE MOROZOV ET SHIELDS, RIEN DE NOUVEAU DANS LES CLAPOTS ?

Éric LAHMY

Dimanche 1er Octobre 2017

Ce qui est un bon meeting de natation, une fois affublé du sigle « Coupe du monde », apparait boursouflé. Il y a dans l’appellation quelque chose qu’on cherche à vous « survendre », si l’on peut s’exprimer ainsi.

Le meeting de Hong-Kong en est un exemple type. Même les Chinois, qui auraient pu le prendre au sérieux en y délégant une forte équipe, l’ont à moitié snobé, et parmi leurs meilleurs éléments qui avaient été délégué, aucun ne présentait une forme qui lui permettait de briller. (Soyons juste, QIU y a battu DETTI sur 1500 mètres, dans un honnête 14’44s09 ; mais bon, cela reste loin du très haut niveau).

Vu dans son détail, un meeting de « Coupe du monde » ressemble à une collection, voire un festival, du « déjà vu ». Pourquoi ? D’abord par la rareté des grands nageurs qui ont été convaincus de jouer le jeu que propose la FINA. Ensuite parce qu’il en a toujours été un petit peu ainsi. Du temps de Johnny WEISSMULLER, il y a cent ans, de Don SCHOLLANDER, il y en a cinquante, de Mark SPITZ, il y en a quarante, de Michael PHELPS, il y en a dix, il était rare qu’on se trompe sur le nom de celui qui allait gagner.

La différence, c’est la multiplication des épreuves par les docteurs Folamour de la FINA, a fait que, sans que la valeur relative du grand champion n’augmente, là où WEISSMULLER gagnait une ou deux courses, SCHOLLANDER en gagnait deux ou trois, SPITZ quatre ou cinq, PHELPS sept ou huit et maintenant miss Iron Lady se présentait quand on le lui permettait dans quatorze ou dix-sept courses différentes.

Il y a aussi que les nageurs actuels sont plus curieux d’explorer à fond leur potentiel. WEISSMULLER était un grand nageur de dos (il avait même battu un record du monde) mais il se désintéressait de s’imposer dans ce style. Aux Jeux olympiques de 1928, il était le favori du 400 mètres dont il détenait le record du monde, mais son coach, William BACHRACH, ne le présenta pas au départ de la course, parce qu’il le réservait pour un match de water-polo !

SCHOLLANDER était un grand nageur de papillon potentiel, mais il ne s’y essaya jamais une fois dépassée l’époque des « groupes d’âge ». SPITZ apparut comme un nageur vorace, mais ses dispositions en dos et dans les quatre nages, il ne les exploita jamais.

Pour raconter l’histoire différemment, Johnny WEISSMULLER dominait le programme de natation aussi fortement que Michael PHELPS quatre-vingt-six ans plus tard, mais cela se résolvait par deux courses individuelles et une de relais gagnées aux Jeux olympiques 1924 pour celui-là, cinq courses individuelles et trois relais 2008 pour celui-là.

SE SOUVIENT-ON DE CHALMERS, ERVIN, OLEKSIAK, MANUEL, BLUME?

De là découle, l’érosion du prestige de LA victoire olympique. Que valent en termes de magie, en-dehors de leurs pays, les victoires sur 100 mètres des Jeux de Rio, de Kyle CHALMERS chez les hommes, de Penny OLEKSIAK et de Simone MANUEL chez les femmes ? Et pourquoi ai-je dû chercher sur l’internet le nom (oublié) d’Anthony ERVIN, pourtant bien remarquable double vainqueur olympique du 50 mètres, à douze années de distance ? Et qui se souvient qu’une ravissante Danoise nommée Pernille BLUME a enlevé le 50 mètres dames au Brésil il y a seulement quinze mois ?

Alors, à Hong-Kong, quoi ? Chez les hommes, chez les femmes, l’histoire bégaie. C’est Tom SHIELDS contre Chad LE CLOS sur 200 libre, en papillon. Un coup c’est l’un, un coup c’est l’autre. Côté filles, même chose : dix-sept épreuves, mais tout occulté par le « match » entre SJÖSTRÖM et HOSSZU. Pas inintéressant en soi, mais la multiplication des courses donne moins une idée de variété que l’impression de bafouiller. SJÖSTRÖM pile KROMOWIDJOJO sur 50, sur 100, sur 100 papillon, les podiums sont les mêmes, les noms des épreuves changent. HOSSZU dérouille SEEBOHM en dos, sur 100, comme la veille sur 50 et 200 et dans le 200 quatre nages. Là encore, on répète… La FINA a inventé à force d’ajouts, de fausse créativité, le programme de natation le plus répétitif, le plus redondant qui soit. Au bout du compte, on s’ennuie quand même un peu.

Ce n’est pas que ça. A Hong-Kong, on frôle le degré zéro en termes de profondeur dans les résultats. Après le podium, voire, souvent en-dehors du vainqueur ou de la gagnante, il n’y a plus personne. Ou plutôt, on n’a plus que des éléments hong-kongais, les locaux de l’étape… C’est Katinka qui gagne le 400 quatre nages en 4’33s55, et attend sagement dans l’eau, pendant près de dix-sept secondes, que la deuxième, la Sud-Africaine Jessica WHEELAN, ne touche à son tour. Le match, dans cette course, c’est trois filles, deux sud-africaines, WHEELAN et Kristen STRASZACKER, et l’hong-kongaise Hoi Kiu LAM, qui se disputent deux places de podium dans les 4’50s. Sympa, mais voilà à quoi se réduit trop souvent le « monde » dans cette Coupe du monde…

Le scénario se répète presque partout : répétons-le, ce n’est pas un mauvais meeting, loin de là. Mais il n’y a rien, ici, d’une « coupe du monde ». La FINA, en lui imposant son sigle, ne lui a rien ajouté en-dehors de son saupoudrage de dollars.

Quelques vieux briscards viennent faire leurs piges : Cameron VAN DER BURGH, par exemple, ou encore Alia ATKINSON, qui n’a pas jugé bon de se présenter aux championnats du monde de Budapest, mais vient arrondir son compte en banque. Good for them, bien sûr, Roland SCHOEMAN avait ainsi prolongé sa carrière il y a dix ans, mais je ne sais pas si cela mène la natation quelque part…

MESSIEURS.- 50 libre : 1. Vladimir MOROZOV, Russie, 20s91 ; 2. Chad LE CLOS, Af. Sud, 21s48.

200 libre : 1. Chad LE CLOS, Af. Sud, 1’42s88 ; 2. Tom SHIELDS, USA, 1’43s58.

1500 libre : 1. Zao QIU, Chine, 14’44s09 ; 2. Gabriele DETTI, Italie, 14’46s44 ; 3. Wojciech WOJDAK, Pologne, 15’0s33.

50 dos : 1. Pavel SANKOVICH, Biélorussie, 23s03.

200 dos : 1. Christian DIENER, Allemagne, 1’51s25 ; 2. Radoslaw KAWECKI, Pologne, 1’51s57.

100 brasse : 1. Cameron VAN DER BURGH, Af. Sud, 56s43; 2. Kirill PRIGODA, Russie, 56s78; 3. Ilya SHYMANOVICH, Biélorussie, 56s92; 4. Arno KAMMINGA, Pays-Bas, 57s73; 5. Vladimir MOROZOV, Russie, 58s25.

100 papillon : 1. Chad LE CLOS, Af. Sud, 50s28 ; 2. Tom SHIELDS, USA, 50s82.

200 4 nages : 1. Kirill PRIGODA, Russie, 1’54s81 ; 2. Kenneth TO, Hong-Kong, 1’54s83.

DAMES.- 100 libre : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 51s99 ; 2. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 52s53 ; 3. Femke HEEMSKERK, Pays-Bas, 53s02.

400 libre : 1. Femke HEEMSKERK, Pays-Bas, 4’4s30.

100 dos : 1. Katinka HOSSZU, Hongrie, 56s20; 2. Emily SEEBOHM, 56s71; 3.

50 brasse : 1. Alia ATKINSON, Jamaïque, 29s26.

200 brasse : 1. Kierra SMITH, Canada, 2’18s48; 2. Rikke PEDERSEN, Pays-Bas, 2’19s19;

50 papillon : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 24s62 ; 2. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 25s46; 3. Maaike DE WAARD, Pays-Bas, 25s79.

200 papillon : 1. Yufei ZHANG, Chine, 2’8s64.

100 4 nages : 1. Katinka HOSSZU, Hongrie, 56s97; 2. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 58s62; 3. Emily SEEBOHM, Australie, 58s77; 4. Alia ATKINSON, Jamaïque, 59s57

400 4 nages : 1. Katinka HOSSZU, Hongrie, 4’33s55.


Originally published at Galaxie Natation.

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