KIRSTY COVENTRY, « GOLDEN GIRL » ET MINISTRE DES SPORTS DU ZIMBABWE A TRENTE-QUATRE ANS

Eric LAHMY

Samedi 8 Septembre 2018

Une ministre des sports peut-elle en cacher une autre? La preuve vient d’en être faite! Trois jours après que Roxana Maracineanu soit nommée ministre des sports en France, une autre nageuse a été appointée au poste équivalent dans son pays. Il s’agit de Kirsty COVENTRY et le pays en question est le Zimbabwe. Le président Emmerson Mnangagwa (le Macron local), en réformant le cabinet ministériel afin d’en faire « une équipe diverse, dynamique, jeune et resserrée, disposant des talents et de l’expérience pour atteindre nos buts », l’a annoncé ce vendredi 7 septembre.
 Il convient de préciser que Coventry semble avoir hérité d’un plus large ministère que sa correspondante française, puisqu’il comprend la jeunesse, les sports, les arts et les loisirs.

Kirsty est comme Maracineanu une nageuse de dos. Mais si Roxana fut championne du monde, ce qui n’est pas rien, Coventry aurait pu prétendre pendant quelques années au titre de meilleure nageuse du monde, toutes distances confondues. Si ce titre, purement électif, organisé alors par la revue Swimming World, lui a échappé, elle a été bombardée nageuse africaine des années 2004, 2005, 2007, 2008, 2009, 2011, 2012, 205 et 2016 ; elle est aussi, ex-aequo avec Kristina Egerszegi, la nageuse la plus décorée de l’histoire, et la sportive la plus médaillée d’Afrique. Son grand exploit est d’avoir enlevé à deux reprises le titre olympique du 200 mètres dos dames (en 2004 et 2008). Elle a nagé dans tous les championnats du monde, en grand comme en petit bassin, de 2000 à 2016, est septuple championne du monde et quintuple recordwoman du monde. Malgré une grande difficulté à dépasser l’ère polyuréthane, dont les caractéristiques lui convenaient, elle s’est acharnée à revenir. Si aux Jeux de Rio, en 2016, porteuse du drapeau du Zimbabwe, elle a fini seulement 6e du 200 mètres dos, cette performance démontre plus peut-être que celles de l’époque où tout lui était facile la force de son engagement et la valeur de son esprit sportif…

Sa carrière de championne achevée, Kirsty est restée très active dans le monde du sport, au plan administratif et dirigeant, et à 34 ans, elle dispose d’une biographie dirigeante des plus conséquentes.

En 2015, elle avait lancé son association chargée de la lutte contre la noyade dans son pays.

Vice-présidente du Comité olympique zimbabwéen, membre du Comité International Olympique depuis 2013, elle préside depuis février dernier la Commission des Athlètes, est membre de la Commission de coordination des Jeux de la XXXIIe Olympiade (Tokyo 2020), de la commission de la chaîne télévisée olympique ; de la Commission dévaluation des Jeux de la XXXIIIe Olympiade (Paris 2024). Auparavant elle avait fait partie de la WADA et de la commission athlétique de cette institution chargée de la lutte anti-dopage. Elle est également l’une des vice-présidents de la Commission exécutive de l’Association Internationale de Surf. Cette semaine, infatigable activiste, elle recevait à Harare deux athlètes de chaque pays africain dans une opération dont le but est d’encourager les sportifs à devenir des dirigeants sportifs…

Le rôle de Kirsty Coventry ne sera pas décoratif, si l’on en croit Enoch Muchinjo, journaliste de The Telegraph, qui écrit, depuis Harare, « les deux sports les plus populaires du Zimbabwe, le cricket et le football, sont en totale déconfiture financière après des années de fantaisies administratives et de possible corruption de la part d’administrateurs de l’époque du président Mugabe. Coventry est d’une autre trempe. Quand, après ses succès, le président lui offrit une prime de 100.000 dollars, une somme importante au Zimbabwe, elle distribua l’essentiel de cet argent en charités…

D’autres nageurs ont occupé des fonctions éminentes dans leurs gouvernements, ainsi le champion olympique hongrois Attila Czene (Atlanta 1996, 200 mètres quatre nages), qui a été ministre des sports et ministre des ressources nationales vers 2011.


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